Yvelines (78) : Comprendre et accompagner les nouvelles formes de solidarité face à la crise sanitaire

L’association APPUII engage en partenariat avec la Fondation Abbé Pierre, une mission d’accompagnement des nouvelles formes de solidarité émergentes à la suite de la crise sanitaire. Ce travail vise à comprendre et soutenir les démarches collectives engagées dans les quartiers populaires de Trappes, Poissy, La Verrière, Plaisir et Mantes la Jolie.

La crise sanitaire qui touche l’ensemble du territoire français a frappé plus durement les quartiers populaires. Alors que les inégalités sociospatiales ne cessent d’augmenter, les acteurs de terrains ont dû souvent agir (et continuent) sans attendre d’éventuelles directives nationales. Dans ce contexte, cette situation inédite a profondément transformé les formes de solidarités[1]. On assiste ainsi à renouvellement des bénévoles, souvent dans le cadre d’un primo-engagement, et à une multiplicité des formes de solidarité, souvent non organisées et fondées sur la proximité. 

Dans ce cadre, l’association APPUII voit ses sollicitations se multiplier de la part d’associations et de collectifs pour accompagner et soutenir ces transformations. Ces demandes, portant initialement sur les questions de logement et d’urbanisme, s’élargissent à des questions plus organisationnelles et stratégiques sur des solidarités de proximité ou des questions plus largement socio-économiques dans un contexte de paupérisation.

Dans les Yvelines, les sollicitations se multiplient depuis plusieurs années. Face à l’urgence de la situation, APPUII avec le soutien de la Fondation Abbé Pierre s’engage à comprendre et accompagner les démarches de solidarité le souhaitant. Pour cette mission d’une durée de trois ans vise à :

1/ Faire un diagnostic des associations et dynamiques citoyennes intervenantes sur les questions de logement dans les quartiers populaires des Yvelines. Il identifiera les défis auxquels elles sont confrontées et observera leurs adaptations.

2/ Accompagner les transformations de l’engagement et des modalités d’intervention des collectifs et associations. L’enjeu sera d’établir et de consolider les liens avec des réseaux de l’Économie sociale et solidaire, des initiatives de santé communautaire, des fédérations de locataires et des réseaux de solidarité.

3/ Réaliser des préconisations. Il pourra alimenter le rapport sur le mal-logement de la Fondation Abbé Pierre. L’ensemble de ce travail pourra fournir un éclairage spécifique sur certains quartiers populaires. Des échanges pourront être prévus avec la Fondation Abbé Pierre.

L’ensemble de ce travail sera accompagné d’un comité de pilotage composé de chercheur-es, acteurs institutionnels des villes concernées et acteurs associatifs locaux.

Si vous êtes intéressé par cette démarche, n’hésitez pas à contacter Mohamed Ragoubi (mragoubi.appuii@gmail.com), en charge de la mission ou directement l’association à associationappuii@gmail.com


[1] Ettore Recchi and Tommaso Vitale, 2020, “La solidarité au temps du Covid-19 : vers de nouveaux engagements,” The Conversation. Adresse : https://theconversation.com/la-solidarite-au-temps-du-covid-19-vers-de-nouveaux-engagements-139361 [Accessed : 11 June 2020].

Le Bois de l’Etang (La Verrière – 78) : un projet de rénovation urbaine pour une conservation et une nouvelle transformation

Dans le cadre d’un partenariat entre APPUII et l’ENSA Paris La Villette, nous donnons la possibilité à des étudiant.es de présenter leurs travaux de fin d’études lorsque ceux-ci se sont distingués par leur qualité et l’approche choisie par les étudiant.es. Troisième volet avec Ryad Mahdi et Ayoub Bennyettou qui ont travaillé avec les habitants et usagers du quartier du Bois de l’Étang à La Verrière (78).

Le quartier du Bois de l’Étang – Photo de Ayoub et Ryad

Au début des années 70, la ville de la Verrière (Yvelines) construit le quartier du Bois de l’Étang pour répondre au besoin de logement des ouvriers Renault. Le quartier compte 617 logements répartis en 4 barres de 9 étages et 6 tours de 13 étages, implantés selon le principe de construction moderne d’après-guerre. Ce nouveau quartier modifie en profondeur la petite commune de 6 000 habitants majoritairement composée de pavillon.

Si la problématique a pu évoluer au cours de notre travail, l’intention de départ est restée la même. Notre apport aux habitants du quartier du Bois de l’Étang devait donner un regard nouveau sur les enjeux qu’ils veulent mettre en avant et notre projet de fin d’études devait aboutir à une, ou des propositions spatiales, qui leur permettront d’étayer des solutions qui leur ont été refusées jusqu’à aujourd’hui.

C’est pourquoi, avec le Collectif des Habitants du Bois de l’Étang et l’Amicale des Locataires du Bois de l’Étang nous décidons d’explorer un projet de conservation et de transformation des habitations du quartier en y in­tégrant les spécificités naturelles du site, mais aussi les questions d’usage de ces nouveaux espaces.

Un quartier enclavé et un clivage profond autour de sa démolition

Dès 2014, le projet de rénovation du Bois de l’Étang suscite un clivage entre les habitants du quartier et la mairie de la Verrière. À la suite à une première fuite des échanges entre l’ex-maire et le préfet de l’époque dans lequel on parle d’une « démolition partielle » du quartier, la discorde s’installe entre les deux camps.

Les habitants du Bois de l’Étang créent alors un collectif pour défendre leurs intérêts et exprimer leur refus du futur projet de rénovation urbaine. Le collectif soutenu par l’Amicale des Locataires du Bois de l’Étang affirme qu’il n’a pas été concerté. De même, dans une forme d’attachement à leur quartier, les habitants du quartier refusent d’être forcés à le quitter et être relogés dans des villes lointaines. Par ailleurs, ils trouvent le nouvel axe est-ouest censé diviser le quartier en deux et servir de nouvelle route d’accès à la ville bien plus dangereux aux piétons et aux enfants du quartier.

Très actif, le collectif publie une gazette dédiée au projet de rénovation et multiplie les réunions de sensibilisation aux habitants du quartier.

De l’autre côté, les partisans du projet de démolitions (dont une majorité de la mairie ainsi que le préfet des Yvelines de l’époque) avancent que l’axe est-ouest proposé permettra de lier l’entrée de la ville, le quartier du Bois de l’Étang et ses quartiers voisins. La démolition partielle permettra aussi, selon eux, de diversifier l’offre en équipement et de développer un maillage plus classique du secteur.

Le bailleur Seqens (ex-Domaxis) reste quant à lui silencieux tout au long de la controverse et prône la neutralité bien qu’il soit le premier concerné par le projet de rénovation du Bois de l’Étang du fait qu’il gère l’ensemble des 617 logements sociaux du quartier.

L’intervention des acteurs intermédiaires et l’absence de concertation

Dans un second temps, les deux parties font appel à différents acteurs intermédiaires pour appuyer leurs positions respectives. Pour la mairie, un consultant réalise un diagnostic socio-urbain sans projection spatiale. L’agence d’Architecture RVA est mandatée pour esquisser la rénovation du quartier. Les 4scénarios prévoient la démolition partielle. En parallèle, le Collectif et l’Amical des locataires font appel de leur coté à l’association APPUII pour préparer une feuille de route alternative pour le futur projet de rénovation.

Face aux vifs échanges qu’a suscité la démolition partielle, le projet est arrêté, puis la maire finit par se déclarer publiquement pour la conservation totale du quartier.

Dans ce contexte, nous décidons d’appuyer les habitants du Bois de l’Etang, en réalisant concrètement un projet alternatif. Il s’agit alors de travailler sur une proposition spatiale de la transformation du quartier qui comprend une conservation totale des tours et des barres. Pour ce faire, nous partons de l’échelle du logement en interrogeant les rapports entre intérieur et extérieur.

Une rénovation dans la concertation et sans démolition, une option jamais proposée jusque-là

Une fois le déconfinement sanitaire amorcé, nous avons mis en place 3 outils de travail sur le terrain. Les relevés habités permettent d’abord d’analyser les usages actuels à l’échelle du logement. Ensuite les balades urbaines effectuées avec le collectif et l’amical et quelques habitants nous permettent d’analyser les relations entre les logements et leur insertion dans le quartier et le site à une échelle plus large. Enfin, les réunions de travail en présentiel permettent de revenir sur les remarques et les points abordés et hiérarchiser les enjeux analysés sur site.

Visiter…écouter…dessiner/noter

Chaque cage d’escalier distribue un appartement T2 et un T3. L’accès pour chaque appartement se fait par le centre avec la cuisine située à l’est et les espaces séjour et chambre située à l’ouest. Pourtant l’emplacement, les dimensions des ouvertures ainsi que les pratiques dues aux manques de confort par l’ensoleillement (rideaux fermés toute la journée) font perdre à cet appartement ses qualités de double orientation. Si les surfaces des espaces restent généreuses (50m² pour un T2) ces derniers sont très peu qualifiés par la lumière du soleil. La hauteur sous plafond faisant 2m50, l’impression d’enfermement est d’autant plus accentuée.

De la fenêtre de la cuisine condamnée au canapé en L qui tourne le dos à la façade dans le séjour, les usages relevés démontrent une relation entre l’intérieur et l’extérieur presque inexistante. Au Bois de l’Étang, on vit au 8e étage d’un bâtiment presque de la même manière qu’on vit en sous-sol.

Synthèse d’un relevé habité – réalisation Ryad et Ayoub

Des espaces extérieurs délaissés

Les balades urbaines à l’intérieur et autour du quartier font émerger différents constats. D’abord, La disposition actuelle des espaces végétalisés sous forme de haies et d’arbres à grande tige couplé au manque d’entretien ont aboutis à un accroissement non contrôlé de ces végétations. Ce délaissement a amené à des comportements d’incivilités (jet d’ordures dans les buissons sauvages) mais aussi à l’obstruction de certains passages piétons et accès aux parkings. Par ailleurs, le mobilier urbain, à la base très rudimentaire, est non seulement vétuste et inexploité mais renvoie une image dégradante du quartier. Avec l’absence d’espaces extérieurs au niveau des barres, le rapport entre l’environnement extérieur et les logements n’est possible qu’à travers des vues dérobées sur les logements à travers les fenêtres aux faibles dimensions. Les rez-de-chaussée sont pour l’ensemble aveugles à l’exception des portes d’accès aux halls et aux espaces d’associations.

Extrait du diagnostic en marchant – réalisation Ryad et Ayoub

Hiérarchiser les enjeux

Des réunions de travail ont été organisées avec les présidents du collectif du B.E de l’amicale des locataires avec la participation d’un habitant historique du quartier. Elles furent l’occasion de débriefer autour des balades urbaines faites précédemment et hiérarchiser les enjeux mis en avant.

L’ensoleillement et le confort lié à celui-ci ressortent en premier lieu. La nécessité d’une intervention sur la façade émerge rapidement. Cherchant à garder une réflexion globale, il ne s’agit pas seulement d’espaces extérieurs qu’on viendrait greffer sur le bâtiment existant, mais aussi la nature des rez-de-chaussée ou l’usage des toitures. Par cette intervention, il s’agit de répondre à des « usages ciblés » précédemment : espaces extérieurs ventilés, rangements ou protection des pigeons, etc.

Perspective du nouveau bâtiment réhabilité – réalisation Ryad et Ayoub

Lors des précédentes étapes de relevés, de visites et d’entretiens, nous avons pu « cibler » certains enjeux dont le rôle est d’aboutir à un espace extérieur pratique et aux usages multiples.  Ces enjeux ont été classés selon qu’ils soient soulignés par le Collectif, déduits ou suggérés par nous-mêmes.

Nos réunions de travail ont permis de les hiérarchiser selon leur degré d’importance aux yeux des habitants. Nous proposons ensuite d’en débattre avec les membres du collectif, de l’amicale et quelques habitants à travers des projections et des impressions A3, mais aussi par le biais du casque à réalité virtuelle.

Lors des ateliers de présentation aux habitants. Et pour des raisons financières, la greffe sur la façade suit un principe constructif par modules. Les nouveaux espaces extérieurs sont autoportants et complètement indépendants structurellement des bâtiments d’habitation.

La faisabilité et la durée des chantiers seront facilitées garantissant ainsi un minimum de perturbation pour les habitants du B.E lors du chantier de rénovation. Ce dernier fut aussi un sujet soulevé lors des réunions de travail avec le Collectif.

Perspective du nouveau bâtiment réhabilité – réalisation Ryad et Ayoub

Si vous souhaitez plus d’informations sur le projet, vous pouvez le retrouver en intégralité ici et .

Vous pouvez également contacter les protagonistes de ces projets par mail :
– L’un des architectes : Ayoub Benyettou : Benyettou.ayoub@gmail.com
– Le collectif du Bois de l’Etang : collectif.du.be@gmail.com

Séminaire : co-production sociale de la ville et recherche citoyenne (Copolis)

Appuii, avec d’autres associations, est partenaire du programme de recherche Copolis financé par l’Agence Nationale de la Recherche. Cette recherche portée par des universités françaises et brésiliennes analyse les formes de coproduction sociale de la ville dans les quartiers populaires et précaires de ces deux pays. Ce vendredi (20/11) à 16h se déroule la première séance du séminaire.

A une époque où la participation citoyenne et le développement durable sont fréquemment évoqués comme éléments susceptibles de modifier en profondeur les politiques urbaines, plusieurs paradigmes se sont succédé. Parmi eux, la co-production urbaine, nous paraît réellement porteuse de changement et d’émancipation. Loin de la participation citoyenne « descendante » mise en œuvre, si ce n’est promue, par la majorité des politiques publiques, de nombreux pays voient se multiplier des expériences de planification populaires et des initiatives de co-production urbaine réunissant acteurs de la société civile, universités, professionnels de l’urbanisme, parfois appuyés par des acteurs intermédiaires. Ces initiatives constituent des innovations sociales substantielles pour une transition vers la durabilité, notamment dans les quartiers populaires et précaires. A rebours de l’écologisation des technologies, CoPolis insiste sur l’importance de l’outillage de la coopération citoyenne pour un développement durable et une ville juste.

Ce séminaire prend acte du potentiel transformateur et émancipateur de la co-production urbaine et insiste sur le rôle joué par les universités dans la co-production des savoirs dans les démarches de projet et de résistance à certains projets d’aménagement. Il s’appuie pour ce faire sur la longue histoire de la coopération et de la prise en charge collective et communautaire dans les secteurs urbains et professionnels en France et au Brésil. Ce projet explore par ailleurs le potentiel de la co-production pour l’adaptation aux enjeux de durabilité et de justice sociale: réduction des vulnérabilités sociales et environnementales, construction de formes plus démocratiques de gouvernance, empowerment des populations précaires et effets cognitifs de la co-production des savoirs. Il s’agit d’évaluer de façon critique ses impacts sur la société civile et le tiers secteur ainsi que sur la production d’un « urbanisme solidaire de la transition ». Dans chaque séance du séminaire, ces thématiques et enjeux seront explorés à partir de travaux et d’enquêtes menés au Brésil et/ou en France. Les présentations aborderont successivement quatre grands questionnements.

I. Genèse et conditions de développement des collaborations

Dans quel cadre la démarche de co-production se déroule-t-elle ? Peut-on préciser la nature de la demande sociale ou de la commande et la façon dont elle a été formulée puis transformée par les parties prenantes ? Quelles ont été ses motivations ? Autour de quels enjeux scientifiques, pragmatiques et politiques les acteurs de la coopération ont-ils défini la commande ? Quel a été l’équilibre entre objectifs cognitifs, scientifiques et ceux de transformation sociale ? Comment sont-ils associés à des catégories d’acteurs différentes?

II. Les relations entre les contextes politico-institutionnels et les configurations organisationnelles des pratiques collaboratives

Quelle a été la répartition des tâches au sein du projet ? A quelles phases les partenaires universitaires ont-ils contribué et de quelle façon ? Quelle a été la gouvernance mise en place pour la démarche ? De quelle(s) manière(s) les rapports de pouvoir inégaux ont-ils été pris en compte ? Quels ont été les mécanismes conçus pour assurer un équilibre entre les différents acteurs ? Comment a-t-on cherché à donner une participation et une capacité d’intervention effective aux différents partenaires ? De quelles manières la crise sanitaire et le renouvelllement des modes de communication et des pratiques de travail qui en découle ont-ils transformé les démarches de co-production déjà existantes ?

III. organisation et circulation des savoirs au sein de ces collaborations et le rôle joué par les acteurs intermédiaires

Quelle a été la place de la recherche dans l’ensemble de la démarche ? Comment a-t-elle été organisée, définie ? Comment s’est effectué le choix des méthodes et avec quels objectifs ? Quel a été le degré d’ouverture du dispositif à la diversité de publics potentiels, notamment des publics éloignés de la recherche ? De quelle façon l’éventuelle auto-censure des « profanes » a-t-elle été anticipée ? Quel rôle ont joué les acteurs intermédiaires ? Quelles postures et quels outils ont été mis en place pour organiser le dialogue entre les différents acteurs aux objectifs différents ? Avec quels résultats ? De quelle façon la collaboration entre différents acteurs contribuent-elle à l’hybridation de savoirs existants et à la constitution de nouveaux ? (Les différents savoirs, leur constitution, leur hybridation, leur validation…) De quelle façon la recherche participative contribue-t-elle à une redéfinition des postures, des positions des uns et des autres parmi ces pluralités d’acteurs ?

IV. ce que les recherches participatives produisent

On se posera la question de la légitimité scientifique, sociale et politique de ces recherches. Par quelles instances, individus, groupes est-elle posée et éventuellement évaluée ? De façon associée, quelle place ce type de recherche fait-il à la « neutralité » axiologique et comment bouscule t-il la dichotomie entre neutralité et recherche engagée ? Quels outils employer pour garantir l’objectivation de la démarche ? Comment évaluer les impacts de ces recherches en matière de durabilité, transformation sociale et d’empowerment (pouvoir d’agir, capacitation) ? comment bouscule t-elle la dichotomie entre neutralité et recherche engagée ? Quels outils employer pour garantir l’objectivation de la démarche ? Comment évaluer les impacts de ces recherches en matière de durabilité, transformation sociale et d’empowerement (pouvoir d’agir, capacitation) ?

Séance 1 | 20 Novembre 2020 – 16h00
L’ANR Co-Polis : une recherche participative sur la co-production urbaine
Agnès Deboulet (Paris 8 – CEDEJ – LAVUE) & João Sette Withaker (FAUUSP – LabHab)
Les recherches participatives à l’épreuve du politique : un état de l’art
Maïté Juan (LISE – CNAM)

Séance 2 – Recherche-Formation | 14 Décembre 2020 – 16h00
Co-construire une charte de relogement. Le cas de Franc-moisin à St-Denis
Diangou Traoré et François Xavier Bradant (Collectif des habitants de Franc-Moisin)
Christine Bellavoine (Sociologue, responsable du Secteur des études locales à la ville de Saint-Denis)
Discutante : Claudette Lafaye (Paris 8 – LAVUE)

Séance 3 | 19 Janvier 2021 – 18h00
La recherche au défi de la participation. L’ANR Pop-Part, Les quartiers
populaires au prisme de la jeunesse : une recherche participative
Marie Hélène Bacqué (Paris Nanterre – LAVUE) & Jeanne Demoulin (Paris Nanterre – CREF)

Pour le droit à un logement digne : le combat de Sébastien A. à Montpellier

Le 2 Novembre, notre ami Sébastien A. a commencé une grève de la faim visant à dénoncer les conditions de vie actuelles du Foyer du Père Soulas à Montpellier où il réside mais aussi les solutions de relogement proposées. Outre l’insalubrité des conditions d’hébergement, il refuse ce qui lui est proposé, comme à tant d’autres, à savoir un logement plus cher et plus éloigné du centre. Son témoignage pointe aussi une dérive financière des associations en charge de l’habitat et de l’hébergement social.

Source de l’image : https://actu.fr/occitanie/montpellier_34172/montpellier-bras-de-fer-entre-sebastien-en-greve-de-la-faim-et-le-bailleur-social-adoma_37285101.html

Sébastien A., membre du Conseil d’Administration de l’association APPUII nous a déjà à plusieurs reprises alertés sur ses conditions de vie délétères et celles de tous les résidents du foyer du Père Soulas dont le bailleur Adoma assure la gestion [1] [2] [3]

Depuis lundi 2 novembre, excédé par ces conditions de vie au foyer et par les solutions de relogement proposées, il a entamé une grève de la faim. Si nous sommes inquiets pour sa santé, nous le soutenons dans sa démarche et dans ses revendications :

  • l’éloignement des classes populaires à l’extérieur des centres urbains,
  • l’inacceptable augmentation des loyers prévus,
  • la dégradation acceptée, voire programmée, de l’habitat populaire dont les foyers font partie

Nous demandons à Adoma, à la Préfecture de l’Hérault, à la Mairie de Montpellier d’agir au plus vite pour proposer un logement répondant aux besoins de Sébastien A. et d’engager une remise à plat du système d’hébergement aujourd’hui dysfonctionnel.

Nous avons regroupé l’ensemble des posts facebook de Sébastien A. dans un « journal de bord » afin de mettre des mots sur ce combat, SES MOTS.

Plaine Commune : comprendre les mutations du territoire

Jeux olympiques, Grand Paris Express, projets de renouvellement urbain : Plaine Commune connait des bouleversements importants de son paysage urbain et social. Déjà engagée auprès de diverses associations d’habitant.es du territoire, l’association APPUII s’engage dans une mission d’observation de ces transformations afin d’en développer ses connaissances et de favoriser la mise en réseau des différentes mobilisations.

Établissement Public Territorial, La Plaine Commune rassemble 9 villes de Seine-Saint-Denis (Aubervilliers, Saint Denis, La Courneuve, Saint Ouen, Villetaneuse, Epinay sur Seine, Ile Saint Denis, Stains et Pierrefitte). Ce territoire « populaire » de 435 000 habitants comporte 22 quartiers prioritaires de la politique de la ville. Il est touché par les grands projets urbains aux enjeux nationaux, régionaux et métropolitains : les JO de 2024, le Grand Paris Express et les 14 projets de renouvellement urbain soutenus par l’ANRU. Ces grands projets ont une réalité locale : ils déplacent des familles (relogement), changent leur environnement (démolition, construction, arrivée de ménages plus aisés) et leurs habitudes (transports, infrastructures, équipements..). Cette réalité est parfois violente et le plus souvent subie. En réponse, de multiples mobilisations dans les quartiers ont pris forme, figures de contestation ou du moins de revendications.

Référendum organisé au sujet de la démolition de 30 logements par les habitants de Franc Moisin (mars 2019)

Avec tous les bouleversements urbains et sociaux sur ce territoire, il devient nécessaire de faire un état des lieux des projets urbains et des mobilisations citoyennes qui leur sont associées. Ainsi, une équipe composée de plusieurs bénévoles de  l’association, une stagiaire et une volontaire en service civique s’est formée en octobre 2020. Cette mission proposera une première forme de restitution en février-mars.

Cet observatoire doit être un support ressources pour les collectifs et encouragera la mise en réseau des projets et des mobilisations. La recherche aura plusieurs échelles d’investigation, s’entremêlant et s’alimentant l’une l’autre.

Il semble important de comprendre les dynamiques globales du territoire, les enjeux et les stratégies à l’origine de ces projets portés à l’échelle nationale (ANRU et JO), à l’échelle régionale et métropolitaine (Grand Paris Express) et de l’intercommunalité. Pour prendre du recul par rapport à cet enchevêtrement de décisions et d’interventions. Il convient de se familiariser avec les documents d’urbanisme qui donnent les grandes lignes du développement souhaité pour le territoire. Territoire fortement observé et analysé, il semble nécessaire de rencontrer des chercheurs qui se sont penchés sur ces questions. Avoir leur regard nous permettra de comprendre ces enjeux et stratégies qui formatent et formateront dans les prochaines années la Plaine Commune.

Gare de Saint Denis – Pleyel : travaux en cours pour le Grand Paris Express
(https://www.lemoniteur.fr/photo/a-saint-denis-pleyel-le-grand-paris-entre-en-gare.2093636/proche-des-voies-ferrees-de-la-gare-sncf.1#!)

Comprendre cette échelle « plus globale » s’accompagne évidemment d’une connaissance du terrain d’études : arpentage des quartiers, recherches de données sur les projets urbains en cours et rencontres avec les mobilisations. Au vu du nombre de projets urbains sur la Plaine Commune, nous avons choisi de nous focaliser sur le Sud du territoire, décrétant trois zones à « observer » : les projets des JO entre l’Ile Saint Denis, Saint Ouen et Saint Denis (Village Olympique, carrefour Pleyel, la Plaine Saulnier…) ; les projets de renouvellement urbain partagés entre Aubervilliers et Saint Denis (Quartier Emile Dubois – Maladrerie, ZAC du Fort d’Aubervilliers…) ; les projets qui touchent la Courneuve (Gare des Six Routes, le quartier des 4000…). Ce choix n’empêchera pas de se tenir au courant de ce qu’il se passe dans le Nord du territoire : à Epinay-sur-Seine (3 projets ANRU), à Villetaneuse (1 projet ANRU), Stains (2 projets ANRU).

Cette collecte de données devra alors s’enrichir du point de vue des habitants sur leur quartier. Partir de l’échelle institutionnelle (stratégies globales et projets urbains) nous permet de rentrer dans le sujet et de comprendre son envergure pour le territoire, il est cependant important de comprendre les réseaux de mobilisations actifs sur ce territoire. Cette recherche sera l’occasion de montrer que ces projets urbains souffrent d’un manque de concertation des habitants. Le nombre de mobilisations sur ce territoire interpelle et montre l’intérêt des habitants envers leur environnement construit. Ce travail permettra de voir quelles sont les revendications et les moyens déployés par les habitants, et ainsi de faire des parallèles avec d’autres projets et d’autres mobilisations.

Inscrite dans un temps court, cette recherche doit pouvoir être restituée pour être communiquée et prolongée. Des outils d’APPUII sont à disposition pour capitaliser la recherche. La cartographie « La ville est à tou.te.s » des mobilisations pourra être complétée et mise à jour à cette échelle intercommunale. Cette cartographie développée par APPUII, mêlant les mobilisations et les projets urbains en cours à Saint Denis, pourra être une base à développer. Des moments de rencontres entre collectifs seront privilégiés pour mettre en commun leurs expériences. Le mode de « restitution » se dévoilera en fonction de l’avancée de la recherche et des besoins des mobilisations.

Si vous êtes intéressé par cette recherche et que vous voulez y prendre part, si vous avez des remarques, si vous participez à une mobilisation sur ce territoire, vous pouvez nous contacter à l’adresse mail : associationappuii@gmail.com.

Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU) : Décryptage du rapport de la Cour des comptes

En Avril 2020, la Cour des Comptes a rendu un épais rapport qui faisait suite à une demande du Sénat « sur le fonctionnement de l’ANRU ainsi que sur la mise en œuvre de ses programmes d’intervention, PNRU et NPNRU ». APPUII s’est chargé de le décortiquer pour comprendre l’ANRU, vulgariser le propos et en dégager les grandes lignes.

Notre travail de synthèse et d’analyse de ce document a été un processus long et a pour objectifs de discuter les choix politiques de l’ANRU et de porter à connaissance ce rapport à un maximum de collectifs d’habitant.es engagés dans des processus de rénovation urbaine. Afin de bien comprendre l’ensemble des éléments que nous transmet la Cour des Comptes, nous avons choisi de décomposer ce dossier en 3 parties.

La première concerne le fonctionnement général de l’ANRU. La juridiction financière, principalement chargée du contrôle des comptes publics, pointe certaines défaillances dans le fonctionnement financier et démocratique de l’agence en charge de la rénovation urbaine des quartiers populaires.

La seconde concerne la mise en œuvre du PNRU, la Cour des Comptes tente d’établir un bilan de ce programme très lourd en terme d’investissements (46 Md€ au total) dont les fondements, les résultats et les méthodes sont sujets à débats.

La troisième partie cherche à livrer une première analyse du NPNRU et des préconisations pour la suite de ce programme. La Cour des Comptes s’appuie dans cette partie sur la comparaison qui peut être faite avec son grand frère le PNRU. Plusieurs garde-fous sont brandis, notamment en matière de relogement.

Photo de Vigneux-Sur-Seine, par Adel Tincelin (projet Archives 01 et 02, photographiant les transformations des quartiers populaires par l’ANRU. Plus d’infos : https://territoiredesimages.wordpress.com/2014/11/17/archives-0102-les-ruines-de-la-renovation/ )

Nous vous invitons donc à lire notre synthèse, voire le rapport en entier, qui est riche en enseignements et permet de comprendre le fonctionnement d’institutions comme l’ANRU qui sont très éloignés du fonctionnement du quotidien de chacun.e.

Il faut cependant garder à l’esprit, que ce rapport, aussi riche soit-il, est écrit par la Cour des Comptes, qui regarde avant tout le budget et son utilisation. Ainsi, il n’est pas question dans ce rapport de remettre en question les choix politiques (dogme de la démolition et viabilité économique de ce choix), d’interroger les conséquences environnementales de la rénovation urbaine, ou d’évaluer sérieusement la participation des principaux concernés à ces projets qui modifient radicalement leurs vies (relogements, transformation des espaces publics, …). Néanmoins, le croisement des données disponibles sur le relogement et in fine sur les conséquences sociales des démolitions dans les projets de rénovation urbaine est à retenir.

N’hésitez pas à nous contacter si vous avez des questions et/ou des remarques (associationappuii@gmail.com)

« Une citoyenneté réprimée », un état des lieux des entraves aux actions associatives en France

Paris, le mardi 6 octobre 2020, l’Observatoire des libertés associatives rend public un rapport inédit réalisé avec l’appui d’un comité scientifique, dressant le tableau d’une « citoyenneté réprimée ». Cette analyse de fond, réalisée par des chercheurs et des associations  intervenant dans divers domaines d’activités (défense des droits, écologie, social, culture…), dont APPUII est membre, s’appuie sur une centaine de cas récents d’entraves et de répression contre des associations et des collectifs de citoyens. Ce rapport propose également douze pistes pour défendre et renforcer les libertés associatives et démocratiques présentées ce jour devant un panel représentatif de députés. 

Des associations dont l’activité est suspendue suite à une coupe-sanction de subvention pour avoir contredit un élu, des militants poursuivis devant des tribunaux pour des actions solidaires, une association de quartier interdite d’accès aux espaces communaux pour se réunir, des représentants politiques stigmatisant des associations antiracistes ou musulmanes, des militant.e.s écologistes cibles de contrôles routiers et d’amendes à répétition… 

Voici quelques exemples tirés de la centaine de cas relevés et analysés dans le premier rapport de l’Observatoire des libertés associatives titré « Une citoyenneté réprimée : 100 cas de restriction des libertés associatives, 12 pistes pour les protéger » rendu public ce 6 octobre en présence d’un panel de député.e.s de diverses sensibilités et de journalistes. Ce rapport est le fruit d’une collaboration étroite entre un comité de chercheurs en sciences sociales et des associations réunies au sein de la Coalition pour les libertés associatives, dont la plupart avaient déjà fait l’objet d’attaques contre leur capacité à agir.

Des libertés associatives menacées

Les auteurs du rapport pointent un paradoxe : « alors que la démocratie participative s’expérimente désormais à l’échelle nationale et jusqu’au plus haut sommet de l’État (Grand débat, convention citoyenne pour le climat), les associations, acteurs essentiels de la démocratie, sont marginalisées voire ouvertement attaquées par les pouvoirs publics quand elles prennent des positions critiques ou mènent des actions collectives de défense des droits visant à interpeller les autorités et nourrir le débat public. » 

Dans un contexte de pandémie et de crise sanitaire, les auteurs du rapport soulignent « qu’une partie des associations hier réprimées, ou qui l’ont été du fait du maintien de leurs activités durant la période de confinement, ont joué et jouent un rôle central dans l’atténuation des effets de la crise auprès des publics les plus fragiles. »

Une fois ce bilan dressé, le rapport de l’Observatoire s’attache à rappeler qu’au niveau local, régional ou national, de nombreuses associations participent à faire vivre le débat public et permettent l’exercice d’une citoyenneté collective. A l’image de la protection dont peuvent bénéficier les syndicats dans l’exercice de leurs activités, les associations proposent une série de douze mesures pour mieux les protéger face aux répressions abusives mais aussi faire reconnaître leur rôle en matière de défense des droits et d’intervention dans le débat public afin de renforcer des libertés démocratiques aujourd’hui menacées. 

Les associations et collectifs membres de l’Observatoire pour les libertés associatives :

  •      L’Alliance Citoyenne,
  • Alternative pour des Projets Urbains Ici et à l’international (APPUII)
  •     le Centre de Recherche et d’Information pour le Développement (CRID)
  •     le Collectif des Associations Citoyennes (CAC)
  •     France Nature Environnement (FNE)
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Plus d’info sur le site de l’observatoire.

Franc Moisin : quelle place pour les écoles et espaces publics dans la rénovation urbaine ?

Dans le cadre d’un partenariat entre APPUII et l’ENSA Paris La Villette, nous donnons la possibilité à des étudiant.es de présenter leurs travaux de fin d’études lorsque ceux-ci se sont distingués par leur qualité et l’approche choisie par les étudiant.es. Deuxième volet avec Adèle et Orane qui ont travaillé avec les habitants et usagers du quartier de Franc-Moisin à St-Denis (93).

Photo publiée dans le journal de St-Denis du mardi 26 septembre 2018, photo de Ph. Guignard / air-images.net – Plaine commune

Un quartier enclavé, engendrant de nombreux projets de renouvellement urbain 

Le Franc Moisin est un quartier de Saint-Denis, situé à la limite d’Aubervilliers et de La Courneuve.  Il est enclavé entre le canal Saint Denis, l’autoroute A1 et le Fort de l’Est, et comprend 1870  logements, tous sociaux, pour 6000 habitants environ. Bidonville pendant toute la première partie du  XXème siècle, c’est dans les années 70 que son plan actuel a été dessiné. Inauguré en 1974, le  grand ensemble présentait un gain de confort considérable pour ses habitants. 20 ans après, la  rénovation urbaine était déjà enclenchée, avec la démolition d’une première barre de logements.  Depuis, les projets ne font que s’enchaîner sans réelle amélioration notable pour les habitants. 

L’ANRU 1 ayant agi dans les années 2000 sur les alentours du quartier et les espaces publics,  c’est aujourd’hui, un projet de rénovation urbaine colossal porté par la ville et Plaine Commune,  Établissement Public Territorial (EPT), dans le cadre du Nouveau Programme National pour la Rénovation  Urbaine qui prend place au Franc Moisin. C’est dans ce projet acté mais pas signé, que nous avons  cherché à nous insérer. Une modification profonde du quartier est prévue, avec notamment la  construction de nouvelles voiries, ce qui amène à la démolition de certains logements au cœur  du quartier. Ces démolitions sont alors l’occasion pour la mairie de construire des logements en  accession privée et sociale et de faire passer les 100% de logements sociaux au sein du quartier à  81%.

Une approche alternative au fonctionnement habituel de l’ANRU 

Notre travail a débuté en février, par la compréhension des enjeux et controverses liés à la  rénovation urbaine. Pour cela nous sommes passées par une première phase d’enquête, ou nous  avons rencontré les acteurs du site, fait plusieurs entretiens et tenté de saisir les intérêts de  chacun. C’est là que nous avons rencontré l’association APPUII, mais également l’architecte du  projet Catherine Tricot, et Plaine Commune Habitat, un des deux bailleurs sociaux. Le logement  et le relogement se sont présentés comme un sujet complexe, sollicitant déjà beaucoup les  habitants. La réhabilitation était alors une piste envisageable mais c’est finalement par un sujet  peu mis en avant dans la rénovation urbaine que nous avons été interpellées : les écoles et les  espaces publics. En effet, nous nous sommes rendues compte que ces thèmes n’avaient pas moins  d’importance aux yeux des habitants. 

À partir du moment où nous avons ciblé notre approche, nous avons pu entrer en contact avec les  acteurs directement concernés par les sujets que nous souhaitions aborder : Plaine commune, les  directeurs et directrices d’école et finalement, les parents d’élèves, les acteurs principaux avec  lesquels nous avons travaillé par la suite. C’est d’ailleurs avec eux que nous avons créé un réseau,  malgré le contexte de crise sanitaire. Il s’agissait surtout de trouver des alternatives d’interaction,  pour palier à la distance imposée par le confinement. Un groupe WhatsApp a pu être constitué  avec des parents d’élèves. En parallèle de la formation de ce groupe, nous avons travaillé sur le  dessin de proposition de compositions urbaines alternatives au plan acté par l’ANRU. Le but était  de créer un support d’échange afin de le mettre en débat avec le groupe WhatsApp. Les échanges  réalisés à l’aide de questionnaires, appels téléphoniques ou appels vidéos nous ont permis de  dégager deux thématiques de travail : – D’abord, à l’échelle des écoles et leurs abords, en nous focalisant sur la sécurité pour les  enfants et la diversité des aménagements, notamment dans les accès et la relation à la voirie ; – Ensuite, à l’échelle globale du quartier, en travaillant sur le manque d’espaces verts et  d’entretien, la place du piéton, ainsi que l’inquiétude liée à la place de la voiture dans le projet  prévu par l’ANRU.

Nous avons décidé de conserver deux échelles et thématiques  de travail, mais nous n’avons pas voulu en traiter une  chacune. Nous avons plutôt choisi de faire toutes les deux  des propositions pour chaque thèmes afin de les contraster le but étant de les mettre en débat avec les parents d’élèves lors d’un atelier.  

Cet atelier a pu être mis en place dans la médiathèque du quartier, et nous avons enfin pu  échanger en face à face sur notre travail avec les parents d’élèves. L’atelier s’est déroulé ainsi : – En premier lieu, nous leur avons expliqué le projet ANRU à l’aide d’une maquette, pour  leur faire comprendre dans quel contexte nos propositions s’implantent ;

– Ensuite, nous leur avons présenté des références, les plus différentes possibles, afin de  pouvoir échanger plus précisément sur certains sujets, et pour avoir des images sur lesquelles  s’appuyer ;

– Enfin, nous leur avons présenté nos différentes propositions, afin de les mettre en  débat. Par leur vécu, les parents d’élèves ont des demandes très spécifiques, notamment sur  l’aménagement des espaces ou sur le fonctionnement des écoles. On retrouve par exemple : plus  de fraîcheur l’été dans les écoles et dans les espaces public ; le fait de pouvoir s’abriter de la  pluie et du soleil ; de penser les espaces de manière à ce que la voiture ne puisse pas prendre le  dessus ; de penser l’accès aux écoles, les relations entre maternelle et élémentaire, la séparation  des cours de récréation, leur aménagement, leurs thématisation et un tas d’autre aspects (voir  livret) qu’il n’aurait pas été possible d’aborder si précisément sur le groupe WhatsApp. 

Nous retenons également qu’il y a des sujets plus larges qui ont des conséquences sur les  appréhensions des parents et qu’il est difficile pour nous d’avoir un impact sur ces aspects-là,  nous parlons par exemple de la proximité du stade de France et de l’affluence que cela crée en  termes de voiture dans le Franc Moisin, de la carte scolaire, du manque d’entretien, etc… 

Photo de l’atelier de travail

Mais cet atelier nous a surtout permis d’évaluer comment revoir nos propositions pour les finaliser  et ainsi transmettre notre travail. Nous avons donc retravaillé nos propositions selon les échanges  avec les habitants et avons adapté ces dernières de manière à les rendre plus accessibles à nos  destinataires. 

Photo de l’atelier de travail

Un regard différent sur notre approche du projet urbain 

Il a été vraiment intéressant pour nous d’aborder la rénovation urbaine au travers de ces  questions. Les écoles, au même titre que le reste, doivent être construites avec les personnes  qui les pratiquent. La crise sanitaire a profondément bouleversé nos échanges mais nous a forcé  a trouver des alternatives de participation et à d’autant plus faire fonctionner le réseau.  

Notre problématique, dès le départ, remet en question le fonctionnement habituel de  l’ANRU. Repenser profondément le plan urbain en travaillant les équipements et les espaces  publics, c’est donner la priorité à l’usage du quartier, un sujet qui a tout autant d’impact dans le  quotidien des habitants et qui fait d’autant plus consensus que les espaces sont publics et donc  utilisés par tous. La concertation dans les projets de rénovation urbaine a bien évidemment ses  limites, surtout dans un quartier de 6000 habitants. Mais elle reste néanmoins nécessaire dans  l’élaboration d’un projet, pour être en adéquation avec le territoire dans lequel il s’inscrit. 

Mais le cadre de l’ANRU est complexe, imposant le respect de certains critères, en l’échange  de subventions, et l’un des critères principaux concerne la démolition des logements, car c’est la  pensée commune d’imaginer que le changement profond d’un quartier se fait par la démolition 

de ce qu’on a construit il y a 50 ans. Le choix de ses critères se révèle alors comme éminemment  politique, dépendant de la ligne directrice choisie par l’ANRU, et c’est ce qu’on a cherché à  comprendre lors de notre travail de diplôme. 

* ANRU : Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine 

Vous trouverez ci-dessous le livret qui retrace notre démarche et qui comprend le détail des  différents documents que nous avons produits avant et après l’atelier.

Livret du projet

Défendre le commun au sein des résidences sociales ; Le cas du foyer de travailleurs migrants de Saint-Ouen (93)

Dans le cadre d’un partenariat entre APPUII et l’ENSA Paris La Villette, nous donnons la possibilité à des étudiant.es de présenter leurs travaux de fin d’études lorsque ceux-ci se sont distingués par leur qualité et l’approche choisie par les étudiant.es. Premier volet avec Célia et Clarisse qui ont travaillé avec les travailleurs du Foyer de Saint-Ouen (93)

Le foyer de travailleurs migrants ADEF de Saint-Ouen (Seine Saint Denis), a été conçu dans les années 60. Actuellement, 286 résidents majoritairement d’origines subsaharienne ou maghrébine y logent officiellement et au moins autant ​de parents et sans papiers y sont hébergés ou occupent les couloirs la nuit. La rénovation de ce foyer était prévue il y a 5 ans. Cependant, l’arrivée des JO a fait changer d’avis le gestionnaire : il y a vu l’opportunité de spéculer. Les résidents devront déménager en février 2021. Aucune consultation n’a été faite quant à leurs futurs logements. Les résidents ont ainsi été amenés à manifester leur mécontentement.

Plus qu’un simple logement, un lieu de solidarité,

Le foyer actuel est constitué de quatre bâtiments identiques, d’un espace de parking et de nombreux espaces verts. Les résidents s’y regroupent, effectuent des ventes, garent leurs vélos ou étendent leur linge. En rez-de-chaussée, les halls d’entrée accueillent le week-end coiffeurs, ventes de viande en gros ou petits commerçants. Le foyer possède une salle de prière et plusieurs salles communes où se tiennent des réunions, des deuils ou encore des rassemblements familiaux. La salle d’alphabétisation est le lieu des cours ou de réunion du comité des résidents.

Boubacar Diallo est le délégué principal du comité des résidents, il est le porte parole des résidents et l’interlocuteur avec le gestionnaire, l’ADEF. Les résidents dénoncent les conditions de vie dans un foyer délabré, ainsi que l’abandon du gestionnaire dans les réparations. Ils mettent aussi le doigt sur la précarité du bail. À contrario, pour s’affranchir de sa responsabilité, le gestionnaire accuse les dérives d’usages et la sur-occupation comme coupables de la dégradation.

Actuellement les chambres des résidents sont regroupées en unités de vie, c’est-à-dire qu’ils partagent une salle de bain et une cuisine pour trois chambres. Ils mangent ensemble, cotisent et désignent régulièrement une personne pour cuisiner. Cela leur permet de soutenir les plus précaires par un système de solidarité. Lorsqu’un foyer est reconstruit, son statut change pour devenir une résidence sociale (Plan de traitement des FTM* ). Les unités de vie deviennent alors des studios, mais surtout, tout est fait pour empêcher les activités comme la prière ou la vente caractérisées comme illégales​. Boubacar dénonce une vie sociale niée.

Un manque de concertation,

Avant d’emménager dans deux résidences sociales permanentes, les résidents seront relogés dans une résidence en modulaires préfabriqués financés par la Solideo* pour une durée de 2 ans. Fin 2022, les résidents vont devoir déménager une nouvelle fois, tout en restant à Saint-Ouen : la moitié d’entre eux ira habiter à la Zac des Docks (parcelle R8A et B), l’autre rue Séverine (au niveau rue du Landy).

Malgré des Jeux Olympiques annoncés comme : “marqués par la responsabilité sociale et durable” par la Solideo, société en charge de construction du village olympique, les résidents du foyer seront délocalisés par deux fois afin de construire des bureaux luxueux. Bien que la Solideo affiche un discours social et inclusif, les actes d’intégration des habitants au projet manquent. Le gestionnaire justifie l’absence de concertation par le manque de temps dû à la pression mise par la Solideo ainsi que le retard pris en raison de la crise sanitaire.

Redonner la parole aux résidents : notre contribution,

Nous avons décidé, dans le cadre de notre diplôme, de nous intéresser au combat de ce foyer. Pour cela, il a d’abord fallu étudier les différentes activités présentes au foyer (manger et cuisiner ensemble, coiffer, prier ensemble, vendre, recevoir sa famille… ) et discuter de leur importance, afin de faire émerger les pratiques que les résidents seront amenés à défendre ensemble. La spatialisation de ces dernières a été nécessaire pour leur donner un cadre qui ne serait pas seulement celui d’une salle commune. Ensuite, un atelier à échelle réelle a permis de critiquer la disposition des studios que l’on peut trouver dans une résidence sociale. Nous avons alors donné aux résidents les outils réglementaires et architecturaux, afin qu’ils puissent par la suite les intégrer à leur argumentaire. À partir de ces ateliers, nous avons produit des propositions architecturales permettant de critiquer les plans des futures résidences sociales aujourd’hui en attente de permis de construire.

Ensuite, d’autres acteurs ont été intégrés à la réflexion : les voisins de la rue Séverine, qui se battent depuis longtemps sur la densification du quartier et le manque d’espaces verts et publics de la zone. Ils peuvent donc être un levier important pour obliger par exemple le gestionnaire à laisser accessible le jardin de la future résidence sociale alors qu’il a prévu de le mettre sous clé ( dans le foyer actuel les résidents ont 1800m2 d’espaces verts accessible ).

Ce travail a montré que les résidents du foyer Adef de Saint-Ouen ne sont pas opposés aux directives de l’état quant à la transformation du foyer en résidences sociales, mais ce sont davantage celles du cahier des charges du gestionnaire avec lesquelles ils sont en désaccord. Les besoins et usages des résidents y sont niés. Par ailleurs, le gestionnaire a un discours contradictoire : il revendique d’un côté la nécessité des résidents à être autonomes, mais a dans le même temps une politique de surveillance extrême.

Cette approche nous a permis de créer un lien entre différents acteurs tout au long des réunions et de prendre conscience des problématiques d’une résidence sociale. Cependant, le combat n’est pas terminé car le déménagement dû aux JO profite au gestionnaire pour “faire le ménage“ et expulser les plus précaires.

*FTM : foyers de travailleurs migrants
*Solideo : société de livraison des ouvrages olympiques

Le mémoire dans son ensemble est consultable ci dessous :

Liban : Week-End de Solidarité

Samedi 12 et dimanche 13 septembre, Les relais solidaires organisent une collecte de fonds en soutien au drame de Beyrouth. Photographies, musiques, conférences-débats, cinéma lectures, sont au programme d’un riche week-end solidaires. Venez nombreu-x-ses!




Adresses :
Les relais solidaires
61 rue Victor Hugo,
93500 Pantin