Douarnenez : le collectif droit à la ville Dz présente publiquement sa recherche-action

Lundi 17 février, au Port-Musée de Douarnenez, le collectif Droit à la ville Dz présentait sa recherche-action portant sur les processus de « touristification » de la ville. Comptant près d’une centaine de personnes, la soirée a permis de revenir sur le sens de cette démarche et proposer au public de s’y associer. Deux autres collectifs, de Groix et de St-Malo, ont également témoigné des problématiques proches qu’ils rencontrent sur leur territoire.

Présentation de la recherche action – photo APPUII

Objectiver et agir sur les processus de « touristification »

La soirée a duré un peu plus de deux heures. La première heure était dédiée spécifiquement à la présentation de la recherche-action. Ce collectif, composé d’une dizaine d’habitants du centre-ville de Douarnenez, est une émanation de Douarnenez 2050. Sa volonté est de reprendre de la capacité à décider collectivement sans attendre les différentes échéances électorales.

La recherche-action vise donc à objectiver et à agir sur les difficultés de logement auxquelles les habitants font face. En effet, les habitants ont le sentiment que le développement touristique se fait contre eux à travers un appauvrissement de l’offre de logements abordables[1] et de qualité, mais également par le développement d’une offre de services ne répondant pas nécessairement aux usages locaux.

Après un premier état des lieux du logement sur la ville, réalisé à partir d’études statistiques et d’entretiens avec différents acteurs institutionnels, le collectif constate un véritable paradoxe. La ville est en déclin, elle perd régulièrement ses habitants, alors même que les prix de l’immobilier augmentent rapidement (+10% – 15% par an). Les phénomènes observés ne sont pas nouveaux, mais ils se renforcent actuellement par le renforcement de l’attractivité de la côte finistérienne dans un contexte de changement climatique. En effet, la Bretagne reste préservée des phénomènes caniculaires.

La démarche vise à articuler des échelles géographiques distinctes, en inscrivant les transformations de Douarnenez dans des phénomènes plus globaux (économie et changement climatique).  Il s’agit également d’articuler le temps court de la vie quotidienne et le temps long historique. Outre l’observation des phénomènes en tant que tels, l’enjeu est d’étudier les outils juridiques et institutionnels existants, mais aussi les formes d’organisations collectives et les pratiques non institutionnelles pour envisager des solutions et des pistes d’actions. L’analyse se focalise particulièrement sur le centre-ville de Douarnenez, mais sera mise en perspective avec d’autres quartiers de la ville. Par ailleurs, à travers la rencontre avec d’autres acteurs engagés dans des territoires avec des questions proches en Bretagne, en France, mais aussi à l’échelle européenne, l’ambition sera d’identifier les particularités des évolutions de Douarnenez.

Dans cette dernière perspective, deux collectifs de l’Ile de Groix, située au large de Lorient et de St-Malo, témoignent pendant cette soirée des difficultés auxquelles leurs villes sont confrontées.

Groix, St-Malo,… des processus qui touchent une grande partie de la côte bretonne

À Groix, plus de 50% des résidences sont secondaires dans une île où les possibilités de construction sont difficiles. Depuis quelques mois, des habitants de l’île se regroupent pour trouver des solutions face aux difficultés qu’ils ont à se loger. En effet, face à la saisonnalité, ils doivent régulièrement changer de logements pour laisser place aux touristes. Les insulaires se retrouvent par ailleurs souvent dans des logements insalubres. Leur ambition : faire du logement une véritable question qui n’est aujourd’hui pas inscrite au débat public.

À St-Malo, le collectif « St-Malo j’y vis, j’y reste » se compose de 50-60 personnes dont quelques hôteliers. Il se mobilise contre la mise en tourisme de St-Malo, notamment en luttant contre les dérives d’Airbnb. En effet, 10% des logements sont loués sur la plateforme et les prix de l’immobilier flambent avec une augmentation de plus de 20%.  St-Malo perd ses habitants et il devient difficile de trouver du logement à l’année. Le collectif souhaite interpeller les candidats aux élections municipales, mais également les touristes et les investisseurs sur les formes de tourisme souhaitées.

Ces mobilisations confirment des tendances de mise en tourisme observables dans d’autres territoires portuaires (ex de Sète). Les processus de gentrification que l’on considère souvent uniquement dans les pôles urbains touchent aujourd’hui des villes moyennes et rurales. Ces nouvelles problématiques doivent être comprises précisément pour y faire face. C’est tout l’enjeu de la recherche menée par le collectif Droit à la ville DZ.

Si vous souhaitez plus d’informations sur le projet : droitalavilledz@gmail.com


[1] Certaines personnes notent une augmentation de 100 à 200 euros de loyers ces dernières années.

Cartographie des luttes urbaines : dépasser le numérique pour construire des solidarités.

La rénovation urbaine en France ou l’éviction des pauvres de la ville

Le gouvernement français mène depuis le début des années 2000 une politique massive de rénovation urbaine dans les quartiers populaires de grands ensembles principalement.

Le diagnostic sur lequel se base cette politique est celui de la stigmatisation des quartiers, et donc de leur manque d’attractivité qui conduit à la concentration de désavantages sociaux. Dès lors, plutôt que d’agir sur les conditions sociales de ces habitants, cette politique vise à effacer les symboles qui font de ces quartiers stigmatisés (tours, logements sociaux, commerces ethniques) pour y attirer des classes moyennes (l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine conditionne ainsi ses financements à la démolition des barres de logements sociaux). La « mixité sociale » mise en avant correspond ainsi à une politique de dispersion des plus pauvres dans d’autres quartiers environnants et de reconversion d’une partie du parc de logements sociaux en logements en accession à la propriété.

Par ailleurs, si l’objectif de « co-construction » des projets urbains y est affiché, les projets de rénovation exclus structurellement les habitants des instances de définition des projets. Dans ce contexte, la question de l’exclusion physique et symbolique de certaines populations, dans la ville, mais aussi des processus de décision qui concernent directement leur vie, se pose de manière crue.

C’est dans ce contexte qu’a émergé au sein d’APPUII, une association de soutien aux collectifs d’habitants en lutte contre les projets urbains non concertés, la volonté de mettre en réseau des luttes locales, souvent invisibilisées ou dispersées, notamment grâce à une cartographie (image 1).

Image 1: carte en ligne “La ville à tou.te.s !” https://lavilleatoutes.gogocarto.fr/

Les différents objectifs de la cartographie pour le réseau d’APPUII et ses différentes déclinaisons: 

Une cartographie de réseau peut avoir en effet 3 objectifs : rendre visible le réseau, être une interface pour échanger des savoir-faire et créer des liens et enfin être une plateforme/ plateau de jeu pour organiser stratégiquement des actions collectives.

Rendre visible: ce premier objectif est le plus basique et semble être rempli avec la carte en ligne grâce à l’interface open source Gogocarto très ergonomique et une classification que nous avons mis en place, à la fois simple (4 grandes catégories) et détaillée (nombreuses étiquettes qui permettent une recherche fine). Voir image 2.

Image 2 : à l’aide du menu de gauche, on peut filtrer la navigation (exemple ici: les mobilisations en IDF liées à la rénovation urbaine)

Interface d’échanges : quand cela est possible nous interviewons les activistes de certaines mobilisations et mettons en lien via la carte une courte présentation audio (carte_son) ; les outils qu’ils ou elles développent sont aussi rassemblés selon différentes thématiques qui permettent de filtrer la navigation sur la carte et d’accéder à une description de ces outils. (image 4)

Image 3 : on peut aussi naviguer au travers de différents outils (exemple ici, l’outil “table de quartier” pointe vers différents acteurs ou mobilisations ; quand on clique sur l’un sa fiche détail s’affiche avec un lien vers l’outil en question et des informations détaillées)

Enfin nous développons un kit atelier qui permet lors de fêtes de quartier de montrer une version papier de la carte locale et de l’alimenter des contributions des participants. La carte devient alors une interface physique d’échanges, et non plus seulement numérique (image 4).

Image 4 : Mode d’emploi d’un atelier cartographique organisé à Saint-Denis et photos d’un autre organisé à Saint-Quentin (Coignières).

Plateforme d’actions collectives : 

– À l’échelle nationale on peut appuyer des interpellations collectives avec un visuel géographique des organisations signataires de l’appel ; 

– À l’échelle locale nous expérimentons actuellement autour de la ville Saint-Denis le projet carte_affiche (image 5). 

On construit d’abord collectivement une carte « base de données » qui identifie à Saint-Denis, avec un certain nombre de données chiffrées, les mobilisations en cours  et les secteurs urbains à fort enjeu sur lesquels elles se mobilisent (opérations de rénovation urbaine ou importantes transformations à venir dues soit aux JO soit au nouveau métro du Grand Paris). 

Image 5: carte_affiche axé sur le logement social à Saint Denis avec les parties de la ville affectées et les collectifs mobilisés.

Puis à partir de cette base on va produire une série de carte_affiches sur différents thèmes (exemple ici sur le logement social) qui à la fois rendent visible aux habitant.es les secteurs à  enjeu et les associations mobilisées, renforcent les liens entre ces associations derrière un message collectif et enfin interpellent la commune et les autres autorités sur leur action locale et son manque de transparence et de co-construction avec les citoyen.ne.s.

Faire atterrir la carte numérique

Au delà de son aspect de visibilisation des luttes locales, la cartographie a permis plusieurs avancées:

Au sein d’APPUII, le travail sur la cartographie a permis de discuter et de retravailler cette question de consolidation du réseau et des formes de médiation qu’il implique. La carte numérique n’est pas un outil magique mais nécessite d’être utilisée pour jouer un rôle quelconque de mise en relation des mobilisations entre elles. La carte a ainsi permis de mettre en lumière l’important travail de communication et d’activation que nécessite la mise en réseau, a permis de soulever la nécessité des temps d’échange pour avoir une forme de réflexivité sur nos actions, en dehors des phases intenses et chronophages de terrain. 

La carte s’est avérée en outre être un outil pour produire d’autres dispositifs (carte son, carte affiche), ou pour appuyer des actions en cours telles que la campagne d’interpellation des pouvoirs publics menée par Appuii et d’autres collectifs autour de la question de la participation des habitants aux projets urbains qui les concernent.

Mais ces tentatives pour faire en sorte que la carte numérique “atterrisse sur le terrain” et soit directement utile pour créer des solidarités locales voire impulser des actions, sont le résultat de tâtonnements, et d’une importante quantité de travail collectif qui bat en brèche les mythes autour des outils numériques comme opérateurs quasi magiques de convergences entre les luttes et les militants. L’outil numérique reste évidemment très utile mais il doit impérativement s’articuler avec des ateliers et rencontres physiques. C’est seulement à cette condition que des cartographies intersectionnelles sont en capacité de soutenir la construction de solidarités entre des mobilisations spatialement ou thématiquement dispersées.

Réunion des bénévoles : mercredi 19 février 2020

Vous êtes intéressés par l’association APPUII ? Vous souhaitez en savoir plus ou vous engager bénévolement ? On vous propose de se rencontrer Mercredi 19 février, entre 18h et 20h au bar «Le monde de Léa» au 7 rue de l’Olive – Métro Marx Dormoy.

Haussonville (Nancy) : Les habitants restent mobilisés alors que les arguments contre la démolition de leur quartier s’effritent

Fin janvier, lors d’une visite dans le quartier à la demande des habitants, une architecte confirmait que les fissures des maisons étaient dans leur grande majorité sans danger et ne justifiait en aucun cas leur démolition. Les habitants interpellent leur députée et demande la réalisation d’une contre-expertise indépendante.

source : archives municipales

Depuis 2016, la cité ouvrière d’Haussonville (construite dans les années 1920) doit être démolie dans le cadre d’un projet de renouvellement urbain. De nouvelles constructions doivent être érigées en lieu et place de leurs maisons. Justifié par le bailleur pour cause de sol argileux et de risque d’effondrement, le projet ne convainc pas les habitants.

Depuis plusieurs mois, un collectif s’est monté et interpelle le bailleur et les différents élus sur l’avenir de leur quartier. Madame Carole Grandjean, Députée de Meurthe-et-Moselle, a ainsi questionné le maire de Nancy au sujet du projet. Loin de répondre aux questionnements des habitants, elle répète alors les mêmes arguments portés par la mairie. Sa réponse est disponible ci-dessous.

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En parallèle, avec le soutien d’APPUII, le collectif a invité une architecte à visiter les maisons afin d’avoir un avis professionnel. Elle confirme l’absence de risque d’effondrement de la très grande majorité des maisons concernées par la démolition.

Le collectif des habitants d’Haussonville revendique ainsi la réalisation d’une contre-expertise indépendante concernant le risque d’effondrement véritable de leurs maisons. C’est en ce sens qu’ils ont répondu à Madame La Députée Carole Grandjean. La réponse est disponible ci-dessous.

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Les arguments fallacieux justifiant la démolition de logements (sociaux ou non) encore en bons états, sont aujourd’hui encore plus inacceptables dans un contexte de changement climatique et de renforcement des inégalités sociales. À ce titre, l’association APPUII défend la généralisation des financements de contre-expertise citoyenne dans le cadre des projets urbains : le 1% citoyenneté. 1% du budget hors-taxe des projets sera dédié au financement de contre-expertises.

Pour contacter le collectif d’Haussonville ou APPUII : 54therese@gmail.com ou associationappuii@gmail.com

Les Groux (Fresnes – 94) : retour sur le débat public organisé par Renaissance des Groux

Le 31 Janvier avait lieu un débat public à l’initiative de Renaissance des Groux dans le cadre des élections municipales à Fresnes. Dans le prolongement d’une interpellation écrite avec des propositions du collectif, un espace de débat entre les candidats à la municipale a été imaginé. APPUII, aux côtés de Renaissance des Groux, a apporté un soutien logistique pour la réalisation de ce débat.

Plus de 150 personnes venant de toute la ville de Fresnes sont venues à l’occasion de ce débat. Trois candidat.es (sur cinq) ont répondu favorablement à l’invitation au débat de Renaissance des Groux : Antoine Madelin, Marie Chavanon et Richard Domps (représenté par sa colistière Betty Adda).

Le Parisien était également présent et nous invitons à lire leur article ICI.

Pour revenir sur l’interpellation écrite, Renaissance des Groux avait formulé 16 propositions sur lesquelles elle invitait les candidats à se positionner. À ce jour, 4 réponses leur sont parvenus et nous nous permettons de les publier ci-dessous :

NB : À ce jour, Renaissance des Groux n’a pas reçu de réponse officielle de la liste menée par Mr Jean-Jacques Um. L’article sera mis à jour dès sa réception.

Si vous souhaitez plus d’informations sur la démarche, n’hésitez pas à contacter Renaissance des Groux

Franc-Moisin (St-Denis – 93) : les citoyens mènent une contre-expertise sur le relogement

Dans le cadre de l’élaboration d’un Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU), le conseil citoyen du quartier Franc-Moisin / Bel-Air / Stade de France, et APPUII, en partenariat avec l’Université de Nanterre, mènent une étude sur le processus de relogement engagé dans le cadre de la démolition annoncée de 477 logements. Cette démarche vise d’une part à comprendre les modalités concrètes du relogement dans l’optique de faire valoir les droits des locataires. D’autre part, l’enjeu est de faire un état des lieux du logement social sur certains quartiers de St-Denis.

Le projet de rénovation urbaine prévoit la démolition partielle des immeubles B1, B2, et B7 et de la démolition totale du B4 du quartier du Franc-Moisin. Ces opérations violentes, auxquelles les locataires n’ont pas ou peu eut leurs mots à dire, sont imposées par l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU) sans que les arguments techniques tels que la lutte contre l’enclavement et l’insalubrité soient toujours fondés. Bien que certaines d’entre elles aient pu être limitées (B1) ou annulées (B13), à la suite de la mobilisation des habitants et d’un dialogue avec la mairie, d’autres sont encore très contestées, comme c’est le cas au B7. Enfin, dans le cas du B4, les habitants découvrent petit à petit que leur immeuble va être détruit et qu’ils vont devoir déménager. La décision a été prise par le bailleur sans concertation avec les habitants. L’unique réunion d’information ayant eu lieu le 20 décembre 2020, après que le comité d’engagement de l’ANRU ait validé la démolition du B4. Dans ce contexte, les questions relatives au relogement s’avèrent être un enjeu central pour les habitants concernés.  

Alors que les habitants apprenaient la démolition de leur logement, les services de Plaine Commune, des municipalités et les différents bailleurs de l’agglomération négociaient une charte de relogement intercommunale, sans qu’aucune amicale de locataires du territoire soit associée. Ce document, définissant les droits minimaux des locataires dans le cadre du relogement (disponible ici), a été signé le 21 janvier 2020, lors de la conférence intercommunale du logement, moment « perturbé » par l’intervention de différents collectifs et amicales de locataires, dont le collectif des habitants de Franc-Moisin et l’Alliance citoyenne d’Aubervilliers, pour revendiquer d’être intégrés au suivi du processus de relogement et l’élaboration de déclinaisons locales, notamment à travers la création d’un comité de vigilance (le communiqué est disponible ici).

Le conseil citoyen, avec le soutien technique d’APPUII, s’est donc engagé dans un travail d’étude et de compréhension du processus de relogement et la réalisation d’un état des lieux du logement social sur trois quartiers de Saint-Denis : le Franc-Moisin, La Plaine et le Centre-Ville afin d’identifier les secteurs enclins à accueillir les habitants. Avec une mise en perspective avec d’autres opérations et chartes de relogement, le travail consiste à outiller les locataires afin qu’ils élaborent des arguments pour négocier la déclinaison de la charte au niveau du quartier, avec les services municipaux et intercommunaux, ainsi que les bailleurs. Ce travail est financé par le budget de contre-expertise alloué par la mairie de St-Denis aux conseils citoyens.

Afin de mener à bien cette étude, des ateliers entre les membres du collectif des habitants de Franc-Moisin, amicales de locataires, conseil citoyen et certains locataires sont organisés. L’objectif est d’une part d’appréhender collectivement les droits et le protocole inhérents à ce type d’opération et a formulé des propositions d’amendement à la charte existante. À ce jour, deux ateliers ont eu lieu, le premier visait à éclaircir les différents articles de la charte intercommunale et faire ressortir les premières propositions des habitants. Le second avait pour but de préciser ces propositions, et d’identifier celles qui ne faisaient pas consensus afin de les soumettre à l’ensemble du collectif et habitants du quartier. D’autres ateliers seront organisés suivant l’avancement du travail. En parallèle, une série d’entretiens est organisée avec les services engagés avec les différentes institutions responsables du relogement (ville, intercommunalité, bailleurs) pour comprendre les modalités pratiques de celui-ci. Par ailleurs, des travaux de recherches sur la thématique de l’évolution et les dynamiques des logements sociaux ont été conduits pour cerner l’état actuel de l’habitat de Saint-Denis. À cela s’ajoute l’analyse de l’enquête sociale sur le relogement permettant de saisir la composition familiale des ménages, mais aussi leurs souhaits.

Pour réaliser ce travail, l’association APPUII a fait appel à un groupe d’étudiants en Master 2 Urbanisme et Aménagement à l’Université de Paris-Nanterre : Aicha, Alois, Aubin, Boby, Flavie, Nelson et Sarah. Il s’agit d’une opportunité pour ces étudiants de mettre à profit les compétences acquises pour soutenir APPUII dans son travail de contre-expertise avec les habitants du quartier du Franc-Moisin.

Sanitas (Tours) : les associations et les habitants s’emparent d’un API pour profiter de la rénovation urbaine

À l’occasion d’un API (Appel à Projets Innovants) organisé par la ville de Tours, plusieurs associations du Sanitas se sont organisées autour du Centre Social Plurielles pour peser et participer au projet de renouvellement qui les concerne. La semaine dernière ils ont été désignés lauréats de l’appel à projets avec Bouygues, Appuii est allé à leur rencontre pour comprendre.

Depuis 2016, les différentes associations du Sanitas (CSF, CGT Indecosa-CGET, CNL, ATD/quart-monde…) sont mobilisées contre les démolitions prévues par l’ANRU dans le quartier. Malheureusement, et comme dans beaucoup de quartiers, leurs voix n’ont pas été écoutées et les différentes institutions (mairie, préfecture, ANRU) ont avancé tel un bulldozer. Plutôt que de continuer à subir, les associations ont tenté de s’immiscer dans de nouveaux espaces associés au projet de renouvellement urbain.

Début 2019, la Mairie de Tours lance un Appel à Projets Innovants, basé sur un partenariat public-privé. Parmi les 8 sites d’application de l’API, l’un concerne un îlot du Sanitas concerné par une démolition partielle dans le cadre de la rénovation urbaine du quartier. Face à cet objet peu identifiable, qui apparait comme une foire de l’immobilier local, les associations décident de se regrouper autour du centre social Plurielles pour proposer leur projet en partant des besoins des habitants et des travaux effectués par chaque organisation ces dernières années. Ce collectif s’associe à la SCOP ArchiEthic pour formuler une proposition de projet urbain.

Le projet porté par ce collectif est reçu par la mairie avec ceux des promoteurs immobiliers tels que Vinci et Bouygues. La mairie salue la qualité du travail produit par les collectifs, mais pointe l’absence de financements conséquents. Le collectif considère alors l’opportunité de s’associer avec un promoteur. Finalement, après avoir reçu un bon accueil et des garanties de coopération, le collectif présente une deuxième version co-produite avec Bouygues. Cette proposition est élue lauréate en Janvier 2020, le centre social Plurielles devient co-mandataire d’un projet urbain avec Bouygues Immobilier.

La proposition lauréate prévoit notamment 1600 m2 dédiés aux associations et au centre social, un programme en habitat participatif, des espaces dédiés aux jardins, etc. Ces éléments du projet ont été le fruit de négociations et de travaux en commun avec Bouygues Immobilier. Cette nouvelle position pour ces associations, composés de militants locaux, d’habitants et professionnels de l’action sociale et de la culture constitue à la fois un défi et une opportunité pour construire une ville plus juste, solidaire et durable.

Les partenariats publics-privés deviennent l’alpha et l’oméga de l’urbanisme. De nombreux travaux académiques ou journalistiques montrent le rôle central que jouent les promoteurs dans la construction de nos quartiers. Alors que les revendications d’une pratique plus responsable de l’urbanisme se multiplient, le renforcement du rôle des acteurs économiques interroge profondément la dimension démocratique de ces projets urbains. La collaboration fructueuse du Sanitas permet de poser deux questions centrales. La première porte sur les conditions nécessaires et suffisantes de la participation des habitants au projet urbain. Le projet n’aurait jamais pu réussir sans un engagement financier, matériel et politique important de l’ensemble des membres des collectifs du quartier. La seconde question interroge les représentants des pouvoirs publics, en particulier du maire et de son conseil municipal. La collectivité n’est plus à l’origine du programme (un équipement, des logements, des commerces, etc.) mais arbitres de différents scenarii programmatiques d’initiatives privées. L’origine de la programmation n’étant donc plus publique, cela questionne l’animation du débat démocratique et le rôle de garant de l’intérêt général.

Dans cette perspective, la réussite du projet du Sanitas doit être analysée en considération de l’engagement exceptionnel des acteurs en place. Cette expérience doit permettre d’identifier les moyens nécessaires (appui juridique, technique, etc.) à mettre en œuvre et les conditions politiques suffisantes pour que ces collaborations soient véritablement justes et démocratiques.  

Renaissance des Groux interpelle les candidats aux élections municipales à Fresnes

En vue des élections municipales qui auront lieu les 15 et 22 mars prochains, Renaissance des Groux a décidé d’interpeller les 5 candidats qui souhaitent briguer le poste de maire de Fresnes. Un texte d’interpellation, avec 16 propositions, leur a été envoyé et attend désormais leurs réponses. Aussi un débat public sera organisé le 31 Janvier pour confronter les idées de chacun, évènement inédit sur la commune.

Depuis 2015, Renaissance des Groux fait face à un projet de démolition-reconstruction totale de la cité des Groux (200 logements). Soutenues par Appuii depuis 2016, de multiples actions ont été menées pour défendre les intérêts de tous les locataires. Avec l’importance que revêt la fonction de maire sur des projets de rénovation urbaine, Renaissance des Groux a décidé d’être acteur des prochaines élections municipales de plusieurs manières :

–       En interpellant les 5 candidats et en leur demandant de se positionner par écrit par rapport au texte et aux propositions envoyées

–       En initiant un débat public entre les 5 candidats

L’interpellation écrite « Repenser le quartier des Groux avec ses habitants » a été écrite en partant des différents enjeux auxquels Renaissance des Groux a été confronté ces dernières années. À partir de là, plusieurs propositions ont émergé ou ont refait surface. Parmi elles, celles défendues par l’association Appuii dans ses « Propositions pour remettre les habitants au centre des projets de rénovation urbaine ». Ce texte est focalisé sur les Groux puisque les locataires ont besoin de réponses et de savoir que prévoient les différents candidats sur ce sujet.

En revanche, le débat public du 31 janvier s’adresse à tou.te.s les fresnois.es. En partant des thèmes auxquels sont confrontés les Groux, le débat sera divisé en trois parties : Urbanisme, Logement et Démocratie. Les différents candidats seront invités à répondre aux questions posées par Renaissance des Groux sur ces sujets puis à débattre avec la salle.

Il est à noter que cette initiative est unique en son genre à Fresnes, les campagnes municipales se réduisant souvent à des affichages et des meetings sans opposition. C’est à travers ces échanges d’idées que chacun.e pourra ensuite se faire sa propre opinion. Cette initiative incarne l’essence même du débat et d’une vision de la démocratie «par le bas», chose qui a gravement manqué dans la prise de décision de démolition-reconstruction qui s’est faite sans les habitants.

Pour plus d’informations sur la démarche : groux94260@gmail.com

Projection-débat de « Mama Lova » le 11 Janvier à Fresnes

À l’heure où les violences entre jeunes augmentent dans les quartiers populaires, Mama Lova raconte l’histoire d’une mère qui perd son fils lors d’une rixe entre cités. Face à son désarroi et pour agir, elle décide de prendre des cours de boxe pour s’opposer aux trafiquants qui agissent en bas de son immeuble, en y squattant elle-même, accompagnée d’autres mamans… Un parti pris pour les réalisateurs qui ont voulu mettre en lumière celles que l’on incrimine et qui souffrent en premier… les mamans.

Tourné en Novembre 2018 dans la cité des Groux, de nombreux habitants des Groux et de Fresnes ont participé à la réalisation du film, que ce soit devant ou derrière la caméra, sous la houlette de Jeff Taver.

Ce samedi 11 Janvier, l’association 83ème Avenue organise une projection-débat autour de ce court métrage à la salle de la Grange Dinière, 41 rue Maurice Ténine à Fresnes, à 19h. Attention les places sont limitées ! Réservations au 06 58 34 06 33

Teaser : https://www.youtube.com/watch?v=A_nrqbTOVl0

Interview du réalisateur par Aboubakar Sakanoko : https://www.youtube.com/watch?v=FiVAsdxevLw

Harcèlement au travail et harcèlement sur le logement : le procès France Telecom et la rénovation urbaine

La question peut choquer, alors qu’il s’agit de 19 suicides en lien avec une politique d’entreprise. Mais au-delà de la condamnation de trois membres de la direction de France Telecom (devenue Orange en 2013) prononcée le 20 décembre 2019 par le Tribunal correctionnel de Paris, ce jugement invite à réfléchir aux effets de politiques ou de formes de management qui s’exercent ailleurs qu’au travail.

La chronologie montre d’abord la ténacité du syndicat Sud-PTT et l’implication du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (remplacés depuis le 1er janvier 2020 par un Comité social et économique), des délégués du personnel, et même de l’inspection du travail. Il aura fallu plusieurs mois pour que l’accusation de harcèlement moral (mais pas d’« homicide involontaire » ou de « mise en danger d’autrui ») soit retenue par les juges, ce qui allait déclencher neuf ans d’enquête judiciaire et aboutir à 3 735 documents d’instruction. Au terme de quarante-six audiences, la Présidente du tribunal, Cécile Louis-Loyant, reprendra avec fermeté et retenue l’essentiel des 345 pages du jugement. Le « harcèlement moral institutionnel » (et non individuel) mis en place entre 2006-2008 à France Telecom est ainsi reconnu comme le levier des 22 000 départs et des 10 000 mobilités qui ont touché les 120 000 salariés de l’entreprise en trois ans (2007-2010). La justice institue donc le délit de « harcèlement moral institutionnel », et France Telecom devenue Orange le reconnaît de fait en décidant de ne pas faire appel. La justice pose, aussi, tout simplement, « un interdit majeur » en déclarant certaines formes de management hors la loi.

Le nombre de journalistes étrangers présents le 20 décembre indique que la réponse de la justice française était attendue. Au-delà de France Telecom, après une année de Gilets-jaunes alors que des retraites décentes sont menacées, ce verdict résonne avec un monde du travail, peu régulé loin d’ici et en régression chez nous. La justice d’aujourd’hui pourrait-elle contribuer à recadrer le droit du travail demain ? Les progressistes de ce pays souhaitent une révision des « ordonnances Macron » qui, depuis 2017, ont supprimé toute courroie d’alerte et même de simple information (CHSCT) alors que le nombre d’inspecteurs du travail chute. Au point que le représentant de Sud-PTT doute de la possibilité d’un tel procès aujourd’hui, tant ces instances ont été mises à mal. Une vaste interpellation se prépare, essentiellement à partir des onze « agissements » retenus par l’ordonnance de renvoi du Ministère public, qui font figure de programme de travail politique. On relèvera que « la mobilité forcée », l’intéressement au départ des agents ou le droit d’être protégé au travail figurent parmi les agissements retenus comme constitutifs du harcèlement moral institutionnel.

Comment ne pas établir de liens entre ce monde du travail si minutieusement mis à mal, et les habitants des quartiers populaires impactés par des politiques qui leur sont imposées ? Ne peut-on aussi, APPUII s’en fait régulièrement l’écho, parler de mobilités forcées, d’absence de considération ou de manque de protection lorsqu’on évoque les politiques de l’ANRU, de certains bailleurs ou de certains maires ? Voir son logement démoli, en être évincé, n’est-ce pas comparable avec un bureau vidé ou l’absence de tâche à faire ? La justice spatiale et le droit de vivre en étant protégé ne peuvent-ils pas s’inspirer des victoires en matière de droit du travail ? Le défi est considérable, comme il l’était 11 ans auparavant, lorsque certains se sont dit que le management toxique, cela suffisait ! Et seule une détermination sans faille a permis sa reconnaissance juridique. Ne pourrait-on se battre juridiquement, pour faire reconnaître des faits de harcèlement contre des habitants par bailleur, par élus, localement ou nationalement, et pour faire en sorte que cela soit, à l’avenir, interdit par la loi ?

Rainier Hoddé pour APPUII

8 janvier 2020