Rapport d’activité 2020 : découvrez nos projets !

Vous l’attendiez, il est là ! Dans ce rapport d’activité, vous retrouverez toutes les actions d’APPUII ! Il résume l’ensemble de nos activités et de nos victoires pour que vous puissiez avoir un aperçu de qui nous sommes et de ce que nous faisons. L’ensemble de ces actions n’aurait pu voir le jour sans l’équipe permanente, et encore moins sans l’ensemble des bénévoles. Alors merci à eux !

L’année 2020-2021 a été marquée tout comme la précédente par la crise du Coronavirus. Dans ce contexte particulier, APPUII a poursuivi ses actions de soutiens à des collectifs d’habitants, de mise en réseau et d’interpellation, et de structuration de ressources, tout en tachant de maintenir une dynamique au sein même de sa structure (tenir un fonctionnement « normal » en interne et maintenir le lien avec les bénévoles). 

En 2019, nous avions élargi nos actions, principalement autour de :
– la réorganisation du fonctionnement interne avec la mise en place d’un bureau élargi mensuel. Celui-ci a permis de mieux « intégrer » les bénévoles dans les projets et la stratégie d’APPUII, et de (re) fédérer des petits groupes autour d’actions concrètes ;
– l’inscription d’APPUII dans un programme de recherche-action à l’international (ANR franco-brésilienne Copolis) qui permet à l’association de constituer un savoir opérationnel sur/pour l’intermédiation et l’appui aux collectifs d’habitants impliqués dans des projets de transformation de leur « quartier » et de mettre en relation des demandes de collectifs d’habitants avec des ressources pédagogiques (Enseignements du  supérieur) ;
– l’élargissement de nos actions à d’autres problématiques (gentrification et touristification notamment), régions et pays. Si cet élargissement a permis d’appuyer de nouveaux types de demandes, il a aussi démontré la nécessité de mieux fonder en amont nos partenariats dans le cadre de « coopérations avec commande ».

 En 2020, nous avons consolidé ces trois élargissements avec un quatrième :
– le déploiement de projets transversaux  pour mieux saisir ce qui se joue à des échelles territoriales  en matière de transformations socio-urbaines (Plaine Commune) et de solidarités informelles dans le contexte de crise sanitaire (Yvelines).
– En plus, nous avons récemment initié un travail spécifique de veille et de constitution d’outils ressources autour des chartes de relogement (en collaboration avec l’OPML des Hauts-de-Seine).

Les terrains

Nous continuons à recevoir beaucoup de sollicitations auxquelles nous ne pouvons répondre systématiquement par un soutien et un appui effectifs ou prolongés dans le temps. De plus en plus nous de sollicitations proviennent de territoires en dehors de la région Ile-de-France, et plus largement en dehors de la France.

L’année écoulée a été très riche et dense en particulier en raison de la consolidation des collaborations en cours et de l’élargissement à de nouvelles problématiques et territoires. Ces élargissements nous poussent vers plusieurs réflexions : 1/ nos champs d’action (élargir à d’autres problématiques que le renouvellement urbain), 2/notre capacité en interne à répondre à ces nouvelles demandes (capacité en termes d’effectif et de compétences), 3/ la nécessité d’avoir des actions sur des territoires, et pas seulement des « quartiers », pour agir sur des logiques de transformations urbaines qui se jouent à « grande » échelle, 4/ la constitution d’un savoir opérationnel dans le travail d’appui et de structuration de ressources pour une ville juste et solidaire

L’équipe salariée, soutenue par des stagiaires et bénévoles, a été présente de façon continue sur 3 terrains exemplaires et démonstratifs (interventions pérennes), de façon plus ponctuelle sur 5 autres et en conseil auprès de plus d’une dizaine de collectifs d’autres terrains.

Leurs actions se déploient en appui technique et en appui à la mobilisation, les actions sont détaillées dans le compte-rendu.

À Fresnes :  

Cette action se formalise cette année par un travail collectif conséquent autour de la publication d’un ouvrage qui retrace l’histoire de la Cité des Groux, de sa rénovation et de la lutte habitante pour un projet plus juste.

À St-Denis : Un travail de contre-expertise du processus de relogement a été mené. Il a permis une analyse critique de la charte de relogement existante et l’élaboration de nouvelles propositions construites avec les habitants.

Au Blanc-Mesnil : La collaboration se traduit par une compréhension collective du projet de rénovation urbaine en cours.

L’année 2021 s’ouvre donc sur de nouveaux défis dans un contexte qui reste encore instable et dans une volonté de la part d’APPUII d’élargir ces « champs d’action ». D’une part, il s’agira de continuer à soutenir les mobilisations locales portant sur les projets de rénovation urbaine et plus largement sur les projets qui menacent les territoires populaires, et leurs habitants. D’autre part, dans l’élargissement du champ d’expertise entre recherche, pédagogie et action, il nous parait utile de produire des savoirs et connaissances sur les quartiers populaires et leurs transformations de façon encore plus participative, dans l’optique de structurer des savoirs davantage opérationnels. Enfin, alors que la situation financière de l’association reste fragile, ces recompositions impliquent également de repenser des modalités de financement de l’association plus pérennes.

Merci pour votre soutien.

Khedidja Mamou, avec Agnès Deboulet, Feral Erkol, Sarah Piacentino, Rainier Hoddé et Cécile Julvecourt

L’ensemble du rapport est à lire ici.

Robert Schuman (Melun, 77) : Une démarche de diagnostic et de co-construction

Les habitant.e.s du quartier Robert Schuman à Melun réclament depuis 2018 une co-construction du projet de rénovation urbaine, luttant sans relâche contre la démolition. A la demande du collectif des habitants du quartier Robert Schuman, APPUII et la coordination nationale Pas Sans Nous sont venues du 26 au 28 Mai. Pendant trois jours, des débats et des ateliers ont été menés autour du devenir souhaité du quartier par ses habitants. Cela nous a permis de co-produire un livret qui synthétise les enjeux locaux et une vision collective pour le quartier. APPUII remercie les habitant.e.s de Robert Schuman pour leur accueil généreux et leur enthousiasme qui ont fait de cette série d’ateliers une vraie réussite !

En 2016, les habitants du quartier Robert Schuman se sont mobilisés face au projet de rénovation urbaine qui prévoyait la démolition de plusieurs dizaines de logements sociaux dans le cadre du NPNRU. Après avoir renoncé à la démolition dans un premier temps suite à la forte mobilisation des habitant.e.s, la mairie entame une nouvelle phase d’étude du projet. Elle a engagé un bureau d’étude qui prévoit une balade du quartier suivie d’une réunion publique le 4 et 5 juin prochain, mais pour l’instant, cette nouvelle phase ne se déroule pas dans la transparence.

N’ayant toujours pas eu connaissance de la méthode d’élaboration des étapes du projet et de son calendrier détaillé, ni de la méthode de co-construction pour son élaboration, les habitant.e.s mobilisé.e.s autour de l’amicale de locataires ont donc demandé à APPUII et la coordination nationale Pas Sans Nous (PSN) de venir pour élaborer ensemble un diagnostic du quartier. Tou.te.s ensemble, habitant.e.s et associatifs ont travaillé pendant trois jours pour expérimenter le travail de co-construction du projet urbain. 

Mercredi, après un temps d’appropriation des documents urbanistiques concernant le NPNRU, des habitant.e.s ont dirigé une balade urbaine à travers le quartier, pour diagnostiquer les espaces extérieurs, circulations et équipements existants. 

Jeudi, l’amicale a organisé des visites chez 3 locataires où des membres d’APPUII ont pu réaliser des relevés d’habiter et discuter avec les habitant.e.s des problématiques liées au logement. Le soir, une première réunion collective a rassemblé une trentaine de personnes au cœur du quartier afin de partager des premières réflexions diagnostiques au sujet de la voirie, du stationnement et des espaces publics.

Vendredi, le travail de synthèse s’est poursuivi et a débouché sur un deuxième débat collectif comptant une quarantaine de participant.e.s. Dans la continuité de la première réunion, des enjeux concernant l’habitat et les équipements ont été discutés et approfondis. En même temps, des hypothèses sur des interventions architecturales et équipements futurs, basées sur les expériences et souhaits des habitant.e.s, ont été explorées.

Tous ces moments d’échanges ont collectivement donné lieu à un livret qui présente ce travail collectif et envisage des hypothèses d’aménagement et de requalification du quartier élaborées par des habitant.e.s avec le soutien d’APPUII et PSN. Il a été conçu avec le but de permettre aux habitant.e.s d’avoir un repère en vue des prochaines échéances du projet, voire de servir de base de dialogue avec les institutions concernées. 

Pendant 3 jours, le travail effectué ensemble était nourri par des moments de convivialité et de partage dont APPUII est très reconnaissante. Le collectif d’habitant.e.s du quartier Robert Schuman, avec le soutien des locataires, est sorti d’autant plus résolu à défendre le quartier. Merci à tou.te.s !

Les Tilleuls (Blanc-Mesnil, 93) : Une journée de travail sur le quartier et son avenir

Face à un projet de rénovation urbaine qui veut profondément transformer les Tilleuls, les habitant.e.s et associations du quartier se mobilisent pour être informé.e.s et écouté.e.s. Vendredi 20 mai, un collectif d’habitant.e.s composé des membres de l’association locale Nous, femmes d’ici et d’ailleurs a organisé avec APPUII, des chercheurs du programme Copolis et des étudiant.e.s en architecture, une journée de discussion. Son but : restituer le travail des étudiant.e.s au collectif et échanger sur la suite de la mobilisation. Un grand merci à Nous, Femmes d’ici et d’ailleurs et à tou.te.s les participant.e.s et étudiant.e.s !

La journée a commencé avec un atelier informel sur la question des espaces de proximité et la résidentialisation proposée par le maire et les autres porteurs du projet de rénovation. Dans un cœur d’îlot derrière le marché, des chercheur.euse.s de Copolis et une stagiaire d’APPUII ont installé un panneau avec des informations qui détaillent la manière dont le NPNRU vise à transformer le paysage et l’accès aux espaces publics, notamment via le mobilier urbain, des passages piétons et des barrières. Des personnes habitant les immeubles autour de ce cœur passaient voir le panneau et discutaient des espaces extérieurs actuels et futurs. C’était une occasion pour des gens d’avoir plus de clarté sur les propositions avancées par la mairie, mais aussi et surtout de partager leur vision et souhaits pour les espaces publics du quartier.

Après un déjeuner fortifiant cuisiné par des membres du café associatif, les étudiant.e.s des écoles d’architecture de La Villette et de Val-de-Seine ont installé devant le café des tables d’exposition présentant les résultats de plusieurs mois de travail. Prenant la forme de maquettes, livrets, fiches techniques et plans, ces expositions regroupent des données tirées des expériences et de l’expertise des habitant.e.s des Tilleuls sur les thèmes du logement, de l’espace public et du cœur du quartier. C’était un moment de restitution des diagnostics et des analyses basés sur les temps d’échange entre étudiant.e.s et habitant.e.s lors de nombreux entretiens, visites, ateliers et permanences. 

Ces supports visuels et architecturaux ont suscité des discussions, des interrogations et des réactions des passants. 

Vers 17h, des habitant.e.s du quartier ont rejoint les membres de l’association Nous, Femmes d’ici et d’Ailleurs à l’intérieur du café associatif autour d’une grande maquette du quartier. Ces dernières ont animé un atelier sur le bâti existant et la densification prévue dans le projet municipal, ce qui a suscité de fortes réactions, surtout par rapport à d’éventuelles démolitions. Une discussion avec une trentaine de personnes s’en est suivi sur la mobilisation déjà portée par le collectif d’habitant.e.s ainsi que sur les prochaines actions à mener face à l’avancée du projet. Le comité d’engagement est prévu fin juin.

La soirée s’est conclue avec des présentations de Christiane, philosophe, et Philippe, photographe, qui depuis des mois ont travaillé avec des membres du collectif ainsi que d’autres habitant.e.s sur la mémoire collective du quartier. Dans l’ensemble, c’était une journée bien remplie et riche d’échanges. La mobilisation des habitant.e.s pour définir l’avenir des Tilleuls se poursuit!

Proposition de loi : démocratiser la rénovation urbaine et le logement

Depuis deux ans maintenant, APPUII, avec la Coordination nationale Pas sans Nous, l’Alliance citoyenne, la Commission rénovation urbaine d’Etouvie (CRUE) à Amiens, et la fondation Abbé Pierre travaillent à une proposition de loi pour démocratiser les projets de rénovation urbaine et le logement. Cette proposition de loi est née de l’interpellation des députés François Ruffin et Barbara Pompilli par la commission rénovation urbaine d’Etouvie concernant la rénovation urbaine du quartier. Cette démarche, soutenue par d’autres collectifs locaux engagés sur les questions de logements et urbanisme, cherche aujourd’hui à élargir sa base de soutien et être portée devant les députés. Si vous souhaitez soutenir le texte, il vous suffit de signer ici.

https://appuii.files.wordpress.com/2021/05/image.png

La loi sur la rénovation urbaine et le Programme National de Rénovation Urbaine

Face à l’aggravation des inégalités sociales et territoriales et à l’incapacité de la politique de la ville de les réduire, en 2003, Jean-Louis Borloo, engageait l’État dans un vaste plan de rénovation des quartiers populaires. La rénovation urbaine devenait la principale intervention des pouvoirs publics dans ces territoires, impliquant la démolition d’environ 150 000 logements sociaux.

La loi de 2014 a légitimé les opérations de démolition et leur amplification en leur donnant un fondement « en cas de nécessité liée à la vétusté, à l’inadaptation de la demande, ou à la mise en œuvre d’un projet urbain. »[1] 

En 2019, le deuxième programme de rénovation urbaine a déjà commencé sur 329 quartiers, avec la démolition prévue de 65 600 logements, 53 100 reconstructions et 84 800 réhabilitations.

La contribution financière de l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine permet aux collectivités locales d’intervenir dans les quartiers populaires dans une dimension qu’aucune d’elles ne serait capable d’atteindre seule. Mais en contrepartie elles sont sommées de répondre aux impératifs fixés par l’ANRU, notamment en termes de démolitions parfois injustifiables et de diversification de l’habitat.

Cette politique se retourne contre les intérêts des locataires en cas de démolitions à outrance. Pourtant, elle est financée par l’ANRU, qui reçoit 90% de ses dotations d’action logement[1].

Des projets de rénovation urbaine imposés sur la base de principes contestables

Au nom du « projet urbain », une rénovation urbaine présentée comme ambitieuse est imposée d’autorité, sans arguments précis, sans possibilité de contre argumentation, ni de contre-expertise, sans débat sur les intérêts contradictoires en jeu, sans évaluation économique, sociale et environnementale sérieuse en amont et en aval du projet, et surtout sans la compréhension et l’adhésion des premiers concernés, les habitants.

Trop souvent sont assénés des concepts flous ou non partagés (mixité sociale) et une argumentation urbanistique simpliste (qu’est-ce que le désenclavement ? qu’est-ce qui changera l’image et l’attractivité du quartier ?). Dans bien des cas de démolition, contrairement à ce que demande la loi, rien ne prouve que la vétusté serait irrémédiable et que les logements seraient inadaptés à la demande. Ces projets, impliquant déplacements et relogements forcés, sont fondés sur des concepts souvent fallacieux pour les habitants. Les arguments bien faibles, voire dérisoires, ne peuvent les convaincre de l’opportunité de ces importantes dépenses et de l’intérêt public d’accepter ce bouleversement de leur vie.

Les habitants sont traités comme des personnes incultes, qui ne peuvent pas comprendre, et non comme des acteurs des réflexions et des choix qui seront réalisés. Ils ressentent souvent ces interventions comme du mépris de la part des pouvoirs publics et constatent que les projets sont déconnectés des réels besoins.

Si certains programmes de rénovation urbaine sont jugés nécessaires par les habitants, leur mise en place sans concertation et sans argumentation sérieuse entraîne des dommages économiques et psychologiques non négligeables et les délégitime de fait.

Des méthodes, des résultats, des conséquences qui rendent des projets illégitimes

Une co-construction des projets de rénovation urbaine ?

La Loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine, du 21 février 2014, dite loi Lamy, instaurait le principe de co-construction des projets de renouvellement urbain. Les conseils citoyens, décrits dans l’article 7, devaient en être un outil. Mais ce dispositif, qui devait permettre aux habitants de participer directement à la coproduction de la politique de la ville, reste souvent inabouti et dévoyé par les pouvoirs publics.

Plusieurs raisons l’expliquent. Les collectivités territoriales portent les projets urbains et sont organisatrices de la concertation. En cas de désaccord, il n’y a ni garant ni recours possible pour les citoyens. Les collectivités territoriales sont ainsi juges et parties.

Ensuite, même lorsque les démarches sont exemplaires, les citoyens ne disposent pas des moyens techniques et financiers pour comprendre et prendre part à la co-construction, dans le temps long, de ces projets complexes.

Enfin, bien que l’association des habitants soit prévue à toutes les étapes du projet, son élaboration se fait dans la plupart des cas lors de comités techniques et politiques non publics et non transparents, sans que les citoyens ne puissent donner leurs avis dans ces comités et n’aient accès à la décision. A cet égard, les conseils citoyens ne remplissent pas ce rôle comme l’indiquent de nombreux rapports[2]. Leur avis, quand il est sollicité par ailleurs, n’est que consultatif, même lorsque cela implique la démolition de leur logement.

Un habitat amélioré et choisi ?

Les projets de rénovation urbaine doivent permettre aux habitants d’habiter dans de meilleures conditions (dans un logement salubre, accessible, confortable, performant énergétiquement, à un coût abordable) et de rester dans leur quartier s’ils le souhaitent. Mais les reconstructions après démolitions s’avèrent souvent de mauvaise qualité (fissures fréquentes, vieillissement prématuré, malfaçons…). Les logements sont plus petits et parfois en inadéquation avec les attentes des habitants.

Dans de nombreux territoires, la pénurie de logements sociaux accessibles doit interroger davantage la pertinence des démolitions d’autant qu’elles touchent souvent des logements aux loyers relativement bas.

Dans certains cas, ces démolitions s’avèrent pour les habitants une stratégie visant à éloigner les pauvres – parmi lesquels les familles d’origine étrangère qui subissent les discriminations dans l’accès au logement[3] sont sur représentées – vers des banlieues toujours plus lointaines.

Des éco-quartiers ?

Ces projets de rénovation urbaine sont très souvent présentés comme des « éco-quartiers », s’inscrivant dans la logique d’obtention des labels.

L’investissement financier important de l’ANRU apparait comme une opportunité fondamentale dans l’ambition de transition écologique dans laquelle la France doit s’engager pour faire face au changement climatique. Cependant, la stratégie adoptée de démolition / reconstruction est à contre-courant de cette ambition. L’enjeu de la transition énergétique pour une économie décarbonée devrait rendre exceptionnelles les opérations visant à défaire pour refaire au lieu de réparer.

Associer les habitants aux projets qui les concernent

La rénovation urbaine, et la volonté d’instaurer un semblant de « mixité sociale », se traduit souvent dans les faits par l’exclusion d’une partie de la population vivant dans ces quartiers. Elle reste une démarche autoritaire descendante, non démocratique.

Par ailleurs, la « participation » des locataires dans les organismes HLM présente de nombreux défauts et dysfonctionnements régulièrement observés dans les formes primaires de la démocratie participative. Or le logement social qui compose la presque totalité des quartiers de la politique de la ville est la première incarnation de l’action publique pour plusieurs millions de citoyens modestes. Donc, la démocratisation des projets urbains doit également passer par la démocratisation du logement social tant dans sa conception que dans sa gestion.

La proposition : co-décider sur le projet urbain et le logement social

La démocratisation du projet urbain et du logement social est une nécessité pour répondre aux défis d’insertion et de reconnaissance des habitants des quartiers populaires. Elle permettra de renforcer le pouvoir d’agir des individus directement concernés par ces opérations, pour que les initiatives participatives habitantes se substituent aux dynamiques de transformation imposées et descendantes. Elle devrait permettre de rétablir la confiance entre les habitants et les institutions.

La démocratisation de la gestion des HLM va de pair avec celle de l’action publique locale. L’ensemble des acteurs locaux (représentants des locataires, associations d’habitant-es, de commerçant-es et habitant-es engagé-es) doit disposer des conditions d’accès au pouvoir de décisions. Cela se traduit par :

  • Le partage de la décision dans une logique délibérative, impliquant le renforcement de la transparence de l’action publique et de la gestion des bailleurs sociaux ;
  • Le renforcement des compétences citoyennes, politiques et techniques pour co-construire les politiques publiques par de la co-formation et par la création de fonds dédiés aux associations locales permettant l’accès à une expertise indépendante.
  • Le renforcement du contrôle citoyen sur les élus et les administrations publiques et du logement social.

1. Partager les prises de décision et renforcer la transparence de l’action publique

La concertation doit systématiquement précéder et accompagner toute prise de décision. Le partage du pouvoir de décision passe d’abord par une information correcte de l’ensemble des citoyens afin qu’ils puissent participer activement aux différentes instances du projet. La qualité de la concertation doit primer sur la rapidité de la prise de décision. Une perte apparente de temps en amont peut permettre d’enclencher de façon plus rapide et plus efficace les phases de réalisation. En dernier recours, l’outil référendaire permettra de trancher les différents sujets si nécessaires.

Proposition 1 – Garantir le droit à l’information en matière d’urbanisme : l’accès libre et la transparence des instances techniques et politiques des projets urbains et plus largement des HLM

La construction et les principaux arbitrages des projets se déroulent dans les instances techniques et politiques. Elles devront être publiques. Des représentants d’habitants directement concernés par le projet, au même titre que les autres acteurs techniques et politiques, pourront contribuer à l’ensemble des commissions techniques et politiques locales, intercommunales et nationales, dès qu’elles concernent directement leur quartier[4]. Des présentations devront être faites à l’ensemble des habitants à chaque point d’étape du projet. Les collectivités devront créer les conditions afin de garantir la participation des habitants concernés.  L’ensemble des documents techniques (compte rendu[5], plan, programme, etc.) devra être accessible publiquement et compréhensible. Ils seront disponibles en ligne. Lors de réunions, les documents présentés devront être envoyés plusieurs jours à l’avance pour qu’ils puissent être discutés entre les habitants et leurs représentants. Les réunions se dérouleront à des horaires adéquats pour les habitants. La participation régulière des non professionnels et élus pourra être défrayée.

Proposition 2 : Assurer et outiller le droit d’initiative: Renforcer les compétences citoyennes, politiques et techniques pour co-construire les politiques publiques

Des fonds dédiés doivent permettre d’outiller et d’accompagner les associations dans leurs démarches. Ils seront financés d’une part, par le fonctionnement de la démocratie représentative et d’autre part, par les maitrises d’ouvrage des projets urbains.

Proposition 2a : Le fonds pour une démocratie d’initiative citoyenne pour permettre l’organisation collective des citoyens

Ce fonds financera toute initiative de collectifs ou associations locales contribuant au débat public sur des enjeux d’intérêt commun. Il sera un outil pour la défense et la promotion des droits des habitant.e.s, notamment des démarches de contre-expertise ou de projet alternatif. Deux modalités de financements sont prévus : Il sera doté annuellement de 5%[6] du montant total de l’argent public consacré au fonctionnement de la démocratie représentative. + Il serait financé par 1% du montant hors taxe des travaux[7]. Les collectifs concernés par les travaux seraient co-gestionnaires des fonds. Ils seraient soumis au contrôle d’une commission paritaire composée des maitrises d’ouvrage, d’habitants et de l’État.

Proposition 2b : Le référendum d’initiative citoyenne sur la démolition et les réhabilitations

Comme à Londres, où cette mesure vient d’être soutenue par 15 bailleurs sociaux, tous les résidents doivent pouvoir voter sur la démolition ou réhabilitation de leurs quartiers et de leurs bâtiments d’habitation. En l’absence de consensus du comité de pilotage ou dans le quartier, un référendum pourra être initié par les habitants dont le logement est touché ou dont les conditions de vie sont altérées par l’opération. A l’instar du droit d’initiative prévue par l’ordonnance n°2016-1060 dans le cadre de grands projets d’aménagement, la Commission Nationale du Débat Public, dont les compétences auront été élargies aux projets d’urbanisme, assurera son organisation (périmètre, information, etc.) et en sera le garant. Au sein des organismes de logement social, ces opérations devront également être soumises au vote des locataires dans les mêmes conditions que les réhabilitations.

Proposition 3 : Garantir une concertation neutre, équitable et indépendante : élargir le champs d’intervention de la commission nationale du débat public (CNDP) aux grands projets urbains

Les démarches de concertation dans le cadre de projet de rénovation urbaine sont directement gérées par les maitrises d’ouvrage, et notamment les maires. Afin de garantir la tenue de procédure de concertation équitable, neutre et indépendante des maitrises d’ouvrage, la saisine d’un tiers pour garantir le processus de concertation est indispensable. Dans ce cadre, la CNDP pourrait devenir compétente sur ces grands projets d’urbanisme. Alors même qu’ils répondent parfois aux critères de saisines de la CNDP – ils font l’objet d’études d’impacts environnementaux (EIE) dans le cas des Zones d’Aménagement concerté (ZAC) et dans le cas où ils dépassent les 150 millions d’euros d’investissement –, cette dernière doit pouvoir intervenir.

2. Renforcer le contrôle citoyen sur les élus et administrations publiques et du logement social

Les diverses instances de pilotage du logement social ou des projets urbains (conseil municipal, conseil communautaire, comité de pilotage, conseil d’administration des bailleurs) doivent régulièrement rendre des comptes et tenir informés les habitants et locataires concernés par leurs décisions. L’information ne doit pas s’arrêter une fois les décisions prises. Il est important de rappeler les arguments justifiant les décisions prises. Les collectivités territoriales doivent justifier en quoi elles ont tenu compte des avis des habitants. Les refus doivent être également motivés.

Proposition 4 : organisation d’assemblées de comptes à rendre

A la demande des citoyens, des assemblées pourront être organisées pour que les décideurs rendent compte de leurs actions. Ces assemblées pourront avoir lieu une fois par an ou en fonction des demandes, sur différents sujets, durant tout le processus de rénovation urbaine.

Les premiers signataires :

  • Alliance citoyenne
  • APPUII
  • Association Renaissance des Groux – Fresnes (94)
  • Atelier populaire d’urbanisme (APU) de Fives et du Vieux-Lille (59)
  • Atelier populaire d’urbanisme de la Villeneuve de Grenoble (38)
  • Collectif des habitants du Bois de l’Etang – La Verrière (78)
  • Collectif du 5 novembre – Marseille (13)
  • Commission rénovation urbaine d’Etouvie – Amiens (80)
  • Conseil citoyen Essarts-Surieux (38)
  • Conseil citoyen Franc-Moisin-Bel-Air-Stade De France – Saint-Denis (93)
  • Conseil citoyen d’Haussonville – Nancy (54)
  • Coordination Nationale Pas Sans Nous
  • Confédération Nationale du Logement
  • Fondation Abbé Pierre
  • Un centre-ville pour tous – Marseille (13)

[1] Cet organisme de financement du logement des salariés est géré paritairement par les syndicats de salariés et les employeurs.

[2] Casillo Ilaria et Rousseaux Daniel, 2018, Démocratie participative et quartiers prioritaires : réinvestir l’ambition politique des conseils citoyens, Commission Nationale du Débat Public. ; Billen Léa, 2017, Synthèse nationale. Programme de co-évaluation des conseils citoyens, Paris, Université Paris Nanterre / Université Paris I Panthéon Sorbonne.

[3] Mathieu Bunel, Yannick L’Horty, Loïc Du Parquet, Pascale Petit, TEPP, Rapport de recherche n° 2017 – 01, Les discriminations dans l’accès au logement à Paris : une expérience contrôlée, 2017.

[4] La loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine de 2014 prévoit déjà la participation des conseils citoyens « à toutes les instances de pilotage du contrat de ville, y compris celles relatives aux projets de renouvellement urbain ». Il s’agit d’élargir le champs d’application de cette loi, sans la limiter aux conseillers citoyens, ni aux comités de pilotage. D’autres expériences vont encore plus loin pour associer les citoyens aux décisions qui les concerne comme ce fût le cas à Grande Sainte ou Saillans.

[5] Les comptes rendus, validés par l’ensemble des parties, devront montrer clairement les points de consensus et de désaccord, ainsi que les arguments apportés.

[6] Cette proposition est extraite du rapport « Pour une réforme radicale de la politique de la ville » (2013) rédigé par Mohamed Mechmache et Marie-Hélène Bacqué.

[7] Proposition issue de la campagne d’interpellation du réseau APPUII, remettre les habitants au centre des projets urbains (2019).

Pour plus d’informations : associationappuii@gmail.com

Jardins ouvriers d’Aubervilliers : « Il faut qu’on existe! »

Depuis sa création, APPUII entretient un lien privilégié avec l’enseignement supérieur. En mobilisant des étudiants sur des cas concrets de mobilisations citoyennes locales relatives à des projets urbains, il s’agit de former les étudiants aux réalités du terrain et d’outiller les mobilisations pour renforcer leur pouvoir d’agir. Le travail de Yasmina Ahamed, Anaïs Lartaut et Maria Paz González (mars 2019)[1], de l’Université Paris 8 Saint-Denis interroge les mutations à l’œuvre du Fort d’Aubervilliers, en lien avec la mobilisation sur la disparition d’une partie des Jardins des Vertus.

Les jardins des Vertus – Photo Yasmina Ahamed, Anaïs Lartaut et Maria Paz González

L’objet du cours « Participation citoyenne et enjeux urbains » est d’étudier l’articulation entre enjeux urbains – projets multi‐acteurs pour la fabrication et la transformation des villes et territoires – et enjeux démocratiques – implication des citoyens dans les processus de prise de décision et spécialement leur impact sur les réalités socio‐urbaines. Il propose d’examiner dans un premier temps les rapports complexes entre Paris et sa banlieue (histoire sociale, politique et urbaine) puis l’émergence du Grand Paris, du réseau Grand Paris Express et des multiples projets d’aménagement à l’échelle métropolitaine. Il se centre ensuite sur une enquête de terrain en articulation avec les travaux du département de sociologie de l’Université Paris 8. Pour réaliser l’enquête de terrain, les étudiant.e.s emploient une méthode mixte : observation de terrain, recherche documentaire et entretiens.

Le cas choisi pour l’année 2019 était la mutation du Fort d’Aubervilliers. Possédé en grande partie par Grand Paris Aménagement (25 Ha sur 36 Ha), ce site initialement militaire est au centre de plusieurs projets urbains d’envergure : nouvelle gare de la ligne 15 du Grand Paris Express, écoquartier du Fort, PRU Emile Dubois‐Maladrerie, PRU des Courtillères, puis centre nautique pour les JO 2024…

Yasmina Ahamed, Anaïs Lartaut et María Paz González ont choisi de travail en groupe sur le sujet des jardins ouvriers d’Aubervilliers, dits « Jardins des Vertus« , créés en contrebas du Fort à la frontière de trois communes (Aubervilliers, Bobigny et Pantin) en 1935. Sont présentés ici :
leur rapport d’observation (février 2019)
– la synthèse de fin de semestre « Les jardins ouvriers d’Aubervilliers dans le contexte des grands projets urbains » (mars 2019). 

Ce travail met en lumière le rôle social fondamental que jouent les « Jardins des Vertus » à Aubervilliers. La pratique du jardinage, outre son caractère agricole, participe de la réalisation concrète « du vivre ensemble ». Il souligne le paradoxe entre la reconnaissance de ce territoire comme un véritable patrimoine local, tant pour les habitants du quartier que les acteurs politiques, et l’absence de dialogue quant à sa mutation. Sans remettre en cause l’intérêt d’une partie des éléments du projet, ce travail illustre le déficit démocratique de ces grandes opérations d’aménagement et pointe certaines pistes pour renforcer le pouvoir d’agir des habitants et associations concernés.

L’ensemble des travaux des étudiants sont disponibles dans l’onglet « Ressources – Les publications »

Pour plus d’informations à ce sujet, vous pouvez contacter Sylvain Adam (sadam.appuii@gmail.com) ou directement l’association associationappuii@gmail.com


[1] Travail de Yasmina Ahamed, Anaïs Lartaut et María Paz González (mars 2019), dans le cadre du cours « Participation citoyenne et enjeux urbains » (enseignant : Sylvain Adam – administrateur de l’association APPUII) en Master 2 du Parcours « Villes » à l’Institut d’Études européennes (IEE) à l’Université Paris 8 Saint-Denis.

Bois de l’Etang (La Verrière-78) : proposition alternative aux réaménagements des espaces extérieurs

Depuis 2016, l’amicale et le collectif de locataires du Bois de l’Étang se mobilisent avec APPUII pour participer au projet de rénovation urbaine du quartier. Après avoir proposé l’année dernière, avec l’aide d’élèves architectes, une réhabilitation ambitieuse des immeubles en alternative à leurs démolitions, ils réfléchissent actuellement aux réaménagements des espaces publics avec le soutien d’un groupe d’étudiants Master Urbanisme et Aménagement de l’Université de Nanterre.

Localisation du Bois de l’Étang dans la commune de La Verrière

Entre janvier et avril 2021, APPUII a mandaté un groupe d’étudiants en Master l’Université de Nanterre pour réfléchir avec les habitants à d’autres manières d’aménager les espaces publics du quartier du Bois de l’Étang à la Verrière. Alors que le projet de rénovation urbaine fait l’objet de nouvelles négociations entre le bailleur et les pouvoirs publics, sans que les habitants soient associés, l’objectif de la commande est alors de replacer la voix des habitants au cœur du projet. Un projet d’une telle envergure ne peut s’établir sereinement et durablement sans l’implication et la prise en compte des habitants.

Début 2021, l’espoir d’une réhabilitation sans démolition est encore présent. Ainsi, les étudiants prennent très vite place sur le terrain et occupent le local de l’amicale des locataires afin d’entamer une phase d’enquête auprès des habitants dans le but de comprendre le contexte social, spatial et politique du quartier et surtout de recueillir le ressenti des habitants. Dans le cadre de la collecte des données, des obstacles notoires ont été rencontrés concernant la prise en contact avec les habitants et les acteurs institutionnels (mairie, bailleur, maison de quartier).

Cependant, plusieurs ateliers ont pu être organisés par les étudiants afin de recueillir les avis des habitants, et les intégrer dans le processus de réaménagement des espaces extérieurs. Des questionnaires et des cartes mentales ont été mis en place permettant de relever les espaces appréciés ou non appréciés par les habitants ainsi que les services manquants dans le quartier.

Le diagnostic dessine alors des profils socio-économiques et des parcours résidentiels variés. Ainsi, au Bois de l’Étang vivent différentes générations de foyers présents depuis la construction, mais également de nouveaux habitants. Les avis concernant le renouvellement sont, eux aussi, variés. Certains ne semblent pas opposés à la démolition, d’autres ne veulent pas en entendre parler. Toutefois, un avis semble faire écho chez tous les habitants : s’il y a destruction, les habitants souhaitent être relogés sous conditions (prix, qualité, localisation, taille). Il est alors hors de question pour les habitants de quitter leur quartier si ces conditions ne sont pas remplies. En février 2021, le projet prend un nouveau tournant, la charte de relogement est signée, une notice explicative est distribuée aux habitants, dans les boîtes aux lettres : l’espoir d’une réhabilitation sans démolition est alors éliminé du point de vue de la mairie. Elle a donc décidé de passer par la démolition pour réhabiliter le quartier. Peu de temps après, en mars 2021, le plan du projet est distribué aux habitants. Le projet prévoit une réorganisation du quartier notamment par la création de nouvelles voies de circulation sur des axes fréquentés tels que devant les écoles et la mosquée qui rassemblent souvent du monde, par la réalisation de nouveaux logements à travers la suppression de certaines tours et barres (bât H, bât A, bât G) et la mise en disposition de nouveaux édifices pour développer l’offre commerciale par la réduction des places de parking…

Les étudiants font alors face à de nouveaux enjeux. En effet, ils doivent expliquer le projet aux habitants et adopter une démarche inclusive afin de proposer des scénarios alternatifs pour l’aménagement des espaces extérieurs, qui pourront être utilisés pour alimenter un projet de rénovation souhaité par les habitants. Ces scénarios seront ensuite discutés avec les habitants afin de mieux comprendre leurs volontés. Actuellement, étant donné le contexte sanitaire, les étudiants réalisent la phase de concertation participative avec les habitants qui se fait avec l’aide du collectif des habitants du quartier et l’amical des locataires.

réalisation de maquettes 3D et adoption d’une démarche de concertation avec les habitants

Pour mener à bien le travail d’information et de concertation, les étudiants s’appuient sur certains outils : l’élaboration de deux affiches A0 permettant de présenter aux habitants la démarche de travail, certains éléments du diagnostic ainsi que les résultats préliminaires obtenus. Ils font aussi le choix de réaliser des maquettes en 3D : une pour l’existant, une pour le projet ANRU et enfin une maquette interactive pour tester des scénarios et échanger avec les habitants.

L’ensemble du travail de collecte fera l’objet d’une synthèse et sera évidemment restitué à l’ensemble des acteurs du territoire qui en feront la demande. A l’heure actuelle, bien qu’un dialogue ait pu être entamé avec la mairie, il reste inexistant du côté du bailleur Sequens.

Si vous souhaitez avoir plus d’information concernant ce projet, vous pouvez contacter Romain Gallart pour l’association appuii : rgallart.appuii@gmail.com ou directement le collectif des locataires du bois de l’Etang : collectif.du.be@gmail.com

Plaine Commune : entre gentrification et artificialisation des terres !

Le 27 février 2021, APPUII et le Comité de Vigilance JO ont co-organisé un atelier de travail portant sur les projets urbains en cours à Plaine Commune. Cet atelier a rassemblé une quarantaine de personnes pour discuter des enjeux des transformations urbaines et sociales du territoire. Ces grands projets urbains transforment la physionomie et la sociologie du territoire. De la démolition de logements sociaux à l’artificialisation des terres, ces projets touchent profondément tous les quartiers populaires du territoire. Pour qui sont faits projets ? La synthèse et l’ensemble des documents présentés sont disponibles ici.

APPUII a engagé un observatoire pour mieux comprendre les projets urbains sur le territoire de Plaine Commune pour mieux outiller les habitants impactés par ces mutations. Pour présenter ce travail, un atelier a été organisé et a rassemblé une quarantaine de participants engagés dans des mobilisations locales. A cette occasion, il s’agissait de se rencontrer et de discuter des grands enjeux d’aménagements de l’intercommunalité, lié aux Jeux Olympiques, au Grand Paris et à la rénovation urbaine. A cette occasion, nous avons pu voir que 20% du territoire de Plaine Commune était en chantier et que la grande majorité de ces projets n’étaient peu ou pas concertés ! Ils font alors l’objet de mobilisations citoyennes qui ont souvent proposé des alternatives ! Elles sont visibles ici

Cette demi-journée a été ponctuée de moment en plénière et de discussion en petits groupes en fonction des zones de projet.

A la Courneuve, le projet de la ZAC des six routes et la rénovation urbaine du quartier des 4000 participent à la gentrification progressive de l’un des derniers bastions communistes. Entre Dugny et La Courneuve, dans le cadre de la construction du Cluster des médias, on assiste à l’artificialisation de 27ha de l’Aire des Vents. Dans le parc Marville, une piscine Olympique va être construite, dont la programmation semble peu adaptée aux besoins des habitants, et dont la future gestion est confiée à un acteur privé.

A Saint-Denis, autour de la gare du Grand Paris Pleyel, plusieurs projets vont radicalement changer la physionomie du quartier, engageant une hausse de la pollution (les projets de l’échangeur et du Franchissement Urbain Pleyel) et la construction massive de bureaux (240000m²). La rénovation urbaine de Franc-Moisin et la construction du village Olympique prévoient de nombreuses démolitions de logements sociaux et du foyer ADEF sans garantir des solutions de relogement acceptable pour tous les habitants.

A Aubervilliers, l’extension de la gare Fort d’Aubervilliers et la piscine Olympique s’accompagnent de 1800 nouveaux logements soit environ 6000 nouveaux habitants et conduisent à la destruction d’un hectare d’espaces cultivés (Jardin des Vertus). En parallèle, les quartiers populaires adjacents (Maladrerie – Emile Dubois et Villette-4 chemin) se voient démolir 940 logements sociaux, alors que les investissements sur les équipements publics et la réhabilitation de la Maladrerie ne semblent pas assurés. La carte des enjeux par projet est disponible ici

Cette rencontre a montré l’interconnexion entre les différents projets urbains dont les enjeux dépassent bien souvent limite du quartier et de la commune. Elle pointe l’importance de lier les mobilisations pour faire valoir la voix des habitants directement concernés par ces transformations urbaines et sociales. Ce travail d’observation a permis de construire une vision globale et critique de ces données souvent fragmentées et peu lisibles. Il s’agit maintenant de le diffuser et les partager afin qu’elles soient des outils au service des habitants du territoire. La restitution de l’atelier ainsi que l’ensemble des documents sont disponibles ici. L’ensemble de l’équipe d’APPUII reste également disponible pour en parler.

Triangle de Gonesse : lutter malgré le début des travaux

APPUII se fait l’écho de l’appel du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG).

Les 10 000 signatures du « Serment du Triangle » n’a en rien enrayé la réalisation de la gare de « Triangle de Gonesse », située comme son nom ne l’indique pas à 1,6 km de toute habitation. Une ZAD (Zone à défendre) a donc été créée le 7 février. Mais dès le 19 février, le jugement du référé est tombé à la demande de l’Établissement Public Foncier d’Ile-de-France (EPFIF) et de sa présidente Valérie Pecresse : expulsion sans délai et astreintes financières. Les engins de chantiers ont ainsi pu entrer en action et détruire en quelques heures ce que la nature avait mis des milliers d’années à construire. Car les terres de Gonnesse, comme celles d’Ukraine, ont comme singularité d’être constituées d’un humus de 7 à 8 mètres de profondeur, résultat de plusieurs milliers d’années d’une lente décomposition de matières organiques vivantes. Les indicateurs climatique, écologiques, sociaux et sanitaires sont inquiétants, la biodiversité se réduit… il faut donc, semble-t-il, poursuivre la prédation des sols, réduire la ceinture nourricière d’Ile de France et son rôle dans la régulation des canicules à venir, bafouer les propositions citoyennes pour le climat et laisser la Société du Grand Paris bétonner. Ou s’opposer, s’indigner, se mobiliser en répondent à l’appel du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG).

Nous proposons d’appeler à une ZADimanche mobile le 7 mars avec repas tiré du sac. Rendez-vous 11h derrière Ikéa. Accès RER B ou D puis bus 20 arrêt centre commercial.  Au programme visite, découverte du Triangle et perspectives.

Pour aller plus loin :

Jacqueline Lorthiois, « Les zadistes de Gonesse ont-ils raison de s’opposer à une gare en plein champ ? » Tribune l’Obs, 11 février 2021.

Stéphane Tonnelat, « Comment le Triangle de Gonesse devint une ZAD. L’improbable devenu nécessaire  », Métropolitiques, 25 février 2021.

Solidarités Covid (Yvelines) : le premier comité de pilotage met l’accent sur le Bois de l’Etang à La Verrière

Suite au constat de la transformation des formes de solidarité dans les quartiers populaires conséquemment à la crise sanitaire, la Fondation Abbé Pierre a confié à APPUII une mission d’identification et d’accompagnement des initiatives d’entraides informelles dans les quartiers populaires des Yvelines. Voici un petit point sur les premiers résultats de la mission.

Cartographie des acteurs de la solidarité au Bois de l’Etang (La Verrière) – Extrait du comité de pilotage n°1

Les premières rencontres avec les habitants confirment les difficultés auxquelles  sont confrontées de nombreuses personnes en situation de précarité.

  • La situation économique des ménages a été fragilisée par la baisse des revenus couplée à l’augmentation des dépenses quotidiennes. Cela se traduit par une multiplication des demandes pour impayés de loyer adressées aux bailleurs [1]
  • Les inégalités de logement ont été exacerbées par le confinement poussant à l’isolement des personnes fragiles et à la rupture des liens sociaux [2]
  • La continuité pédagogique était plus difficile. Cela amène à un décrochage scolaire plus élevé que la moyenne [3]
  • Les associations humanitaires nationales (Restos du cœur, …) ont été dépassées par les besoins. Par ailleurs, elles peinent à s’adresser aux ménages récemment fragilisés [4]

Dans ces conditions, de nombreuses initiatives d’entraide, spontanées et informelles, ont émergé dans ces quartiers. De nouveaux profils d’aidants ont vu le jour [5]. Focus sur le Bois de l’Etang, à La Verrière, où la solidarité s’organise tant à l’échelle très locale du quartier, qu’à l’échelle intercommunale en lien avec les villes voisines. Ce quartier de 600 logements a été construit pour loger les ouvriers des usines Renault de Boulogne. Aujourd’hui, certaines de ces familles continuent d’y vivre et animent des liens forts de voisinage, en plus des acteurs traditionnels de la solidarité. APPUII intervient dans le quartier depuis 2016 en soutien aux habitants, ce qui facilite l’enquête.

Dans ce quartier, on peut distinguer différents types d’associations et de collectifs plus informels participant à la constitution d’un réseau de solidarité.

  • On compte deux associations humanitaires nationales qui sont historiquement implantées dans le quartier : les Restaurants du Cœurs et le Secours Populaire. Leurs antennes locales constatent une diversification des profils de leurs bénéficiaires.
  • A notre connaissance, deux associations locales interviennent aussi. L’Amicale des locataires du Bois de l’Etang alerte sur la multiplication des situations d’impayés et le surendettement des ménages, tandis que l’association de jeunes Sibawayh utilise les réseaux de voisinage pour fournir de l’aide personnalisée aux familles nouvellement fragilisées.
  • Enfin des collectifs informels complètent ce maillage. Des femmes du quartier profitent de leur ancrage fort dans le quartier pour identifier et aider les ménages en difficulté par de l’aide à la personne, des collectes de fonds ou du soutien psychologique.

Les liens entre les associations locales et les collectifs informels sont forts dans le quartier du Bois de l’Etang, où leurs actions reposent principalement sur des réseaux de voisinage préétablis. Reste à mieux comprendre leurs relations avec les antennes des associations humanitaires nationales et les représentations locales des institutions (maison de quartier et bailleur). Pour le moment et malgré notre volonté, nous n’avons pas encore réussi à contacter les pouvoirs publics.

Ce travail va se poursuivre sur les autres quartiers populaires des villes de Mantes-la-Jolie, Poissy, Plaisir et Trappes.

Si vous êtes intéressés par cette démarche, n’hésitez pas à contacter Mohamed Ragoubi (mragoubi.appuii@gmail.com), en charge de la mission, ou l’association (associationappuii@gmail.com).

[1] Lors du premier confinement, Seine-Saint-Denis Habitat avait noté une hausse de 13% à 18% des impayés de loyers. (Le Monde, Juin 2020)
[2] Noûs Camille, 2020, « Le covid-19, la guerre et les quartiers populaires », La nouvelle revue du travail
[3] Moreau Mark et Gourlin Titouan, 2020, « La continuité pédagogique, une nouvelle lutte des classes », Slate.fr
[4] AFP, 2020, « Coronavirus : aux Restos du Cœur comme au Secours Populaire, “on s’adapte dans l’urgence” pour l’aide alimentaire », France 3 – Haut de France[5] Rey-Lefebvre Isabelle, 2020, « Avec la crise, de nouvelles formes de solidarité émergent », Le Monde.fr

Atelier de travail au Landy Sauvage le 27 février 2021

Le 27 février 2021 à 14h au Landy Sauvage, APPUII et le Comité de Vigilance JO co-organisent un atelier de travail portant sur les projets urbains en cours à Plaine Commune. Cet atelier est ouvert à tou.te.s les personnes mobilisé.es sur ces grandes transformations urbaines et sociales. L’enjeu de cette rencontre est de mettre en commun et d’échanger nos visions du développement de ce territoire.

APPUII a initié L’Observatoire de Plaine Commune début octobre 2020. Son objectif est de mieux comprendre les projets urbains en cours afin d’être en capacité d’outiller les habitant-es impacté-es souhaitant faire valoir leur voix. Une équipe de bénévoles (urbanistes, géographe, architectes) s’est penchée principalement sur les projets dans le sud du territoire, à Aubervilliers, la Courneuve, L’Ile Saint-Denis, Saint-Denis et Saint-Ouen.

Une série d’entretiens avec les acteurs institutionnels et les collectifs mobilisés sont réalisés pour comprendre les stratégies territoriales et le jeu d’acteurs. Delà, plusieurs informations clés peuvent être mises en avant : 

  • Le développement territorial se base sur une série de grands projets urbains (Stade de France, rénovation de La Plaine, JO, rénovation urbaine) depuis les années 80.
  • 19 % du territoire est en projet ce qui sous entend un changement en profondeur du tissu urbain et du tissu social de Plaine Commune.
  • Une croissance démographique très forte (100 000 nouveaux habitants à l’horizon 2030 selon le PADD1) qui conduit à une densification urbaine (4 200 nouveaux logements par an) et à une transition du tissu urbain historiquement industriel.
  • Un établissement public territorial (EPT)2 volontariste en termes de développement urbain mais limité dans ces compétences et qui s’inscrit dans des enjeux de développement métropolitain.
  • Un territoire historiquement populaire (30% du territoire est classé en quartier politique de la ville QPV3). Il subit une gentrification sans précédent du fait de la proximité de Paris.
  • Un territoire sous doté en espaces verts4 qui s’artificialise encore (destruction des zones naturelles et agricoles) malgré un discours affiché sur l’écologie urbaine. Des espaces plantés publics qui disparaissent. 
  • Un remplacement progressifs des majorités municipales communistes par différents partis (UDI, PS,…) impactant les relations de coopération entre les villes et changeant les priorités politiques en termes de développement territorial.
  • Une gouvernance urbaine métropolitaine opaque et éloignée des habitant-es. Un rôle de l’Etat prépondérant dans la transformation du territoire du fait de ses compétences élargies dans les projets d’aménagements en cours (JO, Grand Paris Express et Rénovation Urbaine).

En plus de ces entretiens, une analyse des projets urbains a été faite. Ils reflètent des stratégies communes pour le territoire. L’Observatoire au sein d’APPUII a collecté des données précises sur chacun des projets comme le nombre de démolition, de réhabilitation et de construction de logements sociaux, la surface de terres artificialisées. Une cartographie a été mise en œuvre et synthétise les informations sur les projets urbains liés aux Jeux Olympiques Paris2024, au Grand Paris et aux lignes du Grand Paris Express et à la rénovation urbaine dans les quartiers populaires.

Face à tous ces enjeux, un atelier est co-organisé avec le Comité de Vigilance JO :

le 27 février 2021 de 14h à 17h, 

au Landy Sauvage,

166 rue du Landy, 93200 St-Denis

L’objectif de l’atelier sera de partager les premiers résultats du travail de l’Observatoire, de le mettre en discussion et de formuler des propositions alternatives pour le territoire de Plaine Commune. Il sera l’occasion d’établir les enjeux propres à chacun projet et plus largement à l’échelle des villes et du territoire de Plaine Commune en alimentant la cartographie des projets en cours. 

Afin de garantir la tenue de l’événement dans le respect des règles sanitaires merci de vous inscrire ici, afin que nous puissions nous organiser en conséquence.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas à nous contacter : mguillaume.appuii@gmail.com

1 Projet d’aménagements et de développement durable, introduction du PLUi (Plan Local d’Urbanisme intercommunal)

2 Équivalent de l’intercommunalité dans la métropole du Grand Paris

3 Quartier en politique de la ville identifié par un critère : un revenu médian par habitant.e inférieur à 11 250 euros/an

4 A Aubervilliers, 4,4m² par habitant.e d’espaces verts alors que l’OMS prescrit 10m² par habitant.e.