Plaine Commune : comprendre les mutations du territoire

Jeux olympiques, Grand Paris Express, projets de renouvellement urbain : Plaine Commune connait des bouleversements importants de son paysage urbain et social. Déjà engagée auprès de diverses associations d’habitant.es du territoire, l’association APPUII s’engage dans une mission d’observation de ces transformations afin d’en développer ses connaissances et de favoriser la mise en réseau des différentes mobilisations.

Établissement Public Territorial, La Plaine Commune rassemble 9 villes de Seine-Saint-Denis (Aubervilliers, Saint Denis, La Courneuve, Saint Ouen, Villetaneuse, Epinay sur Seine, Ile Saint Denis, Stains et Pierrefitte). Ce territoire « populaire » de 435 000 habitants comporte 22 quartiers prioritaires de la politique de la ville. Il est touché par les grands projets urbains aux enjeux nationaux, régionaux et métropolitains : les JO de 2024, le Grand Paris Express et les 14 projets de renouvellement urbain soutenus par l’ANRU. Ces grands projets ont une réalité locale : ils déplacent des familles (relogement), changent leur environnement (démolition, construction, arrivée de ménages plus aisés) et leurs habitudes (transports, infrastructures, équipements..). Cette réalité est parfois violente et le plus souvent subie. En réponse, de multiples mobilisations dans les quartiers ont pris forme, figures de contestation ou du moins de revendications.

Référendum organisé au sujet de la démolition de 30 logements par les habitants de Franc Moisin (mars 2019)

Avec tous les bouleversements urbains et sociaux sur ce territoire, il devient nécessaire de faire un état des lieux des projets urbains et des mobilisations citoyennes qui leur sont associées. Ainsi, une équipe composée de plusieurs bénévoles de  l’association, une stagiaire et une volontaire en service civique s’est formée en octobre 2020. Cette mission proposera une première forme de restitution en février-mars.

Cet observatoire doit être un support ressources pour les collectifs et encouragera la mise en réseau des projets et des mobilisations. La recherche aura plusieurs échelles d’investigation, s’entremêlant et s’alimentant l’une l’autre.

Il semble important de comprendre les dynamiques globales du territoire, les enjeux et les stratégies à l’origine de ces projets portés à l’échelle nationale (ANRU et JO), à l’échelle régionale et métropolitaine (Grand Paris Express) et de l’intercommunalité. Pour prendre du recul par rapport à cet enchevêtrement de décisions et d’interventions. Il convient de se familiariser avec les documents d’urbanisme qui donnent les grandes lignes du développement souhaité pour le territoire. Territoire fortement observé et analysé, il semble nécessaire de rencontrer des chercheurs qui se sont penchés sur ces questions. Avoir leur regard nous permettra de comprendre ces enjeux et stratégies qui formatent et formateront dans les prochaines années la Plaine Commune.

Gare de Saint Denis – Pleyel : travaux en cours pour le Grand Paris Express
(https://www.lemoniteur.fr/photo/a-saint-denis-pleyel-le-grand-paris-entre-en-gare.2093636/proche-des-voies-ferrees-de-la-gare-sncf.1#!)

Comprendre cette échelle « plus globale » s’accompagne évidemment d’une connaissance du terrain d’études : arpentage des quartiers, recherches de données sur les projets urbains en cours et rencontres avec les mobilisations. Au vu du nombre de projets urbains sur la Plaine Commune, nous avons choisi de nous focaliser sur le Sud du territoire, décrétant trois zones à « observer » : les projets des JO entre l’Ile Saint Denis, Saint Ouen et Saint Denis (Village Olympique, carrefour Pleyel, la Plaine Saulnier…) ; les projets de renouvellement urbain partagés entre Aubervilliers et Saint Denis (Quartier Emile Dubois – Maladrerie, ZAC du Fort d’Aubervilliers…) ; les projets qui touchent la Courneuve (Gare des Six Routes, le quartier des 4000…). Ce choix n’empêchera pas de se tenir au courant de ce qu’il se passe dans le Nord du territoire : à Epinay-sur-Seine (3 projets ANRU), à Villetaneuse (1 projet ANRU), Stains (2 projets ANRU).

Cette collecte de données devra alors s’enrichir du point de vue des habitants sur leur quartier. Partir de l’échelle institutionnelle (stratégies globales et projets urbains) nous permet de rentrer dans le sujet et de comprendre son envergure pour le territoire, il est cependant important de comprendre les réseaux de mobilisations actifs sur ce territoire. Cette recherche sera l’occasion de montrer que ces projets urbains souffrent d’un manque de concertation des habitants. Le nombre de mobilisations sur ce territoire interpelle et montre l’intérêt des habitants envers leur environnement construit. Ce travail permettra de voir quelles sont les revendications et les moyens déployés par les habitants, et ainsi de faire des parallèles avec d’autres projets et d’autres mobilisations.

Inscrite dans un temps court, cette recherche doit pouvoir être restituée pour être communiquée et prolongée. Des outils d’APPUII sont à disposition pour capitaliser la recherche. La cartographie « La ville est à tou.te.s » des mobilisations pourra être complétée et mise à jour à cette échelle intercommunale. Cette cartographie développée par APPUII, mêlant les mobilisations et les projets urbains en cours à Saint Denis, pourra être une base à développer. Des moments de rencontres entre collectifs seront privilégiés pour mettre en commun leurs expériences. Le mode de « restitution » se dévoilera en fonction de l’avancée de la recherche et des besoins des mobilisations.

Si vous êtes intéressé par cette recherche et que vous voulez y prendre part, si vous avez des remarques, si vous participez à une mobilisation sur ce territoire, vous pouvez nous contacter à l’adresse mail : associationappuii@gmail.com.

Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU) : Décryptage du rapport de la Cour des comptes

En Avril 2020, la Cour des Comptes a rendu un épais rapport qui faisait suite à une demande du Sénat « sur le fonctionnement de l’ANRU ainsi que sur la mise en œuvre de ses programmes d’intervention, PNRU et NPNRU ». APPUII s’est chargé de le décortiquer pour comprendre l’ANRU, vulgariser le propos et en dégager les grandes lignes.

Notre travail de synthèse et d’analyse de ce document a été un processus long et a pour objectifs de discuter les choix politiques de l’ANRU et de porter à connaissance ce rapport à un maximum de collectifs d’habitant.es engagés dans des processus de rénovation urbaine. Afin de bien comprendre l’ensemble des éléments que nous transmet la Cour des Comptes, nous avons choisi de décomposer ce dossier en 3 parties.

La première concerne le fonctionnement général de l’ANRU. La juridiction financière, principalement chargée du contrôle des comptes publics, pointe certaines défaillances dans le fonctionnement financier et démocratique de l’agence en charge de la rénovation urbaine des quartiers populaires.

La seconde concerne la mise en œuvre du PNRU, la Cour des Comptes tente d’établir un bilan de ce programme très lourd en terme d’investissements (46 Md€ au total) dont les fondements, les résultats et les méthodes sont sujets à débats.

La troisième partie cherche à livrer une première analyse du NPNRU et des préconisations pour la suite de ce programme. La Cour des Comptes s’appuie dans cette partie sur la comparaison qui peut être faite avec son grand frère le PNRU. Plusieurs garde-fous sont brandis, notamment en matière de relogement.

Photo de Vigneux-Sur-Seine, par Adel Tincelin (projet Archives 01 et 02, photographiant les transformations des quartiers populaires par l’ANRU. Plus d’infos : https://territoiredesimages.wordpress.com/2014/11/17/archives-0102-les-ruines-de-la-renovation/ )

Nous vous invitons donc à lire notre synthèse, voire le rapport en entier, qui est riche en enseignements et permet de comprendre le fonctionnement d’institutions comme l’ANRU qui sont très éloignés du fonctionnement du quotidien de chacun.e.

Il faut cependant garder à l’esprit, que ce rapport, aussi riche soit-il, est écrit par la Cour des Comptes, qui regarde avant tout le budget et son utilisation. Ainsi, il n’est pas question dans ce rapport de remettre en question les choix politiques (dogme de la démolition et viabilité économique de ce choix), d’interroger les conséquences environnementales de la rénovation urbaine, ou d’évaluer sérieusement la participation des principaux concernés à ces projets qui modifient radicalement leurs vies (relogements, transformation des espaces publics, …). Néanmoins, le croisement des données disponibles sur le relogement et in fine sur les conséquences sociales des démolitions dans les projets de rénovation urbaine est à retenir.

N’hésitez pas à nous contacter si vous avez des questions et/ou des remarques (associationappuii@gmail.com)

« Une citoyenneté réprimée », un état des lieux des entraves aux actions associatives en France

Paris, le mardi 6 octobre 2020, l’Observatoire des libertés associatives rend public un rapport inédit réalisé avec l’appui d’un comité scientifique, dressant le tableau d’une « citoyenneté réprimée ». Cette analyse de fond, réalisée par des chercheurs et des associations  intervenant dans divers domaines d’activités (défense des droits, écologie, social, culture…), dont APPUII est membre, s’appuie sur une centaine de cas récents d’entraves et de répression contre des associations et des collectifs de citoyens. Ce rapport propose également douze pistes pour défendre et renforcer les libertés associatives et démocratiques présentées ce jour devant un panel représentatif de députés. 

Des associations dont l’activité est suspendue suite à une coupe-sanction de subvention pour avoir contredit un élu, des militants poursuivis devant des tribunaux pour des actions solidaires, une association de quartier interdite d’accès aux espaces communaux pour se réunir, des représentants politiques stigmatisant des associations antiracistes ou musulmanes, des militant.e.s écologistes cibles de contrôles routiers et d’amendes à répétition… 

Voici quelques exemples tirés de la centaine de cas relevés et analysés dans le premier rapport de l’Observatoire des libertés associatives titré « Une citoyenneté réprimée : 100 cas de restriction des libertés associatives, 12 pistes pour les protéger » rendu public ce 6 octobre en présence d’un panel de député.e.s de diverses sensibilités et de journalistes. Ce rapport est le fruit d’une collaboration étroite entre un comité de chercheurs en sciences sociales et des associations réunies au sein de la Coalition pour les libertés associatives, dont la plupart avaient déjà fait l’objet d’attaques contre leur capacité à agir.

Des libertés associatives menacées

Les auteurs du rapport pointent un paradoxe : « alors que la démocratie participative s’expérimente désormais à l’échelle nationale et jusqu’au plus haut sommet de l’État (Grand débat, convention citoyenne pour le climat), les associations, acteurs essentiels de la démocratie, sont marginalisées voire ouvertement attaquées par les pouvoirs publics quand elles prennent des positions critiques ou mènent des actions collectives de défense des droits visant à interpeller les autorités et nourrir le débat public. » 

Dans un contexte de pandémie et de crise sanitaire, les auteurs du rapport soulignent « qu’une partie des associations hier réprimées, ou qui l’ont été du fait du maintien de leurs activités durant la période de confinement, ont joué et jouent un rôle central dans l’atténuation des effets de la crise auprès des publics les plus fragiles. »

Une fois ce bilan dressé, le rapport de l’Observatoire s’attache à rappeler qu’au niveau local, régional ou national, de nombreuses associations participent à faire vivre le débat public et permettent l’exercice d’une citoyenneté collective. A l’image de la protection dont peuvent bénéficier les syndicats dans l’exercice de leurs activités, les associations proposent une série de douze mesures pour mieux les protéger face aux répressions abusives mais aussi faire reconnaître leur rôle en matière de défense des droits et d’intervention dans le débat public afin de renforcer des libertés démocratiques aujourd’hui menacées. 

Les associations et collectifs membres de l’Observatoire pour les libertés associatives :

  •      L’Alliance Citoyenne,
  • Alternative pour des Projets Urbains Ici et à l’international (APPUII)
  •     le Centre de Recherche et d’Information pour le Développement (CRID)
  •     le Collectif des Associations Citoyennes (CAC)
  •     France Nature Environnement (FNE)
  •     la Ligue des Droits de l’Homme (LDH)
  •     le Mouvement Associatif (LMA)
  •     la coordination nationale Pas Sans Nous (PSN)
  •     Action Droits des Musulmans
  •     Fédération nationale des Arts de la Rue,
  •     Framasoft,
  •     La Quadrature du Net,
  •     React,
  •     Ritimo,
  •     Tous Migrants,
  •     Vent d’assos,
  •     VoxPublic 

Plus d’info sur le site de l’observatoire.

Franc Moisin : quelle place pour les écoles et espaces publics dans la rénovation urbaine ?

Dans le cadre d’un partenariat entre APPUII et l’ENSA Paris La Villette, nous donnons la possibilité à des étudiant.es de présenter leurs travaux de fin d’études lorsque ceux-ci se sont distingués par leur qualité et l’approche choisie par les étudiant.es. Deuxième volet avec Adèle et Orane qui ont travaillé avec les habitants et usagers du quartier de Franc-Moisin à St-Denis (93).

Photo publiée dans le journal de St-Denis du mardi 26 septembre 2018, photo de Ph. Guignard / air-images.net – Plaine commune

Un quartier enclavé, engendrant de nombreux projets de renouvellement urbain 

Le Franc Moisin est un quartier de Saint-Denis, situé à la limite d’Aubervilliers et de La Courneuve.  Il est enclavé entre le canal Saint Denis, l’autoroute A1 et le Fort de l’Est, et comprend 1870  logements, tous sociaux, pour 6000 habitants environ. Bidonville pendant toute la première partie du  XXème siècle, c’est dans les années 70 que son plan actuel a été dessiné. Inauguré en 1974, le  grand ensemble présentait un gain de confort considérable pour ses habitants. 20 ans après, la  rénovation urbaine était déjà enclenchée, avec la démolition d’une première barre de logements.  Depuis, les projets ne font que s’enchaîner sans réelle amélioration notable pour les habitants. 

L’ANRU 1 ayant agi dans les années 2000 sur les alentours du quartier et les espaces publics,  c’est aujourd’hui, un projet de rénovation urbaine colossal porté par la ville et Plaine Commune,  Établissement Public Territorial (EPT), dans le cadre du Nouveau Programme National pour la Rénovation  Urbaine qui prend place au Franc Moisin. C’est dans ce projet acté mais pas signé, que nous avons  cherché à nous insérer. Une modification profonde du quartier est prévue, avec notamment la  construction de nouvelles voiries, ce qui amène à la démolition de certains logements au cœur  du quartier. Ces démolitions sont alors l’occasion pour la mairie de construire des logements en  accession privée et sociale et de faire passer les 100% de logements sociaux au sein du quartier à  81%.

Une approche alternative au fonctionnement habituel de l’ANRU 

Notre travail a débuté en février, par la compréhension des enjeux et controverses liés à la  rénovation urbaine. Pour cela nous sommes passées par une première phase d’enquête, ou nous  avons rencontré les acteurs du site, fait plusieurs entretiens et tenté de saisir les intérêts de  chacun. C’est là que nous avons rencontré l’association APPUII, mais également l’architecte du  projet Catherine Tricot, et Plaine Commune Habitat, un des deux bailleurs sociaux. Le logement  et le relogement se sont présentés comme un sujet complexe, sollicitant déjà beaucoup les  habitants. La réhabilitation était alors une piste envisageable mais c’est finalement par un sujet  peu mis en avant dans la rénovation urbaine que nous avons été interpellées : les écoles et les  espaces publics. En effet, nous nous sommes rendues compte que ces thèmes n’avaient pas moins  d’importance aux yeux des habitants. 

À partir du moment où nous avons ciblé notre approche, nous avons pu entrer en contact avec les  acteurs directement concernés par les sujets que nous souhaitions aborder : Plaine commune, les  directeurs et directrices d’école et finalement, les parents d’élèves, les acteurs principaux avec  lesquels nous avons travaillé par la suite. C’est d’ailleurs avec eux que nous avons créé un réseau,  malgré le contexte de crise sanitaire. Il s’agissait surtout de trouver des alternatives d’interaction,  pour palier à la distance imposée par le confinement. Un groupe WhatsApp a pu être constitué  avec des parents d’élèves. En parallèle de la formation de ce groupe, nous avons travaillé sur le  dessin de proposition de compositions urbaines alternatives au plan acté par l’ANRU. Le but était  de créer un support d’échange afin de le mettre en débat avec le groupe WhatsApp. Les échanges  réalisés à l’aide de questionnaires, appels téléphoniques ou appels vidéos nous ont permis de  dégager deux thématiques de travail : – D’abord, à l’échelle des écoles et leurs abords, en nous focalisant sur la sécurité pour les  enfants et la diversité des aménagements, notamment dans les accès et la relation à la voirie ; – Ensuite, à l’échelle globale du quartier, en travaillant sur le manque d’espaces verts et  d’entretien, la place du piéton, ainsi que l’inquiétude liée à la place de la voiture dans le projet  prévu par l’ANRU.

Nous avons décidé de conserver deux échelles et thématiques  de travail, mais nous n’avons pas voulu en traiter une  chacune. Nous avons plutôt choisi de faire toutes les deux  des propositions pour chaque thèmes afin de les contraster le but étant de les mettre en débat avec les parents d’élèves lors d’un atelier.  

Cet atelier a pu être mis en place dans la médiathèque du quartier, et nous avons enfin pu  échanger en face à face sur notre travail avec les parents d’élèves. L’atelier s’est déroulé ainsi : – En premier lieu, nous leur avons expliqué le projet ANRU à l’aide d’une maquette, pour  leur faire comprendre dans quel contexte nos propositions s’implantent ;

– Ensuite, nous leur avons présenté des références, les plus différentes possibles, afin de  pouvoir échanger plus précisément sur certains sujets, et pour avoir des images sur lesquelles  s’appuyer ;

– Enfin, nous leur avons présenté nos différentes propositions, afin de les mettre en  débat. Par leur vécu, les parents d’élèves ont des demandes très spécifiques, notamment sur  l’aménagement des espaces ou sur le fonctionnement des écoles. On retrouve par exemple : plus  de fraîcheur l’été dans les écoles et dans les espaces public ; le fait de pouvoir s’abriter de la  pluie et du soleil ; de penser les espaces de manière à ce que la voiture ne puisse pas prendre le  dessus ; de penser l’accès aux écoles, les relations entre maternelle et élémentaire, la séparation  des cours de récréation, leur aménagement, leurs thématisation et un tas d’autre aspects (voir  livret) qu’il n’aurait pas été possible d’aborder si précisément sur le groupe WhatsApp. 

Nous retenons également qu’il y a des sujets plus larges qui ont des conséquences sur les  appréhensions des parents et qu’il est difficile pour nous d’avoir un impact sur ces aspects-là,  nous parlons par exemple de la proximité du stade de France et de l’affluence que cela crée en  termes de voiture dans le Franc Moisin, de la carte scolaire, du manque d’entretien, etc… 

Photo de l’atelier de travail

Mais cet atelier nous a surtout permis d’évaluer comment revoir nos propositions pour les finaliser  et ainsi transmettre notre travail. Nous avons donc retravaillé nos propositions selon les échanges  avec les habitants et avons adapté ces dernières de manière à les rendre plus accessibles à nos  destinataires. 

Photo de l’atelier de travail

Un regard différent sur notre approche du projet urbain 

Il a été vraiment intéressant pour nous d’aborder la rénovation urbaine au travers de ces  questions. Les écoles, au même titre que le reste, doivent être construites avec les personnes  qui les pratiquent. La crise sanitaire a profondément bouleversé nos échanges mais nous a forcé  a trouver des alternatives de participation et à d’autant plus faire fonctionner le réseau.  

Notre problématique, dès le départ, remet en question le fonctionnement habituel de  l’ANRU. Repenser profondément le plan urbain en travaillant les équipements et les espaces  publics, c’est donner la priorité à l’usage du quartier, un sujet qui a tout autant d’impact dans le  quotidien des habitants et qui fait d’autant plus consensus que les espaces sont publics et donc  utilisés par tous. La concertation dans les projets de rénovation urbaine a bien évidemment ses  limites, surtout dans un quartier de 6000 habitants. Mais elle reste néanmoins nécessaire dans  l’élaboration d’un projet, pour être en adéquation avec le territoire dans lequel il s’inscrit. 

Mais le cadre de l’ANRU est complexe, imposant le respect de certains critères, en l’échange  de subventions, et l’un des critères principaux concerne la démolition des logements, car c’est la  pensée commune d’imaginer que le changement profond d’un quartier se fait par la démolition 

de ce qu’on a construit il y a 50 ans. Le choix de ses critères se révèle alors comme éminemment  politique, dépendant de la ligne directrice choisie par l’ANRU, et c’est ce qu’on a cherché à  comprendre lors de notre travail de diplôme. 

* ANRU : Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine 

Vous trouverez ci-dessous le livret qui retrace notre démarche et qui comprend le détail des  différents documents que nous avons produits avant et après l’atelier.

Livret du projet

Défendre le commun au sein des résidences sociales ; Le cas du foyer de travailleurs migrants de Saint-Ouen (93)

Dans le cadre d’un partenariat entre APPUII et l’ENSA Paris La Villette, nous donnons la possibilité à des étudiant.es de présenter leurs travaux de fin d’études lorsque ceux-ci se sont distingués par leur qualité et l’approche choisie par les étudiant.es. Premier volet avec Célia et Clarisse qui ont travaillé avec les travailleurs du Foyer de Saint-Ouen (93)

Le foyer de travailleurs migrants ADEF de Saint-Ouen (Seine Saint Denis), a été conçu dans les années 60. Actuellement, 286 résidents majoritairement d’origines subsaharienne ou maghrébine y logent officiellement et au moins autant ​de parents et sans papiers y sont hébergés ou occupent les couloirs la nuit. La rénovation de ce foyer était prévue il y a 5 ans. Cependant, l’arrivée des JO a fait changer d’avis le gestionnaire : il y a vu l’opportunité de spéculer. Les résidents devront déménager en février 2021. Aucune consultation n’a été faite quant à leurs futurs logements. Les résidents ont ainsi été amenés à manifester leur mécontentement.

Plus qu’un simple logement, un lieu de solidarité,

Le foyer actuel est constitué de quatre bâtiments identiques, d’un espace de parking et de nombreux espaces verts. Les résidents s’y regroupent, effectuent des ventes, garent leurs vélos ou étendent leur linge. En rez-de-chaussée, les halls d’entrée accueillent le week-end coiffeurs, ventes de viande en gros ou petits commerçants. Le foyer possède une salle de prière et plusieurs salles communes où se tiennent des réunions, des deuils ou encore des rassemblements familiaux. La salle d’alphabétisation est le lieu des cours ou de réunion du comité des résidents.

Boubacar Diallo est le délégué principal du comité des résidents, il est le porte parole des résidents et l’interlocuteur avec le gestionnaire, l’ADEF. Les résidents dénoncent les conditions de vie dans un foyer délabré, ainsi que l’abandon du gestionnaire dans les réparations. Ils mettent aussi le doigt sur la précarité du bail. À contrario, pour s’affranchir de sa responsabilité, le gestionnaire accuse les dérives d’usages et la sur-occupation comme coupables de la dégradation.

Actuellement les chambres des résidents sont regroupées en unités de vie, c’est-à-dire qu’ils partagent une salle de bain et une cuisine pour trois chambres. Ils mangent ensemble, cotisent et désignent régulièrement une personne pour cuisiner. Cela leur permet de soutenir les plus précaires par un système de solidarité. Lorsqu’un foyer est reconstruit, son statut change pour devenir une résidence sociale (Plan de traitement des FTM* ). Les unités de vie deviennent alors des studios, mais surtout, tout est fait pour empêcher les activités comme la prière ou la vente caractérisées comme illégales​. Boubacar dénonce une vie sociale niée.

Un manque de concertation,

Avant d’emménager dans deux résidences sociales permanentes, les résidents seront relogés dans une résidence en modulaires préfabriqués financés par la Solideo* pour une durée de 2 ans. Fin 2022, les résidents vont devoir déménager une nouvelle fois, tout en restant à Saint-Ouen : la moitié d’entre eux ira habiter à la Zac des Docks (parcelle R8A et B), l’autre rue Séverine (au niveau rue du Landy).

Malgré des Jeux Olympiques annoncés comme : “marqués par la responsabilité sociale et durable” par la Solideo, société en charge de construction du village olympique, les résidents du foyer seront délocalisés par deux fois afin de construire des bureaux luxueux. Bien que la Solideo affiche un discours social et inclusif, les actes d’intégration des habitants au projet manquent. Le gestionnaire justifie l’absence de concertation par le manque de temps dû à la pression mise par la Solideo ainsi que le retard pris en raison de la crise sanitaire.

Redonner la parole aux résidents : notre contribution,

Nous avons décidé, dans le cadre de notre diplôme, de nous intéresser au combat de ce foyer. Pour cela, il a d’abord fallu étudier les différentes activités présentes au foyer (manger et cuisiner ensemble, coiffer, prier ensemble, vendre, recevoir sa famille… ) et discuter de leur importance, afin de faire émerger les pratiques que les résidents seront amenés à défendre ensemble. La spatialisation de ces dernières a été nécessaire pour leur donner un cadre qui ne serait pas seulement celui d’une salle commune. Ensuite, un atelier à échelle réelle a permis de critiquer la disposition des studios que l’on peut trouver dans une résidence sociale. Nous avons alors donné aux résidents les outils réglementaires et architecturaux, afin qu’ils puissent par la suite les intégrer à leur argumentaire. À partir de ces ateliers, nous avons produit des propositions architecturales permettant de critiquer les plans des futures résidences sociales aujourd’hui en attente de permis de construire.

Ensuite, d’autres acteurs ont été intégrés à la réflexion : les voisins de la rue Séverine, qui se battent depuis longtemps sur la densification du quartier et le manque d’espaces verts et publics de la zone. Ils peuvent donc être un levier important pour obliger par exemple le gestionnaire à laisser accessible le jardin de la future résidence sociale alors qu’il a prévu de le mettre sous clé ( dans le foyer actuel les résidents ont 1800m2 d’espaces verts accessible ).

Ce travail a montré que les résidents du foyer Adef de Saint-Ouen ne sont pas opposés aux directives de l’état quant à la transformation du foyer en résidences sociales, mais ce sont davantage celles du cahier des charges du gestionnaire avec lesquelles ils sont en désaccord. Les besoins et usages des résidents y sont niés. Par ailleurs, le gestionnaire a un discours contradictoire : il revendique d’un côté la nécessité des résidents à être autonomes, mais a dans le même temps une politique de surveillance extrême.

Cette approche nous a permis de créer un lien entre différents acteurs tout au long des réunions et de prendre conscience des problématiques d’une résidence sociale. Cependant, le combat n’est pas terminé car le déménagement dû aux JO profite au gestionnaire pour “faire le ménage“ et expulser les plus précaires.

*FTM : foyers de travailleurs migrants
*Solideo : société de livraison des ouvrages olympiques

Le mémoire dans son ensemble est consultable ci dessous :

Liban : Week-End de Solidarité

Samedi 12 et dimanche 13 septembre, Les relais solidaires organisent une collecte de fonds en soutien au drame de Beyrouth. Photographies, musiques, conférences-débats, cinéma lectures, sont au programme d’un riche week-end solidaires. Venez nombreu-x-ses!




Adresses :
Les relais solidaires
61 rue Victor Hugo,
93500 Pantin

Assemblée générale d’APPUII : Ce samedi, on vous attend !

L’assemblée générale annuelle d’APPUII se tient ce week-end. Elle est un moment important de l’association. Elle sera l’occasion de faire le bilan de l’année passée et de construire les années à venir. Ce moment est l’occasion de rencontrer l’ensemble des personnes qui fait APPUII et gravite dans le réseau.

Elle se tiendra le

samedi 29 août 2020

dès 9h30

dans le jardin d’agronomie tropicale[1], Rdv devant la librairie du GRET (Cf plan)

45 bis avenue de la Belle-Gabrielle,  94736 Nogent Sur Marne Cedex
RER : Nogent-sur-Marne  

(ligne A – direction Boissy-Saint-Léger – La Varenne)

Métro M° Château de Vincennes, ligne 1

Ordre du jour :  
9h30 : Accueil des participants – petit déjeuner   10h : Bilan de l’année

2019 : tour de table des projets – chaque collectif en binôme avec un membre du CA d’APPUII fera un point sur le projet qu’il a suivi + Deux mots sur les conditions de confinement dans les quartiers  

12h : présentation du rapport financier par la trésorière et présentation du rapport d’activité par la présidente  

12h30 : approbation du rapport financier et du rapport d’activité

12h40 : élection du CA et du Bureau

13h : pause déjeuner – APPUII se charge du déjeuner. Apportez de quoi boire!

14h30 : ateliers de travail et accueil  et présentation de nouveaux collectifs (nom des nouveaux collectifs invités)   En parallèle :  – Atelier 1 : interpeller les pouvoirs publics  – Atelier 2 : renforcer le lien avec le monde académique  – Atelier 3 : Développer une expertise spécifique sur Plaine Commune  

16h : Restitution des ateliers   

17h : Remerciements et conclusion  

Si vous souhaitez vous inscrire, il suffit de cliquer ici.

A samedi !

[1] Le jardin d’agronomie a accueilli au début du XXe siècle les expositions coloniales. Fruit du passé colonial français, il recèle les dernières traces de cette mémoire sombre. Aujourd’hui, ce lieu accueille la cité du développement durable, parmis lesquelles des ONG, l’université Paris I Panthéon Sorbonne, et des centres de recherche. A l’invitation du GRET (ONG intervenant dans le champ du développement), dont l’une des membres siège au conseil d’administration d’APPUII, nous avons accepté d’y organiser notre AG.

Les Tilleuls (Blanc-Mesnil, 93) : restitution de l’atelier pour une meilleure compréhension du projet urbain

Samedi 4 juillet, un atelier participatif ouvert aux habitant.e.s du quartier a été co-organisé par APPUII les associations du quartier des Tilleuls : le café associatif Le Tilia, Speranza et Nous femmes d’ici et d’ailleurs. Le but de cette après-midi d’atelier était de permettre une meilleure compréhension du projet de rénovation urbaine prévu pour le quartier.

Les résultats de cette après-midi de travail sont présentés sous la forme de quatre panneaux à exposer, présentant les informations disponibles sur le projet et l’analyse des habitant.e.s du quartier. Ils présentent :

  • Le quartier tel que vu et vécu par ses habitant.e.s actuellement
  • Ce que prévoit le projet NPNRU pour le quartier d’ici 10 ans
  • Le jeu d’acteurs : qui participe au projet, les financements…
  • Les interrogations et doutes que soulève ce projet auquel les habitant.e.s n’ont pas été associés !

Les panneaux seront exposés au Café associatif le Tilia. Retrouvez le document au format PDF ici !

Douarnenez (29) : les premiers résultats de la recherche-action sont disponibles !

Depuis janvier 2020, le collectif Droit à la ville DZ, avec le soutien d’APPUII, s’est engagé dans une recherche-action visant d’une part à objectiver un processus de gentrification du centre-ville à l’œuvre, d’autre part à influencer les politiques urbaines afin que la ville reste accessible à tous et toutes.

Dans cette ville ouvrière, le collectif droit à la ville observe un phénomène relativement paradoxal. Alors que certains indicateurs statistiques laissent à penser que la ville décline (diminution du nombre d’habitants, augmentation de l’âge médian, augmentation du taux de chômage), il devient de plus en plus difficile de se loger.

Population14 063 hab.↓ Depuis 1968 (-29%)
Âge médian49 ans↑ Depuis 1994(+7 ans)
Chômage18, 9 %↓ Depuis 2011 (+5%)

Le nombre de résidences secondaires et de logements vacants explose. Les prix de l’immobilier augmentent rapidement, même s’il reste bon marché comparativement à d’autres villes du littoral.

Résidence principale7490↑ Depuis 1968 (+11%)
Logement vacant1195↑ Depuis 1968(+158%)
Résidence secondaire1483↑ Depuis 1968 (+105%)
Prix médian maison occas.130 000 euros↑ Depuis 2017 (+8,3%)

De ce constat statistique, il s’agit d’appréhender les répercussions d’un tel processus sur les usages commerciaux et citoyens de la ville. Dans cette perspective, le collectif s’engage dans la réalisation d’une vaste enquête qualitative auprès des habitants et touristes de la ville. Tous les vendredis, dans Le Local, situé dans le centre-ville, ils partagent leurs questionnements et analyses avec les Penn Sardins, l’enjeu étant « d’imaginer des hébergements temporaires qui ne soient ni prédateurs ni facteurs d’inégalité pour les populations accueillantes. »

Vous pouvez retrouver toutes les informations sur la démarche sur leur site.

Contact : contact@droitalaville-dz.org

https://www.droitalaville-dz.org/

Franc-Moisin (Saint-Denis, 93) : entretien avec la directrice du Centre communautaire de santé

Alors que s’achève le « Ségur de la Santé » qui doit préciser le « plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières » des femmes et les hommes mobilisé.e.s dans la crise du covid-19 (engagement pris par le Président de la République le 25 mars[1]), l’association APPUII a choisi de s’entretenir avec un acteur clé implanté dans le quartier du Franc-Moisin à Saint-Denis : l’Association communautaire santé bien-être (ACSBE) – centre communautaire de la Place Santé.

Comment le centre fait-il face à la crise sanitaire ? Quelle est la vision de la santé qu’il défend ? Comment faire en sorte que les habitants en soient les premiers acteurs ? Quels sont les rapports entre santé et environnement ? Autant de questions que Sylvain Adam (Appuii) a posées à Émilie Henry, directrice de l’ACSBE – Place Santé depuis 2015, lors d’un entretien accordé le 5 juin 2020, soit un peu plus de trois semaines après le déconfinement décrété par l’État.

On le verra, l’approche promue par l’ACSBE résonne fortement avec les pratiques de l’association Appuii en urbanisme : l’importance de l’écoute et du travail patient aux côtés des habitants, la préférence accordée aux démarches ascendantes et aux propositions fabriquées collectivement sur le terrain, la remise en question de l’expertise unique…

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Crédit : Sandra Reinflet

[1]Compte rendu du Conseil des ministres du 20 mai 2020, https://www.gouvernement.fr/conseil-des-ministres/2020-05-20/le-segur-de-la-sante-