Témoignages d'acteurs du réseau

Ces témoignages vidéos et audios sont le fruit de différents travaux menés par APPUII, lors de recherche-action, de journées réseau ou d’atelier. Ils donnent à voir les expériences des individus engagés dans les projets urbains. Ils visent à documenter et impulser des dynamiques d’échange de compétences et de connaissances « situées » entre des collectifs d’habitants en lutte pour un urbanisme démocratique et des structures hybrides composées à la fois de chercheurs et de militants.

2019

Jean-Marc : mener une mission de contre expertise sur les incendies
Conseil citoyen St-Denis Centre-Ville – été 2019
Jean-Marc est membre du conseil citoyen centre ville à St-Denis et représentant des locataires aux Dal-Hlm. En 2018, il s’engage avec APPUII et le conseil citoyen, dans l’organisation d’une contre-expertise portant sur les risques incendies à St-Denis. Financée par le budget de contre-expertise mis à disposition des conseil citoyen par Plaine commune, elle est menée par Karine Meslin, sociologue au sein du bureau d’études GERS (Groupe d’études et de recherches sociales), accompagné par Alain Waless, technicien incendie au sein du bureau d’études techniques BATISS. Dans cet entretien, il raconte comment s’est organisé ce travail.

Geneviève : cultiver sa ville
Membre de l’association collectif Haguette (St-Denis) – automne 2019
Habitante de St-Denis, Geneviève nous raconte l’histoire de la construction du jardin Haguette. D’abord le collectif organise des fêtes pour animer le passage menant à leurs logements, puis se mobilise pour la réalisation d’une fresque avant la réalisation d’un jardin temporaire en l’attente de la construction d’un immeuble d’accession sociale à la propriété. Du défrichage du terrain aux plantations, ce collectif sensibilise à l’agriculture urbaine et rassemble des habitants de St-Denis de tous les âges, pour faire valoir leurs droits à être pris en compte dans le renouvellement urbain du quartier.

Cristel et Diangou : défendre les droits des locataires
Militantes et citoyennes de Franc-Moisin (Saint-Denis) – été 2019

Diangou et Cristel habitent au Franc-Moisin (Saint-Denis) où elles s’engagent dans plusieurs initiatives (Franc-Moisin citoyenne, Femmes du Franc-Moisin, brigades vertes) et sont membres du conseil citoyen. En 2017, elles organisent des permanences hebdomadaires entre bailleurs et habitant.e.s, qui ont encore lieu aujourd’hui. Pendant les permanences, chaque habitant.e est reçu individuellement par un.e représentant.e de son bailleur. Le bailleur s’engage à assurer un suivi (courrier écrit, mail, face à face) de la demande de l’habitant.e. Cristel et Diangou estiment que la démarche a permis de résoudre des problèmes qui restaient parfois plusieurs mois sans réponse (dégât des eaux, insalubrité, etc.), et même de faire comprendre à certain.e.s que les habitant.e.s sont souvent les plus à même de fournir le bon diagnostic concernant leur environnement.

2017

Témoignage de M. Hamid D, commerçant à Échirolles et membre du Conseil citoyen Essarts-Surieux (février 2017) :

Je suis commerçant sur Échirolles. J’ai un bar PMU restaurant et je suis installé dans le même quartier depuis 22 ans. Je fais parti du conseil citoyens d’Échirolles, en tant que commerçant, qui participe à la rénovation urbaine des quartiers Essarts-Surieux.

Au début j’étais très motivé, mais après plusieurs réunions, qui durent depuis plus de 2 ans, je trouve que les politiques et les cabinets qui ont été choisi se moquent de nous. En effet depuis le début, ils ont déjà tout décidé tous seuls.

Dans les réunions ou les ateliers de travail on leur a dit ce qu’on voulait, en matière de sécurité, de commerces, de constructions ou destructions, de prévention de la délinquance, d’éducation, d’espaces verts, de santé et d’équipements publics. Mais ils ne nous ont pas écoutés.

Lors de la signature du protocole d’accord avec le préfet, l’ANRU et les pouvoirs publics qui participent aux projets, ils ont proposé leur projet et pas celui des habitants et du conseil citoyen qui avait été travaillé dans les différents ateliers.

Il avait été décidé de déplacer les commerces sur un axe très passant du quartier pour une meilleure visibilité et pérennité de nos activités. En effet le nombre de commerçants se fait de plus en plus rare et la revente de commerces est impossible au sein de cette zone sensible. Un lieu avait été choisi, et plusieurs professionnels que j’avais contactés, étaient prêt à venir s’installer. Mais l’élu de l’urbanisme qui supervise le projet a décidé seul de changer le lieu convenu.

Finalement, toutes ces réunions avaient pour but initial de nous déplacer dans une zone plus attractive, mais l’incompétence des élus et des cabinets d’études en matière commercial, nous ramène à la case départ. L’importance des commerces dans les quartiers est une priorité.

En savoir plus sur Essarts-Surieux à Echirolles : cliquer ICI.

Témoignage de M. Maza, habitant de la cité Gagarine à Romainville et Mme Dauvergne, élue municipale de Romainville et territoriale Est-Ensemble, à propos du projet de rénovation urbaine (NPNRU) du quartier Gagarine à Romainville.

Voir le rassemblement avec le DAL HLM, Spoutnik (Gagarine Romainville), APPUII et Pas Sans Nous au au siège de  « Est Ensemble » en cliquant ICI.

Voir également cet article de 2015 du Parisien.

2016

Estelle de l’association APPUII avec Nadine, Fatiha et Jamal de l’Amicale des locataires « Bien vivre à Robert Lebon » de Villejuif (novembre 2016)

> Comment avez-vous appris l’existence d’un projet de rénovation urbaine de votre quartier ?

Nous avons été mis au courant d’un projet de rénovation sur notre cité par des rumeurs dans le quartier. On entendait parler de démolition, de relogement. Un premier collectif d’habitants s’est constitué pour essayer d’avoir des informations auprès du maire sur la réalité du projet, mais sans succès. On a quand même eu confirmation que des démolitions étaient envisagées. Une pétition a circulée et a recueilli 300 signatures. Mais nous n’avons pas pu pour autant rentrer en dialogue avec les décideurs, bailleur et mairie. Nous avons donc créé une amicale de locataires. Nous avons ensuite contacté l’association APPUII pour ne pas subir un projet de rénovation urbaine imposé, mais pouvoir davantage donner notre avis.

> Quelles ont été les premières actions de l’amicale de locataires ?

On a fait un premier porte-à-porte à la rencontre des habitants des immeubles promis à la démolition. On a distribué des petits questionnaires et des tracts pour savoir ce que les gens en pensaient. Puis on a fait une enquête plus large avec l’association APPUII.

Ces porte-à-porte ont montré un fort attachement des habitants à leur quartier : beaucoup l’habitent depuis longtemps, il y a peu de mouvement. Ils ont montré aussi que les habitants étaient favorables à une réhabilitation des bâtiments et appartements plutôt qu’à leur démolition. L’enquête a suscité l’intérêt de plusieurs habitants. La plupart d’entre eux ont eu l’envie d’obtenir davantage d’information sur le projet.

Mais la mobilisation a faibli depuis. Il y a beaucoup de locataires qui sont pris dans leurs préoccupations quotidiennes. Certains habitants pensent aussi que les solutions viendront de l’amicale et donc ne s’impliquent pas personnellement.

> Quelles sont les principales difficultés que l’amicale des locataires rencontre ?

Premièrement, le manque de salle sur le quartier pour se réunir. C’est un gros problème.

Ensuite, le manque d’information et d’arguments précis. Le protocole de préfiguration a été déposé en juillet 2016, donc il y a encore des choses qui n’ont pas été définies. Mais dans les réunions publiques ils présentent un projet  sans communiquer les documents de support. Les diagnostics du bâti n’ont pas non plus été communiqués aux habitants, malgré la promesse faite par la mairie et le bailleur.

Pour beaucoup d’habitants, la « mixité » recherchée apparaît comme un prétexte pour ce projet, qui est clairement lié à la localisation stratégique du quartier. On a l’impression que les enjeux financiers priment. En tant qu’amicale des locataires, on a des difficultés à devenir acteurs dans la mise en place des hypothèses qui font avancer le projet urbain. Ces hypothèses, qui sont négociées par les acteurs institutionnels, se durcissent au fur et à mesure des réunions sans que les habitants ne puissent intervenir. Du coup les gens se découragent et attendent que ça se passe. Ils n’ont pas l’impression que leur avis compte et se démobilisent.

En savoir plus sur Robert Lebon Lamartine à Villejuif : cliquer ICI.

2015

Brigitte CHARLOTEAUX
De l’amicale des locataires de la Croix Saint-Sylvère à Cergy (95)

Mathias BOURRISSOUX
D’Arènes, Marseille (13)

David BODINIER et de Morgane COHEN 
De l’association Planning, la Villeneuve, Grenoble (38)

David Mateos ESCOBAR
De Un Centre-Ville pour Tous, Marseille (13)

2014

réalisées par Christophe Lecapentier

Sarah PIACENTINO
Ile-de-France, membre de l’association APPUII 

 « On est au Palais de la Femme pour se rencontrer avec le réseau large d’APPUII, que ce soit des professionnels, des association d’habitants, des universitaires ou étudiants, pour discuter ensemble des compétences et des besoins qu’on peut rencontrer sur des situations urbaines un peu difficiles ou sur lesquelles on a envie de se mobiliser. »

Fatima MOSTEFAOUI
Marseille, membre de la Coordination nationale Pas sans Nous (http://passansnous.fr)

« Avec les politiques, on a besoin de faire toujours un rapport de force pour qu’ils puissent vraiment mettre en place la participation des habitants. »

« L’idée, c’est de donner un appui aux habitants qui ont besoin d’aide au niveau de la rénovation urbaine. »

« S’appuyer sur les associations pour pouvoir écrire le deuxième ANRU comme il faut, de la façon dont on le voit nous. »

Sylvain ADAM
Ile-de-France, coordinateur de l’association APPUII

« L’idée, c’est d’avoir pas mal d’ateliers pour que les gens puissent s’exprimer directement. Le but, dans un premier temps, c’est de collecter ce que les gens ont à dire, qu’ils soient habitants de quartiers populaires, militants associatifs, professionnels qui réfléchissent sur leurs pratiques, universitaires ou autres. »

« Il y a des groupes d’habitants qui se sont mobilisés et qui ont trouvé des façons de faire, des façons de créer un rapport de force, des façons de trouver à un moment de l’expertise quand il en fallait. Il y en a qui sont à d’autres étapes. Rien que pour ça, cette mise en lien est bénéfique. »

« Aussi, ce que ça va montrer, c’est peut-être les besoins, les manques, les choses à construire ou les choses à aller chercher. »

David MULLER
Evry, Réseau Santé Mentale, membre de l’Institut Renaudot (http://www.institut-renaudot.fr)

« On considère que tout ce qui est environnement, architecture, urbanisme sont des déterminants pour une bonne santé. Participer à un réseau de compétences, c’est pouvoir rencontrer des gens d’horizons extrêmement différents et co-construire ensemble. »

« J’ai été président national des réseaux d’échange réciproque de savoirs : chacun est porteur d’un savoir, ce savoir est un bien commun et il peut être partagé par réciprocité. »

« Des vrais lieux de prise en compte des habitants au sens large, c’est pas si évident : c’est à favoriser. Toutes nos interrogations sur la l’implication citoyenne viennent du fait que les gens n’ont pas le sentiment de participer à cette société de demain, ils subissent plus qu’ils ne participent. »

« Dire quelle est la ressource que je peux apporter, mais aussi écouter les autres et voir comment on peut construire ensemble. »

Madani MARZUK
Nîmes, Président de l’association AMIS – Association Mémoire en Images et en Sons (http://assoamis.fr), membre de la CNL du Gard et de la Coordination nationale Pas sans Nous (http://passansnous.fr)

« Je suis venu à cette rencontre à Paris parce que le thème m’intéressait : un urbanisme partagé, rencontrer des gens avec des expériences différentes, beaucoup autour de l’urbanisme. Comme il y a des projets de rénovation urbaine, je me disais que je pouvais trouver des gens intéressants et c’est bien le cas. « 

« Ces échanges d’expériences, ça permet d’avoir du recul et aussi de partager des stratégies, des modes d’action. »

« Ici, il y a des gens de Grenoble, il y a des gens d’un peu partout, c’est ça qui est intéressant : pouvoir décentraliser les actions et les événements. »

Daniel HEBERT
Caen, Collectif associatif S3A (http://www.association-s3a.fr)

« Je suis intéressé depuis toujours par le droit à la parole des habitants, dans la rénovation des quartiers notamment. »

« Je suis ici pour voir comment on peut échanger sur des pratiques qui restent à construire, sur des sujets difficiles à aborder. »

« Ce travail qui est fait ici va alimenter notre réflexion et notre façon de faire. »

Sébastien ALLARY
Montpellier, membre du collectif Justice pour le Petit-Bard (http://justice-petitbard.over-blog.org)

« On a monté une permanence sociale pour les habitants du Petit-Bard qui est consacrée aux problèmes de logement, d’accès aux droits et on a en même temps un centre de ressources qui est consacré à la politique de la ville. Dans ce cadre-là on a des échanges avec les chercheurs, les enseignants de l’université de Montpellier. »

« L’intérêt de notre démarche, c’est de redonner au quartier, ou même à la communauté, son sens positif. »

« Ce serait bien que les sigles consacrés au social, ou à l’éducation, à l’emploi marchent, dans les quartiers. Mais ce n’est pas le cas, il y a que les ZSP [zones de sécurité prioritaires] qui marchent. »

« L’important c’est aussi ce que les gens veulent, c’est pas de leur imposer des choses sous prétexte de vouloir les éduquer. »

« Nous, on refuse le populisme contre les experts ou contre les chercheurs. Ce qu’on demande c’est que ça obéisse à la réalité du terrain. Je suis venu défendre aussi l’auto-expertise des habitants, comme on a pu le faire au Petit-Bard. »

Catherine LLORCA
Saint-Ouen, membre de l’association Echanges (impassejuif93400.blogspot.fr)

« Je souhaite continuer à participer à la création d’un jardin partagé. Je souhaite vivre dans une ville où il y a des gens de toutes sortes, et aussi des espaces verts. »

« Je suis prête à donner du temps, mais je n’en ai pas beaucoup ! »

Caroline KRENC
Etudiante en architecture à Paris la Villette, projet à Saint-Denis

« On n’a pas forcément l’habitude à être confronter à des projets comme ça en tant qu’étudiants, donc c’est un enrichissement : apprendre d’autres projets et pouvoir les mettre en relation avec les enquêtes et les recherches qu’on mène à notre petit niveau. »

« C’est dur pour chacun de définir sa place : chacun a l’impression que la balle est dans le camp du voisin, alors qu’en réalité on a tous une clef en main. »

« Le fait d’être étudiante, c’est une aide très concrète sur le terrain : partir d’une discussion, de la proximité avec les gens pour élaborer un projet et de ne pas commencer sur des grands plans très complexes. »