À Montreuil, La Noue et le Clos-Français se mobilisent

Le quartier de la Noue – Clos Français à Montreuil est ciblé par un projet de rénovation urbaine. Ce projet prévoit, entre autres, la démolition de 92 logements sociaux et de deux galeries commerciales, la construction de 690 logements et la résidentialisation et réhabilitation d’une partie des logements déjà existants.

Logements concernés par la démolition, rue du Clos Français , source : APPUII 2022

Bien qu’une concertation ait été mise en œuvre depuis 2018, certaines opérations sont contestées. Un collectif d’habitants, en partenariat avec l’association Media Tess et Verdragon, s’est structuré pour participer activement à la construction de ce projet. Ce collectif a alors fait appel à APPUII pour les accompagner dans ce travail.

Réunion de quartier autour du projet de rénovation urbaine, 4 juillet 2022, source: APPUII

Au cœur des opérations contestées, la démolition de la tour E qui est en pourparlers entre les décideurs. Les habitants attirent aussi l’attention sur l’urgence de réhabiliter les anciens appartements du Clos Français, dont certains sont insalubres. Une exposition photo des intérieurs dégradés est en cours l’élaboration et fera l’objet d’une exposition nomade dans tout le quartier.

Centre commercial (dit « le Tunnel ») concerné par les démolitions, source: APPUII 2022

Pour cette année, il s’agira dans un premier temps de comprendre l’ensemble des tenants et aboutissants du projet de rénovation urbaine, d’identifier les points de désaccord, puis dans un second temps, de construire des propositions urbaines pour sortir de ces désaccords. L’ensemble de ces travaux se feront avec le collectif et les habitants du quartier.

Pour contacter le collectif : lanouelogementdigne@gmail.com

Rapport d’activités 2021 : découvrez nos projets !

Vous l’attendiez, il est là ! Dans ce rapport d’activité, vous retrouverez toutes les actions d’APPUII ! Il résume l’ensemble de nos activités et de nos victoires pour que vous puissiez avoir un aperçu de qui nous sommes et de ce que nous faisons. L’ensemble de ces actions n’aurait pu voir le jour sans l’équipe permanente, et encore moins sans l’ensemble des bénévoles. Alors merci à eux !

L’année 2021-2022, post COVID, a été une année où nous avons pris un grand plaisir à retrouver physiquement les habitants avec qui nous travaillons, et qui plus est « chez eux ». Cette année a permis de consolider les actions de soutien à des collectifs d’habitants, en prolongeant des coopérations existantes et en en déployant de nouvelles.

La perspective de fêter nos 10 ans a aussi été l’occasion de poser quelques éléments de bilan au long cours, de se mettre collectivement d’accord sur la nécessité de capitaliser/publiciser les actions menées par APPUII et les collectifs d’habitants, de passer à une phase d’interpellation plus directe, et de chercher un modèle économique « moins fragile », nous permettant de projeter nos actions à plus long terme.

Nous tenons à remercier les salariés et bénévoles pour avoir amené Appuii jusqu’à ses 10 ans et pour avoir donné encore un souffle nouveau aux projets portés par l’association. Nous souhaitons aussi remercier nos financeurs sans qui nos actions et soutiens ne seraient pas possibles.

EN 2021, NOUS AVONS CONSOLIDÉ

Notre organisation interne : le fonctionnement autour d’un bureau élargi mensuel. Celui-ci a permis de faire des liens plus directs entre les actions de terrain et l’organisation interne, mais aussi de donner de nouvelles places à certaines bénévoles qui restaient jusque-là un peu au second plan de certains arbitrages quotidiens qui ont un réel impact sur le projet de l’association.

Notre expertise technique, en développant des démarches de contre-expertise (économique, sociale, et environnementale) plus poussées et en aboutissant un projet alternatif (Le Bois de l’Etang à La Verrière).

Une approche par territoires : le déploiement de projets transversaux pour mieux saisir ce qui se joue à des échelles territoriales en matière de transformations socio-urbaines (Plaine Commune) et de solidarités informelles dans le contexte de crise sanitaire (la recherche-action Solidarité Post Covid dans 5 villes dans les Yvelines).

La prise de recul par rapport aux actions portées par Appuii, principalement dans le cadre de l’ANR CoPolis. Cette recherche vise à une comparaison à d’autres activités d’intermédiation et d’expertise citoyenne portées par des structures associatives hybrides telles qu’Appuii (habitants, universitaires, professionnels) en France et au Brésil.

EN 2021 NOUS AVONS OUVERT DE NOUVELLES PERSPECTIVES

La formation : la certification QUALIOPI (avec l’association Capacités). Appuii porte notamment le volet relatif aux questions de relogement (organisation, droits, etc.).

La participation à la réponse à un projet de recherche-action européen : Horizon Europe sur Inégalités et participation (projet « Fairville »).

LES TERRAINS

Nous recevons régulièrement des sollicitations auxquelles nous ne pouvons répondre systématiquement : pour des raisons matérielles mais aussi car elles nous paraissent parfois sortir de nos champs d’intervention. De plus en plus de sollicitations nous proviennent de territoires en dehors de la région Ile-de-France.

En 2021, nous avons entamé des nouvelles collaborations dans différents quartiers :

– Dans le quartier du Valibout à Plaisir (78), avec le comité Dal 78, nous avons engagé un accompagnement technique pour com- prendre le projet de rénovation urbaine.

– A Pierre Sémard, au Blanc-Mesnil (93), des étudiants ont travaillé avec le collectif d’habitants pour les soutenir face à la démolition partielle envisagée de leur quartier.

– Dans le quartier du Mail à Vélizy (78), en soutien à l’amicale de locataires d’un immeuble prévu à la démolition dans le cadre d’un projet immobilier, nous avons préfiguré les bases d’un projet alternatif.

-Au Levant, dans la commune des Andelys (27), APPUII a accompagné le comité de locataires face à la démolition annoncée de leurs immeubles

Cette année a également été l’occasion d’un travail inédit pour APPUII avec l’association Renaissance des Groux à Fresnes et les Éditions de la Dernière Lettre, autour de la co-écriture d’un ouvrage retraçant la lutte de ces habitants pour la préservation de leur quartier.

2021 rime aussi avec victoire : dans le quartier Robert Schuman, le collectif d’habitants, APPUII et la coordination nationale Pas Sans Nous ont réussi à obtenir des engagements de la mairie en faveur de la non-démolition du quartier.

Progressivement, de nouvelles demandes émergent. L’année 2022 sera riche de collaboration comme à la Maladrerie Maladrerie (Aubervilliers), sur la ZAC Basilique (Saint-Denis), La Noue (Montreuil), ou le quartier Campanile (Marseille)

L’équipe salariée, soutenue par des stagiaires et bénévoles, a été présente de façon continue sur 4 terrains exemplaires et démonstratifs (interventions pérennes), de façon plus ponctuelle sur 8 autres et en conseil auprès de plus d’une dizaine de collectifs d’autres terrains.

Leurs actions se déploient en accompagnement technique et en appui à la mobilisation. Elles sont détaillées dans la suite du rapport d’activité, et dans le cas de certaines collaborations, elles donnent lieu à des preuves quantifiées (bilan carbone de la démolition, coût économique, coût social).

L’ensemble du rapport d’activité est disponible ici.

Khedidja MAMOU, avec les membres du bureau

Valibout (Plaisir, 78) : un projet alternatif qui prend forme

Ce vendredi 1er juillet, architectes, urbanistes, sociologues et historien, ont restitué leurs travaux au collectif d’habitants du Valibout à Plaisir. C’était l’occasion d’un bilan et d’un échange sur la suite de l’action. Étude sociohistorique, diagnostic des usages des espaces publics, étude de la mécanique de rue, et propositions de projets alternatifs, tous révèlent les contradictions portées par le projet municipal et sa volonté de détruire les espaces de vie au sein du quartier. Un autre projet est possible. Ils le démontrent !

Restitution auprès du collectif d’habitant (©APPUII)

L’étude sociohistorique : « Quand le 1000 feuilles a été détruit c’est carrément la vie du quartier qui a été détruite »

Frise temporelle des équipements du quartier (© ANR Copolis)

Ce travail de recherche, réalisé dans le cadre du programme de recherche franco-brésilien Copolis[1], retrace l’histoire des lieux qui comptent et ont compté pour les habitants du quartier. Il retrace de la construction du bowling sur la place du 500mètres jusqu’à la démolition du mille-feuille (maison des associations) qui était situé dans l’ancien silo-parking. Ce travail d’enquête, réalisé avec le comité DAL78, APPUII et des habitants du quartier, a donné lieu à la réalisation de la frise ci-dessus. Imprimée en grand format, elle a été exposée dimanche 26 juin lors de la fête de quartier des «anciens» du Valibout et a eu un franc succès, chacun.ne complétant de ses anecdotes ou de ses souvenirs cette longue histoire. Un livret sera produit et donné au collectif, racontant l’histoire de ce quartier qui fait le patrimoine populaire de Plaisir.

Diagnostic des usages des espaces publics : des espaces de rencontre mis en péril par le projet de rénovation urbaine

Fernanda Moscarelli, enseignante à l’Université Paris Nanterre, a restitué le travail mené pendant quatre mois par les étudiants de son master. Une carte synthétise les usages observés et racontés par les habitants dans les principaux espaces publics du quartier. Ce travail d’enquête dévoile des usages divers et riches tout au long de la journée et de la soirée, générant occasionnellement des désagréments pour le voisinage. Même si dans certains lieux l’occupation est majoritairement masculine, l’ensemble du quartier reste relativement mixte. Il met également en lumière la qualité intrinsèque de ce quartier piéton et végétalisé qui manque cependant d’entretien et de mobiliers urbains permettant à l’ensemble des habitants d’en profiter pleinement.

Ce diagnostic révèle que le projet urbain envisagé par la mairie vient détruire ces 4 espaces publics pour y faire passer des routes, sans avoir réfléchit aux usages existants !

Carte des usages des espaces publics (©APPUII et Université Paris Nanterre)

La mécanique de rue : une pratique invisibilisée

L’étude sur la mécanique de rue a elle aussi été fructueuse. Redda, membre du comité DAL 78 et stagiaire chez APPUII, à travers un important travail d’enquêtes, auprès des mécaniciens et des riverains, pu comprendre les besoins et les nuisances d’une telle activité dans le quartier.

Environ 15 mécaniciens, habitants du quartier, y travaillent de manière permanente, permettant de répondre d’une part aux besoins des habitants avec une offre de service à prix abordable tout en participant à l’économie du quartier. Travaillant aujourd’hui de façon informelle, la grande majorité des mécaniciens sont prêts à se régulariser pour participer de la création d’un garage solidaire prévu dans le cadre du projet de rénovation urbaine, mais auquel ils n’ont pas été associés.

©APPUII

« Requalifier l’existant » : les hypothèses d’aménagement des jeunes architectes

©ENSA Paris La Villette

Les étudiantes de l’école d’architecture de Paris La Villette ont quant à elles présenté leur projet alternatif. Il s’appuie sur la réhabilitation des logements, des commerces, des équipements, ainsi que sur le réaménagement des stationnements. Cette solution propose une valorisation de la trame verte et de la piétonnisation préexistante au Valibout, elle compose en finesse des parcours apaisés pour les enfants et proposent des lieux de rassemblement public pour toutes les générations. Elle n’exclut pas l’arrivée de nouveaux logements en accession sur le quartier, mais refuse les nouvelles routes, les démolitions et la résidentialisation de l’existant. Des planches et une maquette seront exposées au local pour que chacun.ne puisse découvrir et s’approprier ce projet dessiné par les habitants.

Prochainement, l’ensemble des travaux sera exposé dans le local du comité DAL 78, puis présenté aux pouvoirs publics. Rendez-vous en septembre !

Pour avoir plus d’informations sur le projet :


[1] https://copolis.hypotheses.org/

Le Mail (Vélizy, 78) : l’amicale de locataires présente son projet aux habitants

Ce samedi 2 juillet, les membres de l’amicale de locataires du Mail, d’APPUII et de l’Ecole d’Architecture de Paris La Villette présentaient leur projet de requalification du quartier du Mail. Au marché, la grande majorité des passants étaient favorables à ce projet sans démolition, plus respectueux des habitants actuels et de l’environnement.

©APPUII

Depuis presque un an, les locataires du quartier du mail se mobilisent face à un projet de rénovation urbaine (hors-ANRU). Ce projet prévoit le déplacement de la galerie commerciale aux pieds des immeubles alentour, la démolition d’une barre d’immeuble et de deux cages d’escaliers d’une autre, la création d’un plan d’eau, la suppression des stationnements extérieurs et la construction d’un projet immobilier de 5 tours de logements privés. Ce projet prévoit ainsi le délogement de 150 foyers disposant de loyers plafonnés, inférieur au prix du marché.

Alors que les locataires sont très majoritairement contents de leur logement et du quartier,  certains d’entre eux se constituent en amicale et font appel à APPUII pour repenser le projet urbain. Depuis 6 mois, en partenariat avec Alexandre et Pierre, étudiants à l’école d’architecture de Paris La Villette (ENSA La Villette), ils envisagent un projet alternatif, plus réaliste, plus économique et beaucoup plus soucieux de l’environnement : l’immeuble est rénové, les parkings aériens gratuits sont réaménagés et végétalisés et une coulée verte est créée (sans rivière ce qui permet la sauvegarde des 2 cages d’escalier rue Paulhan).

Un réaménagement des espaces commerciaux qui fait consensus

La partie “aménagement du marché/déplacement des commerces” présentée par Mr le Maire, faisant à peu près consensus auprès des habitants, des commerçants du Mail et des commerçants du marché, nous le laissons tel quel. Mais nous faisons le choix de valoriser les immeubles existants en les rénovant.

Une coulée verte conviviale et durable

Plutôt que de démolir l’immeuble, créer une rivière artificielle et un parking souterrain hors de prix, nous privilégions la création d’une véritable coulée verte, avec une piste cyclable et des espaces détentes. La majorité des places de parkings gratuites sont conservées et végétalisées.

©alexandre Donat et Pierre Freitas
©alexandre Donat et Pierre Freitas

©alexandre Donat et Pierre Freitas

Une réhabilitation sans démolition

Mr le Maire prétexte “la transparence et l’ouverture” pour justifier son projet démolition. Or, cette destruction ne dégagera pas la vue puisque le regard butera sur la caserne des CRS et les 4 nouveaux bâtiments. Notre projet prévoit la réhabilitation thermique et esthétique de l’immeuble.

Sur la façade sud, des brises soleil amovibles sont installés. Une extension des appartements est prévu côté nord, avec ajout de balcon. Des pieds d’immeuble sont ouverts pour faciliter le passage entre le parking S. Lecointe et le centre commercial. Des rampes sont créées pour les personnes à mobilité réduite.

©alexandre Donat et Pierre Freitas
©alexandre Donat et Pierre Freitas
©alexandre Donat et Pierre Freitas

A travers cette proposition, il s’agit d’ouvrir un espace de dialogue pour vraiment discuter du futur du quartier du Mail.

Si vous souhaitez plus d’information sur ce projet ou la mobilisation, n’hésitez pas à contacter :

L’amicale du mail : amicale.mail@gmail.com ou l’association APPUII : associationappuii@gmail.com

Roman Ratushny, activiste urbain kiévien, mort au front, à l’Est de l’Ukraine : « un coup au cœur de toute une génération »

Photo de Roman Ratushny / facebook

Depuis la révolution de Maïdan de 2013-2014, la cause urbaine et l’activisme urbain n’ont cessé d’augmenter en Ukraine. Un de ses militants, Roman Ratushny, est mort à la guerre le 9 juin, près d’Izioum, dans la région de Kharkiv. Le 18 juin, à midi, des centaines de personnes sont venues lui rendre hommage sur la place centrale du Maïdan, à Kyiv. Dès le premier jour de l’invasion russe à grande échelle, le 24 février, Roman avait rejoint la défense territoriale de la capitale, et plus tard la 93e brigade mécanisée, dans une unité d’éclaireurs. Il a participé à la libération de Trostyanets, dans la région de Soumy et il a combattu près d’Izioum. Le 5 juillet, Roman aurait dû fêter ses 25 ans.

Rarement l’émotion sur les réseaux sociaux ukrainiens n’a été aussi unanime. Sa mort a été vécue comme une tragédie pour de nombreux Ukrainiens, même ceux qui ne le connaissaient pas personnellement. Pendant plusieurs jours, le fil d’actualité a été rempli de témoignages. Roman Ratushny est devenu par sa mort le symbole d’une génération politique née pendant la révolution de Maïdan en 2013-2014, et qui s’est engagée ensuite dans des luttes de la société civile, puis contre l’envahisseur russe en février 2022. Roman était la « quintessence de l’Ukraine dont on rêve », lit-on sur Internet. Sa mort est « un coup au cœur de toute une génération… Perdre un tel Roman Ratushny, c’est perdre des années et des décennies de travail acharné et de contributions insensées pour élever un homme de sa trempe », dit la critique d’art et historienne Anna Kaluger. Certains qui travaillaient avec lui rêvaient le voir un jour devenir président du pays, comme Liudmyla Yankina, militante des droits de l’homme et responsable du projet de protection des défenseurs des droits de l’homme et des militants sociaux du Centre des droits de l’homme ZMINA.

Après Maïdan, Roman Ratushny a été actif dans de nombreuses initiatives citoyennes contre des destructions de quartiers à Kyiv en vue de projets immobiliers. En 2019, à l’âge de 21 ans, il fonda l’association « Protégeons Protasiv Yar » contre le projet d’aménagement d’un complexe de sports de glisse, illégal, dans son quartier, dans la banlieue de Kiev. Ce projet envisageait la construction de plusieurs tours d’habitation de quarante étages dans un parc urbain. En juillet 2018, le groupe Daytona, un promoteur immobilier lié au président du conseil public relevant du conseil municipal de la ville de Dnipro, Gennadiy Korban, avait obtenu illégalement l’autorisation de construire dans le parc de Protasiv Yar. Le lancement du chantier et la mise en place de clôtures avaient immédiatement provoqué la colère des riverains. Une réunion publique avait alors été organisée, au cours de laquelle Roman avait été élu représentant du groupe, puis de l’association locale créée pour défendre le parc. En mai 2019, l’Inspection nationale de l’architecture et de la construction interdit au groupe Daytona de poursuivre la construction dans la zone verte. Le promoteur fit appel auprès du tribunal administratif du district de Kyiv. Il obtint gain de cause en septembre 2019. La lutte devant les tribunaux se poursuivit, grâce à l’acharnement de militants comme Roman : les deux décisions du tribunal administratif de district furent finalement été annulées. Le 28 juillet 2020, l’administration d’État de la ville de Kyiv vota pour deux des trois propositions avancées par l’association « Protégeons Protasiv Yar ». La première consistait à restituer le statut de zone verte aux parcelles de Protasiv Yar. La seconde obligeait le conseil municipal de Kyiv à permettre la création d’un parc paysager régional dans cette zone.

Roman Ratushny se rendait régulièrement dans les tribunaux et il était soutenu par des avocats connus des milieux des droits de l’homme en Ukraine, comme Liudmyla Yankina de ZMINA (citée plus haut). Il subissait des pressions de la part des promoteurs immobiliers, des forces de l’ordre et des autorités : Roman se trouvait sur le banc des accusés à cause d’accusations forgées de toutes pièces. Il fréquentait également les tribunaux comme partie plaignante en tant que défenseur des intérêts de Protasiv Yar. Roman recevait aussi des menaces, publiques et privées, de la part du promoteur Gennadiy Korban. Les représentants du promoteur tentèrent de « négocier » avec le militant. Ce fut le cas par exemple de l’avocat Andrei Smirnov, qui occupe désormais le poste de chef adjoint du bureau du président, s’occupant de manière informelle du pouvoir judiciaire. À l’époque, Smirnov avait laissé entendre que des représailles physiques pourraient être exercées contre les militants de Protasiv Yar s’ils n’étaient pas disposés à trouver un compromis. En raison de la situation tendue, les défenseurs de Protasiv Yar lancèrent plusieurs appels à l’aide au président Volodymyr Zelensky. Le chef de l’État avait promis de régler le problème. Cependant, Smirnov a ensuite rejoint le cercle intime du président.

En juin 2022, le tribunal commercial d’État de la Cour suprême d’Ukraine a temporairement interdit la construction à Protasiv Yar. La lutte de Protasiv Yar est ainsi emblématique de la société civile ukrainienne qui tente de s’opposer à des pratiques de corruption et des processus d’artificialisation des sols dans des grands projets d’aménagement. Elle s’est inspirée et a inspiré d’autres mobilisations du même type, l’Ukraine ayant connu une forte montée de l’activisme urbain suite à la révolution, comme dans d’autres pays par exemple en Égypte.

Roman Ratushny a également participé à d’autres luttes contre la corruption, de niveau national, un thème qui était l’une des revendications de la révolution de Maïdan et un des grands chantiers de la période postrévolutionnaire, la guerre constituant, selon de nombreux activistes, un obstacle à la démocratisation et aux réformes portées par la société civile. Roman a participé aux manifestations de rue en soutien à Kateryna Handziuk, une militante anticorruption de Kherson qui a été tuée en 2018. En 2020, Ratushny s’est présenté aux élections du conseil municipal local, mais sans succès. Il avait alors 23 ans. Le 20 mars 2021, il a participé à une manifestation de soutien à Serhiy Sternenko, militant, avocat et YouTuber, devant le bureau présidentiel à Kyiv. Avec le slogan « Vous n’entendez pas ? Eh bien vous allez voir ! », les manifestants avaient demandé la libération de prisonniers politiques, le renvoi des sympathisants de l’ancien régime de Ianoukovitch et des agents russes des fonctions publiques, la fin de la crise constitutionnelle en cours et une réforme judiciaire. Roman fut poursuivi pour avoir participé au rassemblement et inculpé pour « trouble à l’ordre public en raison d’un manque de respect évident pour la société, en relation avec un groupe de personnes avec préméditation et utilisation d’armes ou d’autres objets pouvant infliger des lésions corporelles » (partie 4 de l’article 296 du Code pénal). Le 29 mars, le tribunal Pecherskyy de Kyiv ordonna que Roman soit placé en résidence surveillée 24 heures sur 24. Roman affirma qu’il avait bien participé à la manifestation, mais qu’il n’avait pas commis aucun acte répréhensible. Pour lui, son inculpation et assignation à résidence étaient un moyen de l’éloigner de la lutte pour Protasiv Yar, et notamment de l’empêcher d’assister aux audiences prévues au tribunal.

Le 21 avril 2021, l’activiste fut libéré de son assignation à résidence. La même année, il obtint une autre victoire, pour un événement antérieur, Maïdan. Roman figurait parmi les plaignants d’une plainte déposée contre le gouvernement Ianoukovitch devant la Cour européenne des droits de l’homme, qui reconnut la validité de sa plainte, estimant que son droit de manifester pacifiquement avait été violé en novembre 2013 (lorsqu’il fut battu brutalement par les forces de l’ordre).

Roman Ratushny était le fils de l’écrivaine et journaliste, Svetlana Povalyaeva, et du journaliste et militant de « Sauvez le vieux Kyiv » et organisateur de la Marche pour la liberté du cannabis, Taras Ratushny. Ses amis et connaissances qualifient Roman Ratushny d’extrêmement courageux, intelligent et doté de principes, et prêt à aller jusqu’au bout sans trahir ses positions. La directrice de la Fondation DEJURE (qui se bat pour établir un système judiciaire véritablement indépendant en Ukraine) et présidente de l’initiative « Qui a tué Katya Gandziuk ? », Marina Khromykh, compare la mort de Roman Ratushnyi à la perte de l’activiste Kateryna Handziuk, qui était devenue un symbole de la lutte pour les droits de la société civile. Elle appelle les habitants de Kyiv à empêcher une action du secteur corrompu de la construction à Protasiv Yar, qui pourrait se produire après la mort de Roman. Yevhen Leshan, président de l’organisation publique « Défense ukrainienne » et rédacteur en chef de l’agence de presse « Centre pour le journalisme d’investigation », exprime des craintes du même ordre : « Il semblait à tous que Roman Ratushny était aussi éternel que l’était la lutte de la société ukrainienne contre les maraudeurs effrontés – fonctionnaires et hommes d’affaires qui dévorent l’Ukraine vivante pour de l’argent et pour entrainer sa perte. La crapule qui a essayé de construire Protasiv Yar est probablement en train de dire merci aux balles russes« .

Les Ukrainiens ont connu la mort et la destruction à grande échelle au cours des quatre derniers mois. L’invasion russe a poussé de nombreux Ukrainiens issus de tous les milieux sociaux à se porter volontaires pour les forces armées. Les meilleures de ces recrues sont envoyées au front. De nombreux commentateurs disent que la mort du jeune homme rappelle aux Ukrainiens que la guerre leur prend leurs meilleurs éléments, les plus dynamiques et les plus engagés pour leur pays, y compris ceux qui ont un point de vue critique et progressiste sur la reconstruction de l’État depuis la révolution de Maïdan en 2013-2014.

Perrine Poupin (CNRS/AAU-CRESSON)

Recrutement : APPUII cherche un.e chargé.e de coordination !

Vous êtes intéressé.e par les questions d’urbanisme et vous souhaitez vous engager dans une association dynamique au service des habitants touchés par des grands projets d’urbanisme ? Nous recrutons un chargé de coordination pour septembre 2022. Plus d’infos ici.

Le CV et la lettre de motivation sont à envoyer à associationappuii@gmail.com avant le 26 juin 2022.

Solidarité covid (Yvelines): vers la création d’une fédération inter-associative

Le 23 janvier dernier, s’est tenue la deuxième réunion inter-associatives des Yvelines à Maurepas. Proposée et initiée par les associations APPUII, Qassama et Elancoeur, cette réunion a rassemblé plus de vingt associations du département des Yvelines. Son objectif était de se connaitre et d’envisager des coopérations entre les  associations œuvrant dans certains quartiers populaires des Yvelines.

Pour la seconde fois, des représentants de 13 associations se sont réunis à l’hôtel Mercure à Maurepas. 10 autres étaient excusées pour cause de Covid-19. Alors qu’elles n’étaient que 10 pour la première réunion, elles sont aujourd’hui 14. Oeuvrant principalement dans le champ de la solidarité de proximité, ces associations forment un ensemble hétérogène. Certaines sont très structurées et disposent de moyens relativement importants, d’autres sont plus petites et ne sont pas nécessairement formalisées.

Si l’objectif de la première réunion était de rassembler une majorité des formes de solidarité qui œuvrent dans les quartiers populaires des Yvelines pour qu’elles coordonnent mieux leurs activités. La deuxième  avait pour finalité de poursuivre cette initiative avec la mise en place d’une fédération inter-associative. La première assemblée a permis l’élaboration d’un suivi des actions. Toutes les associations présentes à la réunion ont convenu que l’heure de travailler ensemble est arrivée. Pour faciliter ce travail d’équipe, elles se proposent de mutualiser leurs ressources avec: la création des plateformes numériques où les responsables d’associations pourront se retrouver afin de garder contact et d’échanger un peu plus souvent (un groupe whatsapp, une page facebook). La CASQY (communauté d’agglomération sqy) qui s’est portée volontaire d’accompagner les associations dans la mise en place des contrats service civique avec un accompagnement de terrain.  L’association Kassama qui laisse de la place dans ses cuisines.  Trans Espoir qui propose de partager des locaux entre association pour réduire les coûts de loyers individuels. Des réunions régulières (après trois mois) pour mieux gérer les solidarités et organiser des évènements comme des barbecues.

Cette mutualisation de ressources permettra de répondre aux difficultés auxquelles font face la majorité des associations. Les difficultés liées aux locaux et aux bénévoles sont les principaux axes soulevés lors de la séance. Mohamed et Isac ont  proposé un soutien de l’association APPUII dans l’accompagnement d’une formation d’hygiène HACCP dont peuvent bénéficier les membres associatifs de la fédération. Cette deuxième réunion s’inscrit dans l’élan d’une collaboration entre association des quartiers populaires des Yvelines. Les échanges ont permis à tous les membres de convenir d’ une rencontre après trois mois. Une association sera chargée d’organiser la séance. La prochaine prévue sera organisée par l’association Fodol.

Formation professionnelle : Capacités et APPUII deviennent un organisme de formation certifié Qualiopi

Depuis le 18 avril, Capacités en partenariat avec APPUII, peut désormais réaliser des formations professionnelles (certifiées Qualiopi) sur les questions de participation citoyenne et d’urbanisme. Cinq programmes de formation sont proposés. Ils sont tant à destination des citoyens, professionnel.les et élu.es. Ils sont adaptables à la demande et disponibles dans notre catalogue. N’hésitez pas à nous contacter pour en savoir plus.

Réalisées par les salariés de Capacités et d’APPUII, ces cinq formations s’adressent à des acteurs de structures et territoires différents. Elles portent sur la mise en œuvre de démarches participatives dans le cadre de l’urbanisme, du logement ou de la grande précarité. Elles s’appuient sur de fortes expériences de terrain et des bases théoriques solides. Dans une logique de pédagogie active, des outils très pratiques permettent d’aller plus loin dans la co-construction avec les habitant.e.s, élu.e.s et professionnel.le.s.

Programme 1. Organisation collective et animation participative (Capacités)

Beaucoup d’associations font face à un besoin de se professionnaliser. Ce cap n’est pas toujours aisé, car il induit de repenser/repartager les envies, besoins et visions des uns et des autres de ceux et celles qui forment le collectif. Cette formation permet de penser ensemble les différentes étapes et points d’attention à avoir pour continuer à avancer collectivement vers un plus de professionnalisme.

En ce sens, nous proposons des sessions qui puissent s’enrichir de l’expérience de chacun afin de produire des savoirs et des savoir-faire communs. Les formats des journées seront donc travaillés dans l’optique d’une mise en pratique directe des réflexions, méthodes et outils.

Programme 2. Introduction à l’urbanisme participatif (APPUII)

Cette formation, destinée tant aux citoyens intéressés par les questions d’urbanisme qu’aux professionnels de la ville, prend acte de la nécessité de co-construire la ville de demain. Cependant, les projets urbains sont souvent vus comme des objets complexes, tant dans leur gouvernance que des transformations qu’ils engagent. Au cours de cette formation, il s’agira de se familiariser aux outils et méthodes de l’urbanisme participatif.

Programme 3. Les droits au relogement (APPUII)

Les démarches de relogement, dans le cadre de projet urbain, sont souvent complexes et méconnues. Cette formation a pour but de permettre la compréhension des étapes du relogement ainsi que les principes que le bailleur doit respecter, afin que des habitant.e.s puissent comprendre et exercer leurs droits. Elle se focalise principalement sur le logement social. Il est ainsi mis en avant le “savoir” pour pouvoir faire valoir ses droits.

Programme 4. Méthodologie pour un projet participatif : enjeux et sens de la participation (Capacités)

Si l’on considère que la participation se fonde sur l’expression des points de vue pluriels, qu’elle vise à dépasser les clivages trop marqués entre les statuts et les rôles, qu’elle cherche à valoriser les compétences de chacun, alors une formation sur ce sujet ne peut s’envisager sur un mode classique de transmission de savoir. Il s’agit de construire une formation à l’image de ce qu’elle vise à susciter : un renouvellement des pratiques, de nouveaux modes de fonctionnement.

En ce sens, nous proposons des sessions qui puissent s’enrichir de l’expérience de chacun afin de produire des savoirs et des savoir-faire communs. Les formats des journées seront donc travaillés dans l’optique d’une mise en pratique directe des réflexions, méthodes et outils.

Programme 5. Prise de parole individuelle et collective (Capacités)

Aujourd’hui il est de plus en plus difficile de se faire entendre sans parler fort. Ce temps de formation permet de prendre le temps de se questionner sur le sens de la parole avant de pouvoir apprendre à prendre la parole, à construire une parole.

En ce sens, nous proposons des sessions qui puissent s’enrichir de l’expérience de chacun afin de produire des savoirs et des savoir-faire communs. Les formats des journées seront donc travaillés dans l’optique d’une mise en pratique directe des réflexions, méthodes et outils.

Pour nous contacter :

Le DLM  « Derrière-les-Murs, Villiers-le-Bel, 95 »

Mercredi 23 mars, les habitants et l’amicale de locataire ont inauguré les nouveaux jardins en pieds d’immeuble du quartier. Ce fut l’occasion pour les associations locales de présenter leur travail et pour les habitants de se renseigner sur le projet de rénovation urbaine.  Cette cité est touchée par la démolition de 206 logements, soit trois bâtiments dont une tour de 15 étages, dans le cadre du NPRNRU. Les conditions actuelles de logements se sont dégradées depuis des années (insalubrités, rats, incendies, squats) et font vivre un calvaire aux locataires, mais la jeune amicale créée en 2021 a pris le dossier à bras le corps.

 « La première étape est de négocier des projets grâce à la TFPB (taxe foncière sur les propriétés bâtie), la seconde est de négocier un local, le but est d’arriver à légitimer notre place et de parler d’égal à égal avec la mairie et le bailleur » nous explique Carlos Bilongo, président de l’amicale.

Les habitants ont pu passer sur le stand d’APPUII et se renseigner sur les étapes de la concertation grâce à la nouvelle plaquette mise à disposition pour l’occasion. Si la crainte des démolitions n’est pas prédominante, les habitants sont impliqués pour le futur de leur quartier, ces jardins attendus depuis plus de deux ans en sont la première pierre. Jeff et Marco des Jardins Solidaires de Tremblay-en-France étaient venus prêter main forte à Inventerre, au menu, des ateliers mini-serres, des boules à graines, et l’installation des bacs partagés. Enfin CARMA, le Collectif Pour le Triangle de Gonesse, MNLE93, la Ferme du Sausset, et Saltus Campus (lycée agricole de Sevran) étaient aussi de la partie, ils ont présenté leur travail et fait des rencontres.

Rendez-vous cet été pour goûter les fraises et la menthe fraîche, et nous repasserons prendre régulièrement des nouvelles des habitants.

Expérience Sanitas Solidaire : Co-construire l’espace public dans les quartiers populaires

Les 2, 3 et 4 mai, l’équipe d’Expérience Sanitas Solidaire à Tours (37) vous invite au séminaire Co-construire l’espace public dans les quartiers populaires : approches citoyennes, paysagères et esthétiques« . En prenant le parti de la complémentarité des savoirs, ce séminaire relève le défi d’associer étroitement chercheur.se.s et expert.e.s d’usage des quartiers populaires.

Co-construire L’espace public dans les quartiers populaires : approches citoyennes, paysagères et esthétiques
PROGRAMME

2 mai 2022 : Maison des Sciences Humaines // Quartier des Deux-Lions à Tours

10h-13h :
Intro : Julien Keruhel, Plurielles – Ida Tesla, Pih-Poh – Nora Semmoud, professeure, CITERES – Mina Azzi, habitante, Gülçin Erdi – chercheuse CITERES

Conférence-débat sur la place et l’expression des femmes dans l’espace public
Café des femmes Plurielles avec Julie Garnier, Régie plus avec Gülçin Erdi
Participant.e.s : Julie Garnier – chercheuse, Malika Belhacène – Café des Femmes Plurielles, Gülçin Erdi – chercheuse, Yamina Chabane – Centre Social Plurielles, Régie Plus
Partenaire : Villes au carré

14h-17h : Conférence-débat sur la place des jeunes dans l’espace public
Participant.e.s : Nicolas Oppenchaim – maître de conférence, sociologue, Shérazade – Centre Social Plurielles, secteur jeune, + un.e autre chercheur.se
Partenaire : Confédération Nationale du Logement

3 mai 2022 : Espaces publics // Quartier du Sanitas à Tours


10h-13h : atelier Table de quartier et atelier cartographie sensible au Marché Saint-Paul
Participant.e.s : Florence Troin – ingénieur de recherche/cartographe, Bénédicte Madelin de Pas sans nous, Yasmine Hassouni – Centre Social Plurielles – Mina Azzi – Table de quartier du Sanitas


14h-17h : RDV au Planitas
Après-midi : co-production des espaces à travers les Jardins partagés et jardins familiaux
Table ronde conclusive animée par Gülçin Erdi
Participant.e.s : Méryl Septier, paysagiste, Nora Semmoud- chercheuse, Autours de la Famille,
Aurélie Thomas-Planitas, Loïc Fougère – CS Plurielles

4 mai 2022 : CS Plurielles
Horaire à confirmer : 15h Ciné-goûter débat avec Passerelleciné « Jacob et les chiens qui parlent » // à partir de 6 ans

Plus d’infos : pihpoh@free.fr