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Le livre-journal ATLAS : Histoires de l’Habiter – Récits & Documents, La Courneuve, 1950-2015

Le cinéaste Jérémy Gravayat a été accueilli en 2014 par L’Abominable à La Courneuve (http://www.l-abominable.org) afin de travailler à la préparation d’un film de long-métrage qui sera réalisé prochainement en compagnie d’habitants. Ce projet rassemble des fragments d’histoires orales liées au logement précaire et social.

Aujourd’hui, un livre-journal gratuit rendant compte de ces parcours de vie et des archives et documents consultés, est publié. Il est distribué gratuitement localement, comme restitution de ce travail en cours.

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Crédit photo: Claude Dytivon

Introduction

Pendant 20 ans, entre 1952 et 1972, le Bidonville de La Campa était établi à La Courneuve, sur ce qui est aujourd’hui devenu la bordure Sud-ouest du Parc Départemental.

Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants y ont vécu, parfois quelques mois, souvent de nombreuses années, sans avoir accès à d’autres logements. Français, Espagnols et Portugais, Algériens et Marocains, Yougoslaves ou Tziganes, y ont cohabité dans des quartiers de baraques. Ce bidonville fût l’un des plus grands de la région parisienne et un des derniers à y être résorbé. Il a également été traversé par l’implication continue de volontaires d’ATD Quart-Monde, qui ont accompagné les habitants dans leur quotidien et leurs combats (droits élémentaires, éducation, papiers, travail, logement…).

Progressivement, ils ont été relogés à La Courneuve ou ailleurs. Certaines familles ont alors vécu en cité de transit, notamment dans la Cité Verte, établie en 1968 par la SONACOTRA au 21 rue de Genève. Cette cité provisoire, conçue pour accueillir des locataires en transition pendant huit années, sera finalement démolie en 1983. Les célibataires, eux, ont le plus souvent été relogés en Foyers. Les familles Tziganes, Manouches, Gitanes, les Gens du Voyages, selon leurs cultures où les noms qu’on leur à donné ici, ont bien souvent résisté à la perspective d’un relogement en HLM, en exigeant des aires d’accueil, depuis les années 60. En 2009, l’une d’entre elle sera finalement inaugurée à La Courneuve.

Aujourd’hui, d’autres bidonvilles existent encore sur ce territoire. L’un d’entre eux a disparu cette année dans un incendie, il était situé aux abords du Parc Départemental, à quelques mètres de l’ancien terrain de La Campa. Parmi d’autres, réapparus ou disparus au gré des expulsions, celui qui est surnommé par ses habitants le Platz, établi rue Pascal depuis 8 ans, est aujourd’hui le plus ancien bidonville d’Île-de-France. C’est cette histoire de l’habiter, que nous racontent ces mots recueillis, et qui nous interrogent encore aujourdhui.

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Crédit photo: Loik Prat

Extraits

« Regarde le Parc. Tu vois tout ça, en face ? La pelouse, les sentiers propres, les promeneurs… Avant il y avait rien ici. Rien que la boue, rien que le bidonville. Comme ça, étalé tout le long de la route. Et tu ne pouvais pas aller plus loin, crois-moi. La Campa, c’était notre monde ! Une fois j’ai croisé un type, tu sais ce qu’il m’a dit ? Une connerie aussi grosse qu’une montagne : Oh, j’aurais bien aimé, vivre là dedans ! Mais tu crois, camarade, que tu choisis où tu veux vivre ?  »

« J’ai vécu à La Campa autour de 1968. Pendant un an, c’était mon domicile. Je n’en avais pas d’autre, je n’en voulais pas d’autre, je voulais vivre là, avec ces gens. »

« Comment on atterrit dans un bidonville ? Je suis le plus âgé d’une grande fratrie, je m’en rappelle très bien. Mon père, qui ne fait plus partie de ce monde, paix à son âme, est venu en France parce qu’on avait besoin de travail, voilà ce qu’il faut dire en premier lieu. »

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Opération-Bidonvilles campa, 1965 : « Et voici qu’en ces temps-là, les hommes décidèrent de détruire les bidonvilles. Ils recensèrent tous les misérables de la terre, qui se trouvaient dans les bidonvilles et les cités sauvages. Is disaient : « Nous ne vous voulons pas de mal, mais vous comprenez bien, il faut que nos villes soient belles et propres, que tout y soit parfaitement ordonné, minutieusement établi et respecté ». Ils affirmaient : « Nous ne voulons plus que la honte soit au cœur de nos cités ». »

« Des souvenirs, voyons ce qu’il m’en reste, car toute cette époque est troublée. J’étais très jeune, avant que mes parents n’habitent ici. Il y a eu beaucoup de mouvement. Je sais que mon père est parti d’Algérie suite aux événements de 1947. Il faut se souvenir de ça, de l’histoire coloniale. »

« Il y a une dame, Paula, une gitane, un jour, que j’ai reconnu sur un marché, on a beaucoup rit en se revoyant. Beaucoup sont allés en immeuble, éparpillés, mais souvent les gitans, les manouches ont continué à vivre de leur façon, avec la route, avec leurs caravanes… Tout le monde à pris ses chemins. »

« Au début des années 60, j’ai rencontré le futur père de mes enfants. Je suis tombée amoureuse d’un Gitan. J’étais trop jeune, mes parents n’ont pas accepté. L’Amour a fait que je suis partie. J’ai suivi sa famille et je me suis retrouvée à vivre avec eux, pendant des années, à La Campa. »

ATLAS_IMAGE 005Crédit photo: Miroslav Marik

 

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