Mardi 19 Novembre : Mbolo Moy Dole ! (L’union fait la force !)

L’association APPUII et Centre SUD profitent de la présence de Papa Keita (UrbaSen), Bea Varnai (UrbaMonde) et Luansang Chawanad (ACHR) pour vous inviter à la projection du film « Mbolo Moy Dole ! » et au débat qui s’en suivra avec nos amis et partenaires sénégalais et thaïlandais. Rendez-vous à 18h15 à l’ENSA Paris Val de Seine le mardi 19 Novembre.

Comment construire la ville, par et pour les habitants ? Cette projection-débat organisé dans le cadre du séminaire FAIRVILLE sera l’occasion d’explorer cette production sociale de l’habitat en apportant des perspectives du Sénégal et de l’Asie.

Dans la banlieue de Dakar, au Sénégal, les habitant-e-s prennent en main leur quartier avec un projet d’urbanisme et de financement solidaire. Mbolo moy dole! – l’union fait la force en wolof – raconte l’histoire d’un mouvement citoyen né il y a plus de 10 ans au cœur des quartiers précaires de Dakar au Sénégal. Touchés par de violentes inondations, les habitant-e-s ont dû faire face à de nombreuses problématiques urbaines.

L’association urbaMonde et l’ONG locale urbaSEN ont uni leurs forces pour accompagner la population à améliorer son cadre de vie par le biais d’un mécanisme de financement solidaire innovant. Lancé il y a plusieurs années, ce programme présente aujourd’hui des résultats impressionnants et continue de se développer grâce à l’implication des habitants organisés en fédération.

Au-delà de l’urbanisme, ce documentaire est une aventure humaine favorisant la résilience et le lien entre habitant-es de quartiers précaires.

Réalisation : Alex Amiguet
Partenaires : urbaSEN, FSH

Sète : les étudiants et habitants repensent les transformations de la ville

Du 25 au 30 novembre la ville de Sète accueillera une dizaine d’étudiants en architecture de l’ENSA Lyon. Accompagnés par des associations et collectifs locaux, ils et elles essayeront de porter un regard critique et ouvrir des pistes de réflexion collective sur les futures transformations urbaines de la ville.

En décembre 2018, l’association APPUII a été contactée par des collectifs d’habitants sétois souhaitant étayer leur expertise locale et habitante au sujet du projet d’aménagement d’une marina de luxe, porté par l’Établissement public régional Port Occitanie, et les groupes IGY Marinas (américain) et P&O Marinas (émirati).

Ce projet s’inscrit dans une logique plus large de transformation de la ville de Sète, qui se manifeste par d’autres projets sur lesquels les habitant.e.s  ont peu de prise en général : programmes de rénovation urbaine (PNRU et PNR-QAD), touristification, AirBnB-sation, multiplication des zones sujettes à des procédures opérationnelles, gentrification, remplacement des commerces locaux, etc.

Afin de faire le lien entre les différentes mobilisations et accompagner l’analyse des stratégies urbaines déployées, une semaine d’ateliers est organisée en partenariat avec l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon du 25 au 30 novembre 2019

Une thématique transversale s’est progressivement définie avec ces différents partenaires autour des eaux de Sète : « L’eaudans sa relation à des dispositifs spatiaux et construits ».  Elle sera déclinée en d’autres sous-thèmes qui traiteront les questions de gentrification, de risque touristique et des inégalités territoriales.  

Le rôle d’Appuii au sein du workshop sera celui d’un médiateur (de tiers facilitateur) entre les étudiants, les acteurs mobilisés de la société civile et les acteurs institutionnels. L’objectif sera de remettre les citoyens au centre du processus de production de la ville. La restitution du workshop sera envisagée comme un espace de débat public qui permettra d’aboutir à une interpellation commune.  

Les étudiants seront accompagnés pour mener un travail de terrain intensif : rencontres, arpentage, entretiens, micro-trottoir, parcours commentés, dans le but de mobiliser la parole habitante.

Les habitant.e.s de Sète ouvriront gracieusement leurs portes pour héberger les participant.e.s au workshop. Un centre associatif et coopératif local (le 51) va se transformer en atelier de travail, lieu de rencontre et d’organisation d’événements publics entre les étudiants et les acteurs locaux. Une association locale prêtera des vélos pour faciliter les déplacements des étudiants tout au long de la semaine.

L’ensemble des résultats du workshop seront visibles sur le site d’APPUII. Si vous souhaitez plus d’information sur la démarche, vous pouvez contacter le collectif « Non à la marina » : nonmarinasete@gmail.com

Bethlehem (Palestine) : faire de l’urbanisme sous tension

Depuis mai 2019, APPUII accompagne les mairies de Paris et de Bethlehem dans la requalification de la place de la Nativité. Ce projet, de 18 mois environ, prévoyait dans un premier temps l’organisation d’un workshop avec des étudiants français et palestiniens « reinventing the public space ». L’objectif : rencontrer les citoyens, faire un diagnostic de la situation et identifier des principes d’intervention. Ce deuxième article[1] revient sur cette première mission. Raconté sous la forme du récit, il donne à voir un l’organisation d’une telle démarche dans le contexte singulier de Bethlehem.

Le berceau de la chrétienté en territoire palestinien

Discussion avec Um Nabil, maraîchère, à l’entrée du souk de Bethlehem, photo prise par Féral Erkol (bénévole Appuii)

Du 1 au 10 septembre 2019, deux membres d’APPUII, Feral et Romain, se sont rendus à Bethlehem. La vielle du début du workshop, ils arrivent chez Widad. Cette institutrice retraitée de Beit Sahur les héberge toute la durée de la mission. Elle leur fait découvrir les premières saveurs, plus ou moins amères, de la réalité Palestienne. Autour d’un tajine fraichement préparé, elle raconte son histoire et celle de sa famille. Elle parle des changements qui touchent Bethlehem depuis de nombreuses années, notamment depuis la seconde intifada et la construction du mur. Beaucoup de béthlémitains chrétiens ont émigré, en particulier au Chili, laissant vides certaines maisons, comme ce fut le cas de la demeure de son frère, attenante à la sienne.

Bethlehem et Jérusalem sont frontalières. Avant la construction du mur, « on pouvait aller de l’une à l’autre en une dizaine de minutes ». Aujourd’hui, il faut facilement une heure pour ceux qui ont l’autorisation de se rendre dans les deux villes. Les contrôles des militaires en armes rappellent la situation de guerre dans laquelle se trouvent Israéliens et Palestiniens depuis 70 ans. Outre les effets du mur sur la mobilité des Palestiniens, notamment ceux travaillant à Jérusalem, cette nouvelle frontière a fortement fragilisé l’économie palestinienne, en particulier celle de Bethlehem, comme en témoigne Um Nabil, maraichère. Elle explique que le marché de la ville a perdu la moitié de sa fréquentation depuis une dizaine d’années. Il se vide et les producteurs locaux sont progressivement relégués face aux prix hautement concurrentiels des vendeurs de produits israéliens.

Cette crise économique frappe l’ensemble des Palestiniens. Dans ce berceau de la chrétienté où 70% des habitants sont de confession musulmane, mais où la grande majorité des élites économiques et politiques est chrétienne, tous réaffirment l’importance de l’amitié islamo-chrétienne. Les relations culturelles, religieuses et sociales entre les deux groupes guident l’ensemble des réflexions tout le long du projet et s’avèreront une clé de compréhension centrale du fonctionnement du centre historique de Bethlehem et de la place de la Nativité.

La place de la Nativité : lieu de rencontre pour le voisinage et passage obligé pour les touristes et pèlerins

La Place de la Nativité, photo prise par Romain Gallart (APPUII)

La Place de la Nativité, ou Place de la Mangeoire, en référence au lieu où serait né Jésus, est un espace public à première vue ordinaire, comparativement au poids symbolique qu’il incarne. C’est peut-être dû à sa sobriété, à sa taille mais aussi à la banalité de son fonctionnement et de ses usages. La journée, certains habitants des quartiers voisins s’installent sur les bancs de pierre à l’ombre des quelques arbres. En même temps, touristes et pèlerins du monde entier s’y succèdent sans jamais vraiment s’y arrêter. Par centaines, ils attendent parfois plusieurs heures devant l’église, avant d’aller visiter la Grotte du Lait puis de regagner un bus qui les ramènera à Jérusalem sans avoir davantage visité la ville ni même profité des commerces locaux. Les tours opérateur font des voyages à la journée sans que cela ne bénéficie au développement touristique et économique de la ville. A la tombée de la nuit, les habitants remplacent les visiteurs. Les enfants jouent au foot sur l’ensemble de la place qui n’est maintenant plus envahie par la chaleur du soleil. Les couples et les groupes d’ami-e-s bethlémitains profitent de l’air frais de la soirée. Parfois, le défilé sonore de voitures aux haut-parleurs criants perturbent le calme ambiant. 

Le vendredi et le dimanche, ou lors de mariages et d’enterrements, la place revêt un tout autre habit. Elle redevient un vaste parking et un lieu de prière pour les croyants de la mosquée Omar ou de l’église de la Nativité qui se font face l’une et l’autre. C’est finalement la flexibilité de cet espace qui est frappante, sans qu’il soit au premier abord générateur de conflits.

« Repenser les espaces publics à Bethlehem » : conforter les usages existants pour les habitants présents !

Des usagers de la Place de la Nativité, photo prise par Féral Erkol (bénévole Appuii)

Requalifier la place de la Nativité peut sembler inutile au premier abord. Cependant, ce projet s’inscrit dans une ambition plus vaste de redynamisation économique du centre-ville, l’enjeu étant de tirer meilleur profit des centaines de milliers de touristes annuels. Ainsi, pendant dix jours, les élèves architectes français et palestiniens ont analysé le fonctionnement du territoire et de la place. Feral et Romain ont rencontré ses habitants et usagers, ainsi que les principaux acteurs de la société civile. Le constat est frappant, on observe une véritable dichotomie dans l’usage de la place. Pour les chrétiens des classes supérieures de la ville, il est pratiquement inconcevable de l’utiliser. Selon eux, elle serait mal fréquentée, principalement occupée par des « groupes de jeunes hommes ». Cette vision stéréotypée, est bien loin de la réalité observée et vécue par les usagers et professionnels de la place, ce que résume assez bien le chef de la police de Bethlehem : « c’est une place normale. Il y a parfois des gens qui se regroupent, mais il n’y a pas plus de délinquance que sur toutes les places du monde. Le principal problème est relatif au parking. En effet, depuis que le stationnement est interdit, les gens ne savent plus où se garer. Il n’y a pas d’alternative proposée. »[2]

Depuis le mois de Juillet dernier, la mairie de Bethlehem s’est engagée dans la piétonisation partielle de la place. Jusqu’à maintenant elle était un vaste parking. Aujourd’hui, elle est totalement piétonne, sauf les jours de fête ou d’évènements religieux. Malgré cette solution alternative, le voisinage et les usagers de l’église et de la mosquée se plaignent de l’impossibilité de se garer dans le centre-ville. En effet, il n’y a pas de solution alternative et la place est située en hauteur. Une résidente en témoigne : « si la mairie ne trouve pas de solution de stationnement, je vais devoir vendre ma maison. Je deviens vieille, ma mobilité se réduit. Je n’aurai bientôt plus les capacités de monter les côtes. »[3] Ainsi, la mairie cherche des solutions, qui n’ont toujours pas répondu aux attentes des habitants.

Après une bonne semaine d’immersion, d’échanges et de production, il en ressort des éléments de projet partagés. Une intervention légère doit être privilégiée pour conforter les usages des habitants présents tout en trouvant rapidement des solutions de stationnement. Par ailleurs, la requalification des espaces publics périphériques et moins visibles peut être envisagée. Enfin, et c’est peut-être le point central du propos, il est nécessaire de prendre en compte l’avis des habitants, en leur ouvrant des lieux d’expression et de décision.

L’ensemble des propositions faites par les étudiants sont visibles ici. Les recommandations réalisées par APPUII sont visibles .

Par ailleurs, outre le caractère purement urbanistique de ce projet, APPUII est conscient des limites d’un tel exercice dans un territoire où faire du projet urbain est impossible dans la mesure où les ressources financières et foncières sont principalement contrôlées par l’Etat d’Israël. « Faire participer » sur le réaménagement d’une place dans un territoire qui se fait progressivement coloniser tout autour peut alors apparaître tout à fait absurde. Cependant, il est une manière pour l’association, dans la mesure de ses moyens, de participer à rendre publique la situation et à ne pas abandonner ce territoire.


[1] Le premier article est disponible ici

[2] Entretien réalisé le 5 septembre

[3] Entretien réalisé le 8 septembre

Le RIC à l’Arlequin (Grenoble) s’est exprimé contre les démolitions

Pendant une semaine, les habitant.es de la Villeneuve de Grenoble se sont mobilisé.es autour d’un référendum pour ou contre les démolitions de logements sociaux prévus par le projet de rénovation urbaine qui touche leur quartier. À l’issue de cette expérience démocratique, nous relayons le communiqué du Groupe de Travail de la Table de Quartier Villeneuve Village Olympique

 » Du lundi 14 au dimanche 20 octobre, les habitants de la galerie de l’Arlequin à la Villeneuve de Grenoble ayant plus de 18 ans, et ce quelle que soit leur nationalité, ont pu répondre à une question simple « Êtes-vous pour ou contre les démolitions de logements sociaux à l’Arlequin? » Ce référendum est l’aboutissement d’une mobilisation d’un quartier sur plusieurs années contre les diktats des technocrates de l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine qui imposent des démolitions dans toutes les opérations de rénovation urbaine en France. Il porte, plus récemment, la marque d’une des revendications fortes des Gilets Jaunes, le RIC, en lui donnant une réalité de proximité qui améliore encore cette exigence de l’écoute des citoyens.

La Ville de Grenoble, quant à elle, s’étant refusé de prendre part à cette initiative, ce sont les membres du groupe de travail du Conseil Citoyen (Table de Quartier Villeneuve Village Olympique) qui ont initié seuls ce vote. Ils ont rapidement trouvé le renfort actif des militants du Droit Au Logement, de l’Alliance Citoyenne, des Gilets Jaunes de l’agglomération grenobloise et d’un chaleureux soutien populaire.

Pour que ce RIC inédit soit reproductible, ils ont travaillé à en rendre les modalités irréprochables en s’appuyant sur les compétences d’experts. Pour ce vote par exemple : mise en sécurité chaque soir des listes d’émargement, des clefs des urnes et des urnes elles mêmes dans 3 lieux différents, contrôle chaque jour par des scrutateurs indépendants. La période du référendum a, dans ce même esprit, été précédée d’une campagne d’un mois pour que tous les habitants puissent se forger un avis. Les partisans des démolitions mettaient en avant une indispensable ouverture physique du quartier et le besoin de plus de mixité sociale. Les copropriétaires craignaient plus particulièrement que la remise en question des démolitions de logements sociaux ne menace les financements des réhabilitations obtenues pour eux.

Au terme d’un dépouillement qui a duré 3h30 (vérification des double vote, report des liste d’émargement des bureaux mobiles sur la liste d’émargement du Patio, double décompte des listes d’émargement, double décompte des bulletins) en présence des habitants, de nombreux scrutateurs, des membres de la Table de Quartier dont un favorable aux démolitions, des journalistes (Place Grenet et Dauphiné Libéré), les résultats sont là avec 526 votants dont 24 qui ne se prononcent pas :
– pour les démolitions : 130 votants soit 25%;
– contre les démolitions : 365 votants soit 70%
– 5 blancs et 2 nuls

Et donc c’est l’option de bon sens qui a forcément prévalu car, aux yeux de la majorité des gens, une réhabilitation coûte évidemment moins cher qu’une démolition suivie d’une reconstruction et quand on manque de logements sociaux on ne commence pas par en démolir. De plus on n’envoie pas habiter plus loin les locataires au prétexte que leurs revenus sont faibles et enfin ce n’est pas du tout écologique de démolir des bâtiments en état.

Il reste donc à agir pour que tous puissent bénéficier des réhabilitations tant attendues sans ces démolitions rejetées par cette consultation populaire et que les locataires délogés qui le souhaitent encore puissent être relogés dans notre quartier rénové sans mettre en péril leur capacité financière.

Le Groupe de Travail de la Table de Quartier Villeneuve Village Olympique »

Rencontres APPUII : « Justice dans les projets urbains » – la restitution

Le 14 et 15 juin 2019 se sont tenues les Rencontres Appuii. Des habitant.e.s, des militant.e.s, des bénévoles, des professionnel.le.s de l’urbain, des universitaires, des acteur.rice.s associatif-ve.s partenaires venu.e.s du monde entier se sont réunis pour consolider et structurer un réseau national de compétences solidaires sur les questions d’aménagement et d’urbanisme. Voici le compte rendu en écrits en images de ce moment fort de l’année 2019.

Pendant ces journées des temps de formation, des ateliers, des interventions et des tables rondes autour de l’actualité de la rénovation urbaine se sont succédés. Le film « S’HAB la ZUP ! » de Madani Marzuk et Tarek Kawtari a été projeté, suivi d’un débat en présence de militant.e.s des quartiers populaires. Pour clore les journées, les participant.e.s se sont rassemblé.e.s en assemblée pour penser une coalition d’interpellation en faveur de la démocratisation de l’action publique urbaine.

L’association APPUII remercie l’ensemble des intervenants et participants pour leurs contributions !

Le compte rendu écrit des rencontres ci-dessous :

Et enfin, la restitution vidéo !

La fabrique de la ville pour, avec ou par les habitants

La place offerte aux habitants dans la fabrique de la ville est un thème central des recherches menées par Agnès Deboulet, au sein du Laboratoire architecture, ville, urbanisme, aménagement, environnement (UMR LAVUE). Ses études portent autant sur les quartiers prioritaires d’Île-de-France que sur les villes du Sud. Ici avec le doctorant Romain Leclercq,qui travaille sous sa direction sur deux métropoles africaines, celle qui est aussi professeure de sociologie interroge le concept de participation, qui sonne si souvent creux.

Le début des années 1990 est marqué par la redécouverte de la participation dans les projets urbains menés dans les villes des pays du Sud, un thème long-
temps porté par les ONG de développement actives en milieu rural (voir l’article que les socio-anthropologues Philippe Lavigne Delville et Jean-Pierre Chauveau consacrent à la question2).

Depuis, on ne compte plus les projets faisant de la participation des populations la clé de voûte du développement urbain et des rendez-vous internationaux sur ce thème, notamment les conférences Habitat. Loin de n’être qu’un effet rhétorique, cette insistance sur la place des habitants dans les projets urbains s’est traduite par de véritables tournants dans les politiques de la ville, notamment dans les quartiers les plus précaires. Comme l’ont montré de nombreuses enquêtes de terrain3 , la restructuration in situ s’impose désormais, quand bien même déplacements forcés et déguerpissement sont maintenus. Mais faire des projets en tenant compte des habitants « déjà là » ne signifie pas nécessairement que les principaux concernés aient leur mot à dire sur la conduite des opérations et la transformation de leur quartier. La participation peut ainsi souvent être réduite à sa dimension financière, les pauvres mettant fréquemment la main à la poche pour leurs infrastructures. Et le mot d’ordre de politiques urbaines inclusives, fortement affiché notamment à Habitat III, ne donne pas de garanties sur une réelle association des habitants aux projets.

Les limites de la participation des habitants

Les dispositifs de participation mis en place ont souvent échoué à transformer les rapports de force préexistants au sein de la ville ou ont sacrifié in fine les efforts fournis par les participants sur l’autel de la réalisation d’objectifs prédéfinis. Ces dispositifs ont en outre étaient parfois instrumentalisés par des pouvoirs autoritaires pour maintenir leur emprise sur les « gouvernés ». Mais, de la place Tahrir au Caire au parc Gezi à Istanbul, le retour des peuples sur le devant de la scène urbaine a libéré la parole et mis en lumière des aspirations débordant largement le cadre des « besoins » définis par les documents de projets. Les revendications tant au « droit à la ville » qu’au droit à rester à ne pas être évincé, est à la confluence de plusieurs changements de fond. Des professionnels alternatifs qui renouvellent l’advocacy planning des années 1970 s’affirment et l’intervention des institutions internationales marque l’appui de celles-ci aux mouvements revendicatifs des habitants. Lorsque ces actions s’inscrivent dans la continuité des revendications sur les droits humains avec les campagnes d’Amnesty international (par exemple en Égypte) ou que les Nations Unies dépêchent un rapporteur spécial sur le logement convenable, les groupes d’habitants les plus actifs font alors entendre leurs voix. La demande d’inclusion y prend un autre sens que le politiquement correct habituel visant à saupoudrer du social sans se soucier des effets profonds des politiques urbaines. Il arrive en effet que des déplacements forcés engendrés par des campagnes de démolition soient considérés comme des gages d’inclusion alors que les habitants de par le monde ont toujours témoigné de leur opposition au relogement contraint ex situ.

Reconnaître les voix dissonantes

En réalité, la véritable participation passe par la reconnaissance de contre-pouvoirs ou à tout le moins de voix dissonantes, que cela aboutisse ou non à une démocratie locale par le consensus. L’identification des relations existantes entre les usagers et habitants de la ville et les institutions, elles aussi diverses, apparaissent comme des manières efficaces de saisir les configurations productrices de la ville au quotidien. L’objectif est de mieux agir en leur sein, voire d’agir sur ces dernières. C’est ce que tentent de faire des réseaux internationaux comme Slum Dwellers International, l’Asian Coalition for Housing Rights (ACHR). Présents dans de nombreux pays à travers le monde et regroupant plusieurs centaines de milliers d’habitants, ces réseaux sont relayés par des lieux de diffusion internationale telles que Habitat international coalition ou la Plateforme globale pour le droit à la ville. Dans les pays où ils sont implantés, ils construisent des collectifs d’habitants susceptibles d’agir à différents niveaux sur les politiques urbaines. Ils contribuent à la création de relations pérennes avec les institutions capables de les aider dans leurs démarches, collectivités locales, associations ou universités (voir le témoignage de Gugun Muhammad page 4 ). Cette approche par la construction de réseaux entre habitants, société civile, professionnels de l’urbain et universités est aussi une préoccupation émergente de la recherche francophone. Le Lavue, unité mixte de recherches du CNRS, s’est vu récemment attribuer un financement de l’Agence nationale de la recherche en vue de préparer un projet Horizon 2020, le projet Fairville, portant sur les pratiques collaboratives et leur impulsion dans ce genre de coalitions. Partir des relations existantes pour mieux renforcer certaines dynamiques, engager des transformations ou simplement positionner son action, nous apparaît être le défi à venir pour des projets urbains dépassant la rhétorique de la participation pour l’appliquer en pratique. Faire la ville par le bas impose ainsi de faire avec l’existant, sans pour autant s’y conformer, ni renoncer à le transformer.


[1] Cet article est une reproduction du texte d’Agnès Deboulet et Romain Leclercq, membre du conseil d’administration d’APPUII. Il a été publié dans le Bulletin des professionnels de AdP- Villes en développement d’octobre 2019.

Etouvie (Amiens) : « Non aux démolitions ! »

Appuii se fait le relais de la mobilisation de la commission rénovation urbaine d’Etouvie (CRUE) s’opposant aux démolitions de logements sociaux prévues dans la rénovation urbaine du quartier. Nous reproduisions ici leur communiqué de presse invitant les habitants à débattre du projet lors de la fête de l’automne qui aura lieu ce samedi 12 octobre de 10h à 17h30 place des Provinces Françaises à Amiens.

Malgré l’opposition des représentants des locataires de la SIP, Amiens-Métropole signe le 10 octobre 2019 une convention avec l’ANRU prévoyant la démolition de 232 logements à Etouvie.

La très grande majorité des locataires des bâtiments concernés a exprimé son opposition à cette démolition.

Brigitte Fouré, maire d’Amiens, n’a pas respecté l’engagement de renoncer à certaines démolitions qu’elle a pris en réunion publique le 21 mars 2018.

Les arguments pour la démolition ne tiennent pas la route face au coût de ce projet et à ses conséquences humaines. Une réhabilitation ambitieuse des bâtiments d’habitation est préférable et possible.

Les locataires ne s’avouent pas vaincus et poursuivront jusqu’au bout la lutte contre ce projet de démolition.
Ils n’acceptent pas les concertations « bidon » et les projets qui se font sans eux.

Halte au mépris de l’avis des habitants par les décideurs !
Il faut que demain une loi interdise les démolitions de logements HLM sans l’accord de la majorité des locataires concernés.

La CRUE (Commission Rénovation Urbaine d’Etouvie) invite les habitants d’Etouvie à en débattre lors de la fête d’automne samedi 12 octobre de 10h à 17h30 place des Provinces Françaises.