Douarnenez (29) : les premiers résultats de la recherche-action sont disponibles !

Depuis janvier 2020, le collectif Droit à la ville DZ, avec le soutien d’APPUII, s’est engagé dans une recherche-action visant d’une part à objectiver un processus de gentrification du centre-ville à l’œuvre, d’autre part à influencer les politiques urbaines afin que la ville reste accessible à tous et toutes.

Dans cette ville ouvrière, le collectif droit à la ville observe un phénomène relativement paradoxal. Alors que certains indicateurs statistiques laissent à penser que la ville décline (diminution du nombre d’habitants, augmentation de l’âge médian, augmentation du taux de chômage), il devient de plus en plus difficile de se loger.

Population14 063 hab.↓ Depuis 1968 (-29%)
Âge médian49 ans↑ Depuis 1994(+7 ans)
Chômage18, 9 %↓ Depuis 2011 (+5%)

Le nombre de résidences secondaires et de logements vacants explose. Les prix de l’immobilier augmentent rapidement, même s’il reste bon marché comparativement à d’autres villes du littoral.

Résidence principale7490↑ Depuis 1968 (+11%)
Logement vacant1195↑ Depuis 1968(+158%)
Résidence secondaire1483↑ Depuis 1968 (+105%)
Prix médian maison occas.130 000 euros↑ Depuis 2017 (+8,3%)

De ce constat statistique, il s’agit d’appréhender les répercussions d’un tel processus sur les usages commerciaux et citoyens de la ville. Dans cette perspective, le collectif s’engage dans la réalisation d’une vaste enquête qualitative auprès des habitants et touristes de la ville. Tous les vendredis, dans Le Local, situé dans le centre-ville, ils partagent leurs questionnements et analyses avec les Penn Sardins, l’enjeu étant « d’imaginer des hébergements temporaires qui ne soient ni prédateurs ni facteurs d’inégalité pour les populations accueillantes. »

Vous pouvez retrouver toutes les informations sur la démarche sur leur site.

Contact : contact@droitalaville-dz.org

https://www.droitalaville-dz.org/

Franc-Moisin (Saint-Denis, 93) : entretien avec la directrice du Centre communautaire de santé

Alors que s’achève le « Ségur de la Santé » qui doit préciser le « plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières » des femmes et les hommes mobilisé.e.s dans la crise du covid-19 (engagement pris par le Président de la République le 25 mars[1]), l’association APPUII a choisi de s’entretenir avec un acteur clé implanté dans le quartier du Franc-Moisin à Saint-Denis : l’Association communautaire santé bien-être (ACSBE) – centre communautaire de la Place Santé.

Comment le centre fait-il face à la crise sanitaire ? Quelle est la vision de la santé qu’il défend ? Comment faire en sorte que les habitants en soient les premiers acteurs ? Quels sont les rapports entre santé et environnement ? Autant de questions que Sylvain Adam (Appuii) a posées à Émilie Henry, directrice de l’ACSBE – Place Santé depuis 2015, lors d’un entretien accordé le 5 juin 2020, soit un peu plus de trois semaines après le déconfinement décrété par l’État.

On le verra, l’approche promue par l’ACSBE résonne fortement avec les pratiques de l’association Appuii en urbanisme : l’importance de l’écoute et du travail patient aux côtés des habitants, la préférence accordée aux démarches ascendantes et aux propositions fabriquées collectivement sur le terrain, la remise en question de l’expertise unique…

Lire l’article

Crédit : Sandra Reinflet

[1]Compte rendu du Conseil des ministres du 20 mai 2020, https://www.gouvernement.fr/conseil-des-ministres/2020-05-20/le-segur-de-la-sante-

Les Tilleuls (Blanc-Mesnil, 93) : Des habitant.e.s mobilisé.e.s pour la rénovation de leur quartier

Les habitant.e.s et associations du quartier des Tilleuls (Blanc-Mesnil, 93) se mobilisent pour être informé.e.s et prendre part au projet de rénovation urbaine qui prévoit la transformation profonde de leur quartier.

Bâti dans les années 60, le quartier des Tilleuls (Blanc-Mesnil, 93) est un quartier de grands ensembles composés de logements sociaux. Les habitant.e.s du quartier y sont fortement attaché.e.s, et revendiquent une amélioration de leurs conditions de vie et une redynamisation du quartier, délaissé par les pouvoirs publics.

En 2014, la municipalité passe aux mains de la droite LR (Libres ! depuis 2017) après l’élection du Maire Thierry Meignen, réélu aux municipales de mars 2020. La Ville du Blanc-Mesnil, avec l’intercommunalité Paris Terres D’Envol, devient porteuse d’un projet de rénovation urbaine dans le cadre du Nouveau Programme National de Rénovation Urbaine (NPNRU). Un protocole de préfiguration du projet est signé en février 2017. Il vise à financer les études techniques pour concevoir le projet.

En juillet 2019, le projet est présenté à l’ANRU. Il s’agit d’un des plus grands projets du NPNRU (du point de vue du nombre de démolitions, et en termes financiers). Il prévoit lors de sa première phase la démolition de plus de 800 logements sociaux dans le quartier, la reconstruction de 400 sur site, et la construction de plus de 2000 logements privés. A long terme, au-delà du projet NPNRU, la totalité du quartier devrait être rasé, au profit d’un nouveau quartier beaucoup plus dense. 4000 logements privés et un lac artificiel au cœur du quartier sont prévus, en vue de la construction à proximité des nouvelles gares du Grand Paris Express. Alors que le nombre d’habitants devrait doubler, les services publics restent inchangés et les locaux associatifs évacués.  

Les habitant.e.s des Tilleuls n’ont pas été associé.e.s à l’élaboration de ce projet et n’ont que peu été informé.e.s. Aujourd’hui, le projet présenté par la Ville du Blanc-Mesnil et Paris Terres d’Envol n’a pas encore été signé. Il a été refusé par l’ANRU en novembre 2019, et risque d’être modifié dans les prochains mois avant un nouvel examen de l’ANRU et de ses partenaires financiers. Il est important pour les habitant.e.s du quartier d’être impliqué.e.s dans l’avenir de leur quartier.

Les associations Nous femmes d’ici et d’ailleurs, Speranza et le café associatif Le Tilia, cœur associatif du quartier, ont fait appel à l’association APPUII pour leur aider dans la compréhension du projet. Après une première rencontre entre les membres des associations et quelques habitant.e.s, et une visite du quartier, APPUII a organisé un atelier participatif afin de permettre une meilleure appropriation de ce que prévoit le projet par les premiers et premières concerné.e.s.

Samedi 4 juillet, une après-midi d’atelier a eu lieu au Café associatif Le Tilia, regroupant une quinzaine d’habitant.e.s, membres des associations du quartier et membres d’APPUII, autour de deux tables de discussion présentant les informations disponibles sur le projet. Il s’agira par la suite de restituer le travail de cette journée et de poursuivre un travail d’information et de mobilisation auprès des habitant.e.s du quartier.

Les Groux (Fresnes – 94) : renaissance des Groux et APPUII auront leur livre !

Depuis quatre ans, APPUII accompagne Renaissance des Groux dans sa mobilisation concernant la démolition annoncée d’une partie du quartier. Après de nombreuses réunions, actions, manifestations et des avancées réelles sur le projet, les deux associations s’engagent, avec le soutien des Éditions de la Dernière Lettre, dans l’écriture d’un ouvrage sur leur expérience commune, retraçant l’histoire du quartier par ses habitant·es .

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Renaissance des Groux et APPUII travaillent depuis quelques mois à donner à voir leur mobilisation sur la démolition envisagée du quartier des Groux. Initialement prévu comme un film, le récit de cette expérience sera finalement un livre, le manque de moyens financiers et la crise sanitaire poussant à la deuxième option. Après un premier échange avec les Éditions de la Dernière Lettre, l’éditeur accepte de les soutenir.  Issues de l’expérience de la revue itinérante d’enquête et de critique sociale Z, les Éditions de la dernière lettre proposent un accompagnement éditorial aux structures associatives avec lesquelles elles partagent des valeurs et des combats. Parmi les réalisations avec ce type d’acteurs : Des graines dans la pelleteuse (avec Terre de Liens Normandie), Mauvaises mines (avec Ingénieurs sans Frontières), Notre Pain est politique (avec le Groupe blé de l’ARDEAR Rhône-Alpes). Nous vous invitons d’ailleurs à vous les procurer et à les lire

L’ouvrage recouvre trois dimensions. D’une part, il constituera une histoire orale depuis la cité des Groux qui donne à lire la riche histoire de la lutte d’un quartier pour sa survie. « Les Groux ne seront jamais morts » crient haut et fort les habitant·es mobilisé·es contre un projet de démolition imposé d’en haut. La grande et la petite histoire des cités populaires seront racontées du point de vue de celles et ceux qui les vivent. D’autre part, il sera un guide critique contre les projets urbains imposés qui éclaire les impacts écologiques, économiques et sociaux d’une politique de la Ville obsédée par la démolition et oublieuse des intérêts des habitant·es. Enfin, il sera un manuel pratique pour lutter, au service de celles et ceux qui sont concerné·es par un projet urbain imposé, à d’autres endroits de France, avec la mise à disposition de nombreux outils pour comprendre les projets, s’y opposer et proposer une vision de la ville où les habitant·es prennent la main sur « l’aménagement urbain ».

Pour mener à bien ce travail, le collectif d’auteurs réalisera de nombreux entretiens avec l’ensemble des parties prenantes, qu’ils soient des décideurs locaux, des acteurs institutionnels, ou des habitants du quartier. Des soirées-débats et des ateliers d’écriture seront organisés afin de mettre en discussion les éléments du livre et construire des réflexions et savoirs collectifs. Dans cet exercice de coécriture, le processus est tout aussi important que le résultat.

Si vous souhaitez plus d’information sur cet ouvrage : vous pouvez contacter Maxime : mpoumerol.appuii@gmail.com

Défendons les libertés associatives !

L’Observatoire des libertés associatives, composé d’associations et de chercheurs, documente des dizaines de cas d’entraves à l’action ou à la parole des associations par les pouvoirs publics depuis plusieurs années, y compris pendant le confinement. L’association APPUII, avec d’autres, se mobilise pour défendre les libertés associatives.

En limitant les capacités d’action des acteurs de la société civile, par des actes de violences policières, des mesures législatives et réglementaires, ou encore des dispositions économiques et financières, les pouvoirs publics menacent plusieurs droits fondamentaux : la liberté d’association, d’expression, d’opinion et de conscience mais aussi la liberté de manifestation, de réunion, d’interpellation des décideurs ou encore les libertés syndicales comme le droit de grève.

Les libertés publiques sont donc menacées. Pourtant, le confinement et la crise sanitaire ont souligné à quel point les associations étaient essentielles pour aider les plus vulnérables et pour défendre les droits élémentaires des personnes. 

Face à la multiplication des attaques, il est temps de réagir. 

La Coalition pour les libertés associatives et l’Observatoire des libertés associatives lancent une campagne pour mobiliser le plus largement possible autour des libertés associatives

Cette campagne se décline en 3 axes :

1) Durant la campagne des élections municipales : Plaidoyer auprès des candidats

2) Mardi 23 mai 2020 : 4 jours avant le 2nd tour des élections municipales : Publication d’une tribune dans Libération et publication du guide de Riposte

3) Rentrée politique de septembre 2020 :Publication du rapport de l’Observatoire des libertés associatives

Sète : APPUII et les élèves architectes de Lyon interrogent les transformations urbaines de la ville avec les habitant.e.s !

Du 25 au 30 novembre 2019, les étudiant.e.s de l’école d’architecture de Lyon et APPUII organisaient un atelier portant sur les transformations urbaines de Sète. A la demande du collectif « Une marina, pour qui ? Pour quoi? » et avec l’aide d’autres associations locales, les étudiant.e.s ont produit des dispositifs pour interroger les processus de gentrification et de mise en tourisme de la ville. Voici leur restitution.

Le collectif citoyen « Une Marina pour qui ? Pour quoi ? » s’est constitué en 2017, suite à la prise de conscience des sétois.e.s, grâce à un article paru dans le Midi Libre, du projet de marina de luxe dont l’implantation était prévue sur le quai d’Alger. Les habitant.e.s peinent à obtenir des informations sur ce projet pour lequel ils n’ont pas été concertés, et dont une consultation en ligne a posteriori a démontré une opposition nette de leur part.

Le collectif a réalisé un travail important de collecte d’informations sur le projet, d’évaluation des attentes et besoins des habitant.e.s, de proposition d’alternatives, qui lui a conféré une expertise solide. Si la mobilisation portée par le collectif a conduit au déplacement du projet et à son gel temporaire, cette première victoire citoyenne n’implique pas la fin du projet. Le collectif reste mobilisé.

En effet, le projet de marina de luxe s’inscrit dans une logique plus large de transformation de la ville de Sète, qui se manifeste par d’autres projets (rénovation urbaine, touristification, AirBnB-sation, gentrification…) sur lesquels les habitant.e.s ne sont pas, non plus, informé.e.s et sur lesquels ils et elles ont souvent peu de prise. Ces transformations suscitent cependant de nombreuses résistances qui vont toutes dans la même direction.

Dans ce contexte, l’association APPUII a été contactée par des collectifs d’habitant.e.s sétois.e.s qui souhaitaient étayer leur expertise locale et habitante sur les transformations de la ville. Une dynamique d’action plus large autour des impacts sociaux et économiques de tous ces projets est engagée, afin de réfléchir avec les habitant.e.s et les associations à une alternative urbaine. Après plusieurs échanges, une semaine d’ateliers a été organisée à Sète du 25 au 30 novembre 2019, afin de faire le lien entre les différentes mobilisations et accompagner l’analyse des stratégies urbaines déployées. Organisée en collaboration avec l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon, cette semaine d’ateliers a permis aux habitant.e.s, étudiant.e.s, et aux associations locales de travailler ensemble afin de remettre les habitant.e.s au centre du processus de production de la ville.

À partir du thème de « l’eau », étudiants et acteurs locaux ont discuté des transformations urbaines à l’œuvre liées à la mise en tourisme de la ville et de ses conséquences en terme de gentrification et de renforcement des inégalités territoriales. Au cours de quatre jours de travail en immersion, les étudiant.e.s ont été accompagnés pour mener un travail de terrain intensif (rencontres, arpentage, entretiens, micro-trottoir, parcours commentés) dans le but de comprendre le territoire et construire des dispositifs capables de discuter ces transformations avec les habitants.

Afin de rendre visible les résultats du workshop, un Cahier de l’Atelier citoyen, rédigé par APPUII, restitue ce travail, ses modalités et les débats et arguments échangés. Ce dossier présente les enjeux du territoire et les luttes qu’ils génèrent, il précise les principaux éléments de discussion de la part des participant.e.s. Il s’agit également de tirer les leçons de cette expérience pour inspirer l’ensemble des acteurs engagés à Sète, mais aussi ailleurs en France, pour modifier réellement la manière fabriquer des projets. En vue de leur véritable co-construction, un rééquilibrage entre les différents acteurs est recherché : les habitant.e.s prennent part au processus de définition des projets qui ne peuvent plus se faire sans eux.elles.

Retrouvez la restitution des ateliers ici !

Par ailleurs, ce travail n’aurait pu être réalisé sans la participation de nombreuses personnes. L’association APPUII remercie tou.te.s celles et ceux qui ont fait de cet Atelier une réussite !

Tout d’abord, un grand merci à tou.te.s les habitant.e.s et commerçant.e.s de Sète qui sont passé.e.s, ont donné leur avis, se sont investi.e.s… bref ont fait de cette semaine d’Atelier un moment réussi d’échanges, de partages, de débats ! Un immense merci aux membres du collectif « Une Marina pour qui ? Pour quoi ? », aux deux conseils citoyens du centre-ville et de l’Ile de Thau, au collectif Carmel et à l’association Sète ensemble qui ont rendu cette aventure possible.

Merci aux participant.e.s venu.e.s de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon et d’APPUII qui ont répondu présent.e.s et ont mis toute leur énergie au service de cet Atelier : Gabrielle Trufe, Charles-Antoine de Pokomandy-Drolet, Chloé Bossé, Peter Holmes, Océane, Manon, Luiza, Baptiste, Khedidja Mamou, Stela Muçi.

Merci aux deux adjoint.e.s au maire, délégué.e.s à l’urbanisme et à l’agriculture, de s’être prêté.e.s au jeu de la restitution.

Merci à tou.te.s celles et ceux qui ont participé de près ou de loin au bon déroulement et à la convivialité de cet Atelier : Mathias Bourrissoux, Maxime Poumerol, Rainier Hoddé, Boris Roueff

Merci au CGET pour son soutien financier à ce projet.

Rapport d’activité APPUII 2019

Le rapport d’activité de l’association pour l’année 2019 est disponible en ligne, retrouvez-le ici.

L’année 2019 a été une année très riche pour APPUII. Un grand merci à tout ceux qui y ont contribué! Ces actions n’auraient pu être menées sans le soutien financier de l’agence nationale de la cohésion des territoires, la fondation Abbé Pierre, la Fondation de France, la fondation pour des projets solidaires d’habitants et la MSH Paris Nord.

L’association a été présente de façon continue sur deux terrains majeurs : Fresnes, en accompagnement de l’association Renaissance des Groux, et Franc-Moisin (Saint-Denis), en soutien du collectif d’habitant.e.s et du conseil citoyen de Franc-Moisin, Bel-Air, Stade de France.

De manière plus ponctuelle, APPUII a été présent sur 6 autres terrains sur l’ensemble du territoire national (Sète, Amiens, Trappes, Nancy, Paris) mais également à l’international, en Palestine et au Portugal.

Parallèlement, APPUII continue ses missions de mise en réseau, par le développement d’outils comme la cartographie des luttes et mobilisations pour une ville plus juste et solidaire « La ville est à tou.te.s ! », et d’interpellation des pouvoirs publics, afin de mettre les citoyen.ne.s au cœur des projets de rénovation urbaine !

Retrouvez l’ensemble des actions menées par APPUII dans le détail ici !

Franc-Moisin (Saint-Denis) : les habitant.e.s interpellent les candidats aux élections municipales

Dans le contexte de crise sanitaire de covid-19, le deuxième tour des élections municipales est prévu le 28 juin 2020. Les habitant.e.s du quartier Franc-Moisin ont décidé d’interpeller les têtes de listes de Saint-Denis. Ils interrogent leurs propositions pour gérer les effets de cette crise, ainsi que celles concernant le projet de rénovation urbaine engagé dans le quartier qui prévoit la démolition de 477 logements sociaux.

La crise sanitaire et les mesures de confinement prises par le gouvernement ont eu un impact important dans les quartiers populaires. Elles ont non seulement mis en évidence les inégalités sociales, mais également démontré l’importance des réseaux de solidarité, qui ont pu pallier dans certains cas au déficit de services publics. Dans ce contexte, l’intervention des pouvoirs publics s’avère indispensable. Elle doit soutenir les initiatives existantes tout en construisant de nouvelles solutions avec les acteurs déjà présents.

Le collectif des habitant.e.s de Franc-Moisin s’engage dans le débat démocratique. Il propose aux candidat.e.s aux élections municipales de Saint-Denis un débat sur le fond des programmes de chaque liste. Un texte d’interpellation leur a été adressé. Il comprend 14 questions ou propositions. Les candidat.e.s peuvent répondre par écrit ou enregistrement vidéo.

1/ Suppression des loyers d’avril, mai et juin 2020 pour faire face à la crise sanitaire et la précarité croissante des habitant-e-s de logements sociaux.

2/ Stopper les expulsions et les procédures d’expulsion.

3/ Concernant le projet de rénovation urbaine de Franc-Moisin, prévoyez-vous de revenir sur le projet? Si oui, dans quel sens et comment ?

4/ Le processus de relogement a été entamé sans que les habitants n’aient été associés, le collectif des habitants de Franc-Moisin demande à minima:

Arrêt du travail de la MOUS1tant que la déclinaison locale n’a pas été négociée et signée par les locataires.

Le relogement doit être discuté en même temps à PCH et à LOGIREP. Il n’est pas question qu’il y ait une inégalité de traitement des locataires en fonction du bailleur dont ils dépendent.

Les conditions du contrôle du relogement par les locataires doivent être assurées préalablement au lancement de l’opération de relogement (locaux pour permanences, possibilité d’accompagnement des locataires, point d’étape régulier avec communication des infos…).

Les habitants confrontés à cette rénovation qu’ils n’ont pas demandée, qu’ils ont refusée pour une part, vont subir un préjudice qui doit être compensé par des mesures concrètes. Des garanties doivent être données pour ne laisser personne sur le côté.

Les locataires veulent des garanties que les bailleurs vont maintenir un niveau de maintenance de qualité même si le bâtiment est destiné à la démolition dans quelques années.

Permettre l’accès aux données du logement social pour avoir une visibilité de l’offre existante sur Saint-Denis (en particulier sur les quartiers Franc-Moisin, La Plaine Stade de France et Saint-Denis).

5/ Le projet de rénovation urbaine prévoit une clause de revoyure permettant d’envisager d’ici quelques années la démolition des bâtiments B11, B12, et B13. Serons-nous concertés pour en débattre?

6/ Les locataires du bâtiment 7, se sont exprimés à hauteur de 80% contre la démolition des trois escaliers du 22, 24 et 26 rue de Lorraine, prévue dans le cadre du projet de rénovation. Est-ce que vous prendriez en compte leur avis?

7/ Qu’est-ce que la séquence du confinement face au virus a changé aux projets de rénovation-démolition?

8/ Est-ce que les opérateurs de la rénovation feraient le même projet s’ils devaient le présenter maintenant ?

9/ Quels ont été les points forts de la cité pendant cette période ? Beaucoup de difficultés mais aussi beaucoup de solidarité.

10/ Est ce que démolir et déplacer les habitants ne va pas aggraver leur situation alors que l’on ne sait rien de ce qui est devant nous. Le chômage, la précarité des revenus risquent de durer de long mois.

11/ Le plus urgent n’est-il pas de renforcer les solidarités plutôt que de penser à casser la cité et les possibilités de résistance sociale qui existent et qui ont démontré qu’elles étaient très importantes ?

12/ La gestion du quartier pose de nombreux problèmes à plusieurs niveaux. Comment comptez-vous répondre à ceux-là ?

13/ La gestion des déchets laisse à désirer au sein du quartier. Une situation indigne que vivent les habitants au quotidien depuis le début des installations.

14/ La gestion du quartier pose de nombreux problèmes à plusieurs niveaux. Comment comptez-vous répondre à ceux-là?

  • La gestion des déchets laisse à désirer. Comment résolvez-vous le problème des colonnes enterrées qui débordent trop souvent? Elles ne sont pas dimensionnées aux besoins des habitants et peinent à être enlevées à cause des stationnements gênants.
  • Comment résolvez-vous les problèmes de stationnement? Les places de parking en surface sont insuffisantes. En sous-terrain, beaucoup de places sont libres, mais il n’est pas suffisamment sécurisé (absence de vidéosurveillance) ni entretenu. Par ailleurs, de nombreux box sont condamnés à cause des fuites d’eau.

Le collectif des habitant.e.s de Franc-Moisin attend la réponse des différents candidats à leurs questions, qui seront publiées sur leur site Facebook et qu’APPUII relayera également. Le document d’interpellation est à retrouver ici.

Quand Les bailleurs sociaux ne sont pas au rendez-vous en temps de crise !

Partout en Europe, les initiatives se multiplient pour soutenir les plus démunis. Au Portugal, les loyers sont suspendus. L’Espagne instaure un revenu de base. Au contraire, en France, la situation se dégrade. De nombreuses familles résidant dans le logement social rencontrent des difficultés avec leurs bailleurs sociaux. À Trappes, Saint-Denis ou Fresnes, l’attitude des bailleurs se cumule à la crise sanitaire, au confinement, et aux difficultés sociales et économiques, rendant impossible la vie des locataires.

À Trappes, l’agence locale de Valophis Sarepa court après les locataires en difficulté pour toucher les quittances de loyers.

Dès le début de la quarantaine, il a fallu qu’un infirmier créé le buzz au niveau local pour alerter la Mairie et le bailleur des conditions de vie d’une locataire âgée victime d’un dégât des eaux. Après une semaine à vivre dans son appartement inondé et une mobilisation des associations locales, le bailleur a enfin réagi.

Le 21 Mars, alors que les premières difficultés économiques liées à la crise apparaissent à Trappes comme ailleurs, le bailleur rappelle aux locataires de payer leur loyer :

« Bonjour, si cela n’est pas encore effectué, n’oubliez pas de régler votre loyer car celui n’est pas gelé. Bien à vous. Valophis ».

Maladresse, mauvais humour, ce n’est que le début en tout cas. Depuis quelques jours maintenant, l’agence locale relance régulièrement les locataires pour qu’ils aillent payer leur loyer et ce, en pleine période de confinement (de nombreux locataires n’ont pas d’accès à internet pour payer en ligne). En réaction, l’association des locataires de Trappes (ADLT) dénonce cette situation dans un communiqué sur Facebook et interpelle le ministre du Logement.

À Saint-Denis, le relogement ne s’arrête pas avec la crise

Si il est à noter que PCH est un des premiers bailleurs en France à prendre l’initiative de reporter les loyers (lien), tout n’est pas rose pour autant. Le quartier du Franc-Moisin, théâtre du plus grand projet de rénovation de Saint-Denis où 477 logements sont voués à la démolition, voit le processus de relogement se poursuivre. Le bailleur maintient des rendez-vous à distance afin d’accélérer l’avancement du projet de rénovation urbaine. Cette attitude vient à l’encontre des demandes du Conseil Citoyen et du collectif d’habitants qui ont demandé l’arrêt de la MOUS avant même le confinement en l’absence d’une déclinaison locale de relogement négocié avec les amicales de locataires.

Face à cette situation le collectif d’habitant de Franc-Moisin et les amicales de locataires du territoire demande l’arrêt du relogement.

À Fresnes, les Groux se sentent laissés à l’abandon

Aux Groux, alors que plusieurs cas de Covid-19 ont été recensés dans le quartier, l’association Renaissance des Groux a demandé au bailleur de renforcer les mesures d’hygiène et de propreté. C’est à dire d’équiper les technicien.nes en conséquence et de procéder à un nettoyage plus minutieux des interphones, poignées et zones de contacts.

Si les jeunes ont pris conscience de l’étendue de cette épidémie et soutiennent les anciens dans l’entraide (courses pour  médicaments, denrées de première nécessité…). Ce n’est pas le cas du bailleur qui a répondu à l’amicale par la négative. Selon lui ce nettoyage ne servirait à rien mais préfère miser sur la communication des gestes barrières en posant des affiches dans les halls. Les locataires des Groux sont conscients du danger et ont adopté une attitude responsable depuis le début du confinement, quid du bailleur ?

De plus, de nombreux riverains de la cité viennent déposer leurs encombrants dans la cité pendant le confinement. Certaines habitantes affichent leur désarroi, ont l’impression que leur cité devient une déchetterie et que le bailleur et les pouvoirs publics les lâchent en pleine période de crise.

Les pratiques de ces bailleurs ne se limitent évidemment pas à ces quelques cas. Depuis plusieurs jours des pétitions se multiplient partout en France pour revendiquer l’arrêt ou le report des loyers. Plus qu’ailleurs, les quartiers populaires souffrent de cette pandémie. Ainsi, APPUII soutient ces démarches. Les bailleurs, comme l’ensemble des acteurs publics et privés, doivent s’adapter aux conséquences de la crise sanitaire, économique et sociale que produit cette pandémie.

Pendant le confinement, continuer à construire une ville plus juste et solidaire

APPUII reste mobilisée pendant la période de confinement. Nous publierons régulièrement des articles pour donner à voir les initiatives qui se maintiennent et s’organisent pour construire une ville plus juste et solidaire.

Comme vous tous et toutes, APPUII se trouve aussi en situation de confinement. La sidération passée et le confinement organisé, on change progressivement nos méthodes de travail. On fait ce qu’on a habituellement moins le temps de faire. On remet à jour nos bases de données. On fait tout le travail administratif. Mais on essaie aussi de continuer à notre manière à soutenir et à donner à voir les démarches pour créer une ville plus juste et solidaire, même en période épidémique. Les réseaux de solidarité, déjà fortement existants dans les quartiers populaires dans lesquels nous intervenons, s’avèrent définitivement indispensables pour faire face aux défaillances de l’État, en particulier en ces temps de crises qui renforcent les inégalités.  À St-Denis, dans le quartier Franc-Moisin, les maraudes des associations locales continuent pour venir en aide aux personnes les plus démunies. À Trappes, l’ADLT (association des locataires de Trappes) continue le soutien des locataires face aux défaillances du bailleur. Aux Groux, à Fresnes, les plus jeunes du quartier se sont organisés pour venir en aide aux personnes âgées. Ces quelques exemples mettent en lumière l’importance et la force des mobilisations citoyennes.

Par ailleurs, des réseaux nationaux et européens se mobilisent également pour faire face à cette crise sanitaire. Le DAL-HLM, avec d’autres, milite pour la réquisition des logements vides pour mettre à l’abri l’ensemble des personnes sans hébergement, mais également pour la suspension des loyers du logement social pendant toute la durée de l’épidémie comme cela a été fait à Lisbonne.

Pendant, cette période, on publiera régulièrement des témoignages ou des initiatives qui nous semblent répondre à la volonté de construire une ville plus juste et solidaire.

Si vous souhaitez nous partager vos actions n’hésitez pas à nous envoyer un mail à associationappuii@gmail.com.