Cité Gagarine (Romainville, 93) : la lutte continue !

Le samedi 23 octobre 2021, une vingtaine d’habitants de la cité Youri-Gagarine de Romainville avec le collectif Gagarine Résiste, l’association Spoutnik-Avenir et APPUII ont discuté des actions à mener face aux démolitions prévues des bâtiments B, D et H. Banderoles, sondage et accompagnement des familles relogées sont au programme.

© Rose Lecat

S’il a été acté que les démolitions des bâtiments B et D ne pourront pas être évités après avoir consulté la Mairie, les habitants restent mobilisés contre la démolition du bâtiment H et celles des 6 autres bâtiments dont l’avenir n’est pas encore scellé. Une attention particulière est portée aux derniers occupants du bâtiment B pour qu’ils bénéficient de bonnes conditions de relogement. 

Lors de cette réunion, plusieurs décisions ont été prises. D’une part, une enquête sera réalisée par APPUII et les locataires volontaires afin de prendre connaissance des désirs des habitants des bâtiments D et H et de les faire valoir auprès du bailleur et de la mairie. D’autre part, les locataires souhaitent se mobiliser contre la démolition programmée du bâtiment H en accrochant des banderoles aux balcons.

Par ailleurs, cette réunion a été l’occasion d’échanger sur les outils de planification envisagés dans le cadre de ce projet urbains et du rôle des promoteurs immobiliers dans celui-ci. Pour des projets de cette envergure, la procédure la plus utilisée est celle de la ZAC (Zone d’Aménagement Concertée), ce qui n’est pas le cas ici. Le choix d’une division parcellaire interroge le collectif.

L’absence d’arguments valables concernant la démolition du bâtiment H renforce la détermination des locataires à se faire entendre pour préserver leurs logements.

Si vous souhaitez plus d’infos sur le projet, vous pouvez contacter :

Quartier du Levant (Les Andelys, 27) : des démolitions contestées par les habitant-es

Dans le cadre de la révision du PLU (Plan Local d’Urbanisme), la Mairie des Andelys a lancé une OAP (Orientations d’Aménagement et de Programmation) sur le quartier du Levant. Elle souhaite un quartier diversifié avec des logements en accession ainsi qu’une labélisation « écoquartier ». Cela fait suite à la démolition de plusieurs immeubles de logements sociaux. Un collectif d’habitant-es, en lien avec la CNL27 (Confédération Nationale du Logement), se mobilisent pour préserver leurs logements et pour avoir une « vraie concertation ».

Quartier du Levant – Les Andelys (©APPUII)

Au début des années 1970, 400 logements ont été construits dans 18 tours de 4 à 7 étages. Au début des années 2000, 4 de ces tours ont été démolies lors d’une rénovation lourde de 7 millions d’euros. En 2012, le bailleur social prend la décision de détruire 11 des 14 immeubles restants. Cette décision s’explique pour le bailleur par le manque d’attractivité de ces bâtiments, alors même qu’ils ne sont pas insalubres.  Aujourd’hui, il reste 5 immeubles vides ainsi que 2 immeubles habités prévus à la démolition d’ici 2024. Seules 3 tours subsisteraient à cette échéance.


Quartier du Levant – Les Andelys (©APPUII)

Un collectif s’est formé en lien avec la Confédération Nationale Logement 27, qui a pour objectif de négocier la non-démolition de ces tours, tandis que le bailleur ainsi que la Mairie cherchent à reloger ces habitants par tous les moyens.

Le collectif conteste les démolitions et dénonce le l’absence de concertation. En effet, il semble qu’aucune charte de relogement n’ait été négociée avec les habitants.

Concernant le futur projet urbain, si la Mairie a bien organisé une réunion publique en visioconférence le 18 Mai 2021, elle n’a pas pris en considération la fracture numérique très présente dans ce quartier, et ainsi, l’impossibilité pour les habitants d’être informé. Un atelier habitant s’est, quant à lui, déroulé le 15 juin 2021 où un seul locataire du quartier du Levant était présent.

Dans ce contexte le collectif a sollicité APPUII pour les accompagner afin d’obtenir une concertation sur la démolition prévue sur les tours 12 et 16, ainsi que dans le cadre des orientations d’aménagement et de programmation de ce même quartier. Faisant suite à ce courrier, une réunion a été organisée le 19 octobre 2021 entre 3 membres du collectif, APPUII, le bailleur social mon logement 27 et la mairie. Cette réunion a été l’occasion pour le collectif d’identifier les points de désaccord avec la mairie et le bailleur. Il a pu rappeler son souhait de ne pas voir ces démolitions afin de permettre aux habitants de rester vivre dans le quartier et au regard du coût environnemental élevé de ce type d’opération. Le collectif a également pu réagir à la démarche de concertation proposée par la mairie dans le cadre de l’OAP faisant part de son souhait de ne pas être uniquement dans de l’information mais d’être véritablement dans de la co-construction. Leurs propositions ne semblent pas avoir été entendues. 

Pour plus d’informations sur le projet vous pouvez nous contacter : associationappuii@gmail.com

Bois de l’Étang (La Verrière, 78) : La réhabilitation sans démolitions est une nécessité pour lutter contre le réchauffement climatique

Selon une étude, seuls 17% des bâtiments démolis nécessiteraient réellement de l’être. Avec l’aide d’un chercheur de l’École des Mines de Paris, spécialiste de la thermique des bâtiments, APPUII a comparé le bilan carbone du projet de démolition-reconstruction prévu par la mairie dans le quartier du Bois de l’Étang (La Verrière,78) à celui d’une hypothétique réhabilitation défendue par les habitant-es. Le constat est édifiant : en 30 ans, le projet porté par la municipalité génèrerait de 20% à 45% de plus de gaz à effet de serre que la proposition alternative.

Évolution des émissions de CO2 par m2 au Bois de l’Étang au cours des 50 prochaines années

Lors de la COP 21, le gouvernement français s’est engagé à passer à la neutralité carbone d’ici 2050. Il a renouvelé cette volonté lors de la convention citoyenne pour le climat en demandant aux 150 citoyens tirés au sort de faire des propositions pour réduire de 40% nos émissions d’ici 2030 dans un souci de justice sociale. Le secteur du bâtiment est un enjeu majeur dans cette lutte contre le changement climatique car il représente environ 12%  des émissions de gaz  à effet de serre en France[1]. Alors que la rénovation thermique des bâtiments est pointée comme une priorité majeure, la politique de rénovation urbaine portée depuis 2003 a engagé la démolition de dizaines de milliers de logements, dont la majorité est encore en bon état, contre tout bon sens écologique. En effet, selon une étude scientifique[2], seuls 17% des bâtiments détruits nécessiteraient réellement de l’être.

À ce titre, le cas du quartier du Bois de l’Étang est illustratif ! La municipalité, en partenariat avec l’État, prévoit la démolition et la reconstruction d’un tiers des logements (212) dans ce petit quartier de grands ensembles. Les autres doivent être réhabilités (404). Mais quelle solution, de la démolition-reconstruction ou de la réhabilitation, est-elle la plus vertueuse écologiquement ? Nous avons demandé à un spécialiste de nous aider à comparer le bilan carbone du projet de démolition-reconstruction à celui de la réhabilitation thermique totale des bâtiments sans démolition, en tenant compte de leur durée de vie. Bruno Peuportier[3], chercheur à l’école des Mines de Paris, nous a fourni des données issues d’une étude menée en collaboration avec l’université de Saragosse[4]. Sur la base de ces données, dans le cas du Bois de l’Étang, une réhabilitation thermique ambitieuse (besoins de chauffage de l’ordre de 50 kWh/m2 par an[5]) sans démolition de l’ensemble des immeubles (besoin actuel de chauffage d’environ 180kWh/m2 par an) permettrait d’éviter l’émission de  31200 tonnes de C02 sur les 30 prochaines années.

Aujourd’hui, la municipalité et l’État prévoient de démolir un tiers des logements (212) du quartier et de les reconstruire dans d’autres territoires et de réhabiliter les autres logements restants. Dans cette hypothèse, les émissions de gaz à effet de serre seraient de 20% à 45% supérieures à la réhabilitation sans démolition, en fonction de l’ambition énergétique prévue pour les nouveaux bâtiments : besoins de chauffage de 15 ou 35 kWh/m2 par an. Dans le meilleur des cas, c’est-à-dire en reconstruisant des bâtiments passifs, ce sont plus de 1400 tonnes de CO2 émises en plus. Ce différentiel atteint 3000 tonnes de CO2 sur 30 ans (soit l’équivalent de 3000 aller-retour entre Paris et New York) si les nouvelles constructions sont simplement au niveau règlementaire, comme cela semble être le cas pour le projet de rénovation du Bois de l’Étang. La réhabilitation, plutôt que la démolition/reconstruction, même de logements très performants, permet d’être encore plus volontariste que ce que prévoit le label E+C-, le plus exigeant en France en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

La démolition et la reconstruction de logements n’ayant qu’une cinquantaine d’années alors qu’ils disposent d’une durée de vie de 150 à 200 ans sont aberrants d’un point de vue environnemental. Il n’est plus possible d’envisager la rénovation des quartiers populaires par la démolition systématique. La lutte contre le changement climatique à court, moyen et long termes doit passer par des réhabilitations thermiques volontaristes sans quoi notre planète ne sera rapidement plus vivable.

Si vous souhaitez plus d’informations sur cette étude, vous pouvez contacter l’association APPUII : associationappuii@gmail.com


[1] CITEPA, Répartition sectorielle des émissions de gaz à effet de serre en France en 2019, rapport Secten 2020, 2020

[2] B. Marteinsson, Service Life Estimation in the Design of Buildings, University of Gävle, 2005.

[3] Il anime l’équipe Éco-conception et thermique des bâtiments. Ingénieur, docteur et HDR, il est titulaire de la Chaire ParisTech Éco-conception des ensembles bâtis et des infrastructures, et professeur d’énergétique des bâtiments à l’École des Ponts ParisTech.

[4] Palacios-Munoz B., Peuportier B., Gracia-Villa L., López-Mesad B., The importance of estimating lifespan in LCA of buildings: The case of refurbishment vs. new construction, Building and Environment, vol 160, August 2019, https://doi.org/10.1016/j.buildenv.2019.106203

[5] Cette valeur est celle observée dans le cadre d’une réhabilitation équivalente réalisée par les architectes Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal à Bordeaux (entretien réalisé par les auteurs).

Solidarité Covid (Yvelines) : une première réunion de mise en réseau riche en échange !

Dimanche 17 octobre s’est tenue la première réunion de mise en réseau des acteurs de la solidarité. Soutenue par la Fondation Abbé Pierre, cette première réunion a rassemblé une vingtaine de personnes de 10 associations de l’intercommunalité de Saint-Quentin en Yvelines et au-delà (nord Yvelines). Ce moment a été l’occasion d’une part d’identifier les besoins de ses associations pour faciliter leurs actions de solidarité auprès des plus démunis. D’autre part, cela a été l’occasion de restituer les résultats de l’enquête menée depuis un an par APPUII. Enfin, cela a permis de se rencontrer réellement, d’échanger sur l’opportunité de nouvelles collaborations et de mutualiser les actions solidaires.

Des associations très différentes étaient réunies ce dimanche dans les locaux de l’une d’entre elles à Trappes qui est Fodol. Certaines sont très structurées et œuvrent depuis de nombreuses années dans le champ de l’aide humanitaire (comme Fodol France) d’autres qui agissent à une plus petite échelle, comme c’est le cas de la dizaine de femmes de l’association Cœur de l’humanité qui réalise des maraudes à Paris et des distributions alimentaires à Trappes.

A l’initiative des associations Elancoeur et APPUII, l’enjeu de cette première réunion était de se connaitre. De nombreuses associations ou collectifs d’habitants œuvrent dans le champ de la solidarité sans pour autant se coordonner. Cela peut parfois générer certains conflits et rendre moins efficaces les actions. Ainsi, après un premier tour de table, chaque association a pu partager certaines de ces difficultés. Certaines ont pointé le manque de (in)formation sur les questions d’hygiène, notamment lorsqu’on réalise des distributions alimentaires. D’autres ont signalé la difficulté à mobiliser des bénévoles dans le temps long. Ainsi, des pistes de formations sur les questions d’hygiène sont envisagées, tout comme la mutualisation des bénévoles lors de distribution.

A la suite de ces échanges, Mohamed et Romain ont pu restituer les résultats de la première année de travail de diagnostic et de rencontres avec des acteurs de proximité plus ou moins formels. Ces résultats partagés ont permis de poursuivre les actions à mettre en œuvre collectivement afin que les actions de ces acteurs soient reconnues à leur juste valeur, comme le souligné le récent rapport de l’Observatoire national de la politique de la ville (ONPV). Riche de ces échanges, les différentes associations ont proposé de se rencontrer plus régulièrement et d’intégrer d’autres structures volontaires pour continuer ce travail partenarial.

« Il y a un enjeu à reconstruire les données avec les habitants des quartiers populaires »

Jeudi 21 octobre, Mohamed Ragoubi, militant associatif et membre fondateur d’APPUII, participait à l’évènement «le numérique en commun[s]». Lors d’une table ronde avec avec Cécile Le Guen, de la Direction interministérielle de la transformation publique, Nathalie Eltchaninoff de l’IGN et Antoine Courmont de Sciences Po, ils ont échangé sur les enjeux de la « citoyenneté à l’heure de l’open Data.

Numérique en commun

La table ronde dans laquelle intervient APPUII débute à 1heure et 21 min.

Valibout (Plaisir, 78) : « A peine réhabilités, déjà démolis »

Le comité de locataires (DAL 78) du Valibout à Plaisir se mobilise pour comprendre et prendre part au projet de rénovation urbaine qui prévoit des reconfigurations importantes. Ce projet “d’écoquartier” prévoit notamment la démolition de 56 logements qui sont en cours de réhabilitation. Samedi 18 septembre, à la suite d’une visite du quartier, une cinquantaine d’habitant.es se sont réunis autour du comité pour échanger autour de ce projet peu concerté.

©APPUII – Jo Blount

Des habitant.e.s dans le quartier du Valibout à Plaisir cherchent à comprendre un projet de rénovation urbaine dans le quartier pour lequel ils est elles n’ont toujours pas été concerté.e.s. Construit dans les années 1960, le quartier du Valibout compte environ 3 500 habitant.e.s. Il s’organise en 1075 logements sociaux. Ayant déjà fait l’objet des projets de rénovation entre 2010 et 2017, le Valibout est aujourd’hui retenu pour un nouveau projet de renouvellement (NPNRU) porté par la mairie depuis 2015 et validé en 2019. Ce projet prévoit de grandes transformations dans le tissu urbain du quartier avec notamment la création de 7 nouvelles voiries, la réorganisation totale de l’offre commerciale et la démolition de 56 logements et de l’école maternelle. Ces mutations risquent d’impacter lourdement les habitant.e.s du quartier, sans qu’ils que ces derniers aient eu leur mot à dire. L’association de locataires du Valibout a donc fait appel à APPUII pour un accompagnement technique.

Fin août, des membres de l’association de locataires ont rencontré APPUII pour un premier temps d’échange autour du projet. Dès cette première réunion, les représentant.e.s d’habitant.e.s ont signalé des désaccords et des contradictions quant au diagnostic et aux objectifs du NPNRU. En l’occurrence, les éléments du projet (l’enquête sociale, les orientations stratégiques, les actions visées, etc.) ne semblaient pas répondre aux besoins des habitant.e.s, mais plutôt aux priorités de la municipalité, surtout en matière d’attractivité territoriale.

À la suite de cette lecture du NPNRU, l’association de locataires a décidé de continuer la mobilisation en invitant APPUII dans le quartier. Samedi 18 septembre, APPUII et l’association des locataires ont effectué un parcours commenté dans lequel cette dernière a souligné les attributs, les dysfonctionnements, mais aussi les points forts du quartier. En particulier, plusieurs enjeux urbains ont été soulevés par les habitant.e.s, dont des voiries dégradées, une offre de stationnement mal organisée, la suppression des locaux associatifs et équipements publics et des travaux de réhabilitation mal gérés. Sur ce dernier point, il a surtout été souligné une aberration économique, écologique et sociale. Certains immeubles en cours de réhabilitation sont prévus à la démolition. En même temps, cette balade urbaine a permis de rendre compte des atouts du quartier, tels que des appartements spacieux et de vastes espaces publics, qui peuvent être valorisés et renforcés dans le cadre d’un futur projet de renouvellement urbain.

Après ce parcours de 2 heures, l’association de locataires a organisé une réunion publique dans la place centrale du quartier, rassemblant une cinquantaine d’habitant.e.s. Après avoir présenté les aspects du NPNRU (démolitions, nouvelles routes, fusion des écoles, etc.), l’association a pointé le besoin d’un réel processus de co-construction qui associe les habitant.e.s à la définition du projet. De nombreux habitants découvraient pour la première fois le projet. Ils étaient notamment surpris par la création de nouvelles routes notamment justifiée pour répondre aux problèmes de délinquance. Ainsi, comme le prévoit la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine, un vrai travail d’information et de coconstruction du projet avec les habitant.es est nécessaire.

©APPUII – Jo Blount

APPUII va continuer à accompagner les habitant.e.s du Valibout dans leur revendication d’un projet urbain construit pour et avec les habitant.es du quartier.

Si vous souhaitez plus d’infos sur le projet, vous pouvez contacter :

  • Comité DAL 78 : comitedal78@gmail.com
  • Association APPUII : associationappuii@gmail.com

Cité Gagarine (Romainville, 93) : Pour une concertation sur la démolition de tous les bâtiments !

Le collectif Gagarine Résiste et l’association Avenir ont fait appel à APPUII depuis pour les soutenir face à un projet de rénovation urbaine qui prévoyait la démolition de 9 bâtiments sur 12. Après les dernières élections municipales, la démolition de 6 bâtiments est remise en concertation, mais 3 doivent toujours être démolis. Les locataires de ces bâtiments restent mobilisés face à ces démolitions qu’ils jugent injustes. 

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Bâtiment H prévu à la démolition – © Gagarine résiste

En 2013, la municipalité engage les premières réflexions sur la rénovation urbaine du quartier. Le projet prévoit alors la démolition de 9 des 12 bâtiments du quartier, ainsi que la démolition du centre commercial et de l’école de maternelle et primaire. Pour cette dernière, sa démolition et reconstruction est d’ores et déjà achevée. Les trois tours restantes doivent être réhabilitées et le projet prévoyait la construction de 965 logements, dont 244 en locatif social. Le pourcentage de logements sociaux devrait passer de 100% à 44% dans le quartier. Ce projet interroge la capacité de la collectivité à reloger les habitants délogés à proximité de leurs lieux de vie dans de bonnes conditions.  

La cité Gagarine est un quartier de grands ensembles situé dans la ville de Romainville en Seine-Saint-Denis. Composée de 780 logements sociaux, elle est un des plus grands quartiers populaires de la ville. 

Les élections municipales de juin 2020 ont propulsé François Dechy maire de Romainville dans une promesse de rupture par rapport à l’ancienne équipe municipale. Il valide, dans la continuité de l’ancienne équipe, la démolition des bâtiments B, D et H et la réhabilitation des tours A, G et I. Cependant, il décide d’entamer une nouvelle concertation pour les 6 autres bâtiments restants. 

Le collectif Gagarine Résiste et l’association Avenir restent opposées à la démolition des bâtiments D et H, le bâtiment B étant quasi vide. En effet, ils interrogent la pertinence de ces démolitions. D’une part, la qualité des logements ne justifie en aucun cas une démolition, bien au contraire, une recherche récente montre qu’on construit moins bien aujourd’hui. D’autre part, les arguments urbains, relatifs au désenclavement, n’apparaissent pas non plus tout à fait pertinents. Enfin, le choix unilatéral de cette opération sans concertation digne de ce nom questionne quant à la légitimité du projet. 

Aujourd’hui, un dialogue existe avec la municipalité. Plusieurs réunions ont eu lieu dans différents formats sans pour autant répondre aux revendications des habitants. Les engagements partenariaux avec l’ANRU, le bailleur et l’intercommunalité, engagés avant cette nouvelle mandature rendent difficiles ces négociations. Les discussions ouvertes par la mairie doivent être l’occasion de rediscuter les différents éléments de ce projet et de requestionner profondément la philosophie de la rénovation urbaine. 

Etouvie (Amiens-80) : La participation à l’épreuve des faits

Alors que les rencontres européennes de la participation ont lieu du 13 au 17 septembre 2021 à Amiens, des associations du quartier d’Etouvie se mobilisent pour dénoncer l’absence de prise en compte de la parole des habitants dans le cadre du projet de rénovation urbaine du quartier. Nous reproduisons ici leur communiqué détaillant les 9 conditions nécessaires à la participation des habitants.

Amiens accueille les rencontres européennes de la participation. Des élus, des professionnels et peut-être des citoyens vont venir de loin pour échanger sur les bonnes pratiques participatives. Dans le quartier d’Etouvie, comme dans d’autres quartiers, des habitants et des associations tentent de s’impliquer mais sont confrontés depuis des années à un manque de dialogue avec les élus locaux. La plupart des habitants n’y croient plus et jugent inutile de participer et de se mobiliser car, pour eux, tout est décidé d’avance.

Quatre associations ont engagé en 2008 un travail avec des habitants sur la rénovation urbaine d’Etouvie, quartier qui a compté jusqu’à 3000 logements HLM. Après deux bilans de la concertation difficile en 2011 et en 2015, le collectif associatif a exprimé en 2017 neuf conditions nécessaires à la co-construction. Elles ont été validées par le conseil citoyen d’Etouvie le 26 juin 2017. Elles n’ont eu aucun écho des élus locaux.

Le Comité de quartier Etouvie Renouveau invite à en parler

Comment coconstruire la rénovation urbaine d’Etouvie et la gestion quotidienne du quartier (entretien, tranquillité, sécurité)

9 conditions nécessaires

1. On sait rarement plus de 3 semaines à l’avance qu’un sujet va être soumis à « concertation » à telle date. On ne sait jamais quel délai de réflexion sera donné, quand et comment sera prise la décision. Il nous est donc impossible de nous organiser pour nous documenter, pour susciter la parole et la réflexion des habitants et des associations.

D’où la première condition de la co-construction : établir au départ un accord entre les partenaires de la coconstruction sur :
– l’objet de la concertation envisagée,
– le calendrier et les étapes de concertation de A à Z,
– les sujets à aborder et la méthode de concertation.
Préciser dans cet accord:
– ce qui sera mis en débat, ce qui ne sera pas négociable,
– quand et comment sera prise la décision,
– comment la collectivité ou le bailleur et les associations s’engagent  à informer et mobiliser les habitants pour qu’ils donnent leur avis et expriment des besoins et des propositions.

2. On découvre toujours en réunion les documents projetés à l’écran. On repart presque toujours sans ces documents. On ne peut donc pas y réfléchir posément et les montrer à des personnes absentes mais concernées. On n’obtient pas toujours les documents qu’on demande même s’ils sont publics, comme ceux qui ont fait l’objet d’une délibération du conseil municipal ou d’agglomération.

D’où la deuxième condition : obtenir toutes les informations nécessaires à la compréhension du sujet et à la réflexion.

3. On nous laisse très rarement le temps d’aller à la rencontre des habitants et d’élaborer collectivement des propositions. Cela nécessite des semaines ou des mois. Pas plus que le temps pris par les services pour étudier les projets. Mais on arrive toujours à la fin de la préparation du projet et on nous dit que notre avis arrive trop tard. Il ne nous reste plus qu’à faire une pétition contre la décision qui ne changera pas.

D’où la troisième condition : avoir le temps de mener des réflexions et de rencontrer les habitants.

4. Quand on propose autre chose que la solution ou les variantes qui nous sont présentées, on nous dit toujours que ce n’est pas possible techniquement ou financièrement ou que c’est inacceptable par l’ANRU. Quand on peut, on tient bon, on prend des mesures sur place, on mène des enquêtes, on rencontre discrètement des experts et on dessine des solutions. On gagne parfois. Ce qui était jugé impossible s’avère possible et pas coûteux. Il a fallu dépenser une énergie considérable et oser aller à contre-courant.

D’où la quatrième condition : avoir la possibilité de faire étudier des variantes ou des contrepropositions et de faire intervenir éventuellement un professionnel neutre.

5. On ne sait jamais si les techniciens sont autorisés à répondre à nos questions et à nos demandes de documents, s’ils vont répondre à nos mails. Passer par les élus est long, compliqué et souvent sans résultat.

D’ou la cinquième condition : avoir des interlocuteurs disponibles joignables par mail et par téléphone pour obtenir des informations, des documents et discuter sur les détails des modalités de concertation.

6. Quand il faut des mois pour recevoir une réponse à un courrier ou pour obtenir un rendez-vous avec les élus, le dialogue est impossible dans les délais fixés pour la préparation des projets.

D’ou la sixième condition : obtenir des réponses aux courriers et des rendez-vous dans des délais raisonnables.

7. Les discussions sont la plupart du temps déséquilibrées. Il y a ceux qui savent, qui ont réponse à tout et qui font comprendre qu’il est déplacé d’insister sur des désaccords. Ils sont souvent sur une estrade avec un micro. Ils sont souvent aussi nombreux (élus et professionnels) que les habitants présents.

Il n’y a pas de compte-rendu des discussions contradictoires. Le magazine hebdomadaire de la collectivité publie des reportages qui ne disent rien des débats contradictoires, ce qui est une manière d’ignorer délibérément les arguments avancés par les habitants et leurs associations.

D’où la septième condition : avoir des temps de discussion équitables :
-on nous écoute, on nous fait confiance sans nous écraser,
-les arguments différents ou contradictoires sont notés précisément et intégrés dans un compte-rendu à valider et à diffuser.

8. Il n’y a quasiment jamais eu de temps de discussion approfondie et argumentée autour d’une table sur les points de désaccord. On découvre après coup ce qui a été décidé.

D’où la huitième condition : avoir des temps de négociation sur les points de désaccord.

9. Même s’ils y sont théoriquement obligés dans les enquêtes publiques et les concertations préalables obligatoires, les élus ne font jamais état de la manière dont ils ont pris en compte les arguments des habitants et des motifs de leur choix (sauf quand le projet est consensuel). Les désaccords sont évacués, niés. L’enrichissement éventuel du projet par la concertation n’est même pas valorisé. Cela ne peut que conforter les habitants dans leurs propos habituels :  « Ça ne sert à rien de s’exprimer car tout est déjà décidé ».

D’où la neuvième condition : disposer au moment des délibérations et des décisions des élus :
-d’un bilan de la concertation avec les avis, propositions et arguments émis dans le      quartier,
– d’un exposé sur les motivations qui fondent la décision des élus, sur la manière dont a été prise en compte la concertation et sur l’enrichissement du projet obtenu par la coconstruction.

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Offre d’emploi – chargé de mission assistance technique citoyenne

Vous êtes intéressé.e par les questions d’urbanisme et vous souhaitez vous engager dans une association dynamique au service des habitants touchés par des grands projets d’urbanisme ? Nous recrutons un chargé de mission pour novembre 2021. Plus d’infos ici.

Le CV et la lettre de motivation sont à envoyer à associationappuii@gmail.com avant le 30 septembre 2021.

APPUII et Réseau-SUD : une coopération fructueuse

Le 2 juillet dernier, une soixantaine de personnes se sont rassemblées autour d’une construction en bois dans la cité Pierre Semard. Pensée comme une scène publique, cette structure abritait une discussion entre des habitant.e.s de la cité, l’architecte qui l’a construite, des professeurs de l’ENSA PLV et leurs étudiant.e.s. Ce festival en plein air était l’occasion d’inaugurer les deux projets construits par les étudiant.e.s et les habitant.e.s en soutien à une mobilisation des locataires contre la démolition d’une partie de leur quartier. Elles sont en effet la concrétisation de plusieurs mois de coopération entre APPUII, le Réseau-SUD – pratiques et pédagogies coopératives et les habitants du quartier. Depuis une dizaine, ces acteurs se mettent au service de projets citoyen socialement et environnementalement responsables. 

© APPUII

Ce modèle de coopération n’est pas seulement complémentaire au travail d’APPUII, mais constitue une dimension intégrale de sa mission. Depuis sa fondation, l’association met l’action pédagogique au cœur de son engagement. Convaincue que l’enseignement et la recherche dans le champ urbain s’enrichissent énormément quand ils sont informés par des actions menées aux côtés des habitant.e.s, APPUII maintient aussi que les connaissances et ressources des acteurs universitaires peuvent et devraient être mises au service de la société civile, et surtout des populations tenues à l’écart des processus démocratiques. Pour ces raisons, l’association s’implique depuis 2015 dans la branche Pédagogies coopératives du Réseau SUD, un dispositif dont le but est de favoriser les démarches de coconstruction et de partage de connaissances entre le milieu académique et les quartiers populaires.

Dans cet article, Jo Blount, membre d’APPUII, revient sur une dizaine d’années de coopérations fructueuses.