Projection-débat de "Mama Lova" le 11 Janvier à Fresnes

À l’heure où les violences entre jeunes augmentent dans les quartiers populaires, Mama Lova raconte l’histoire d’une mère qui perd son fils lors d’une rixe entre cités. Face à son désarroi et pour agir, elle décide de prendre des cours de boxe pour s’opposer aux trafiquants qui agissent en bas de son immeuble, en y squattant elle-même, accompagnée d’autres mamans… Un parti pris pour les réalisateurs qui ont voulu mettre en lumière celles que l’on incrimine et qui souffrent en premier… les mamans.

Tourné en Novembre 2018 dans la cité des Groux, de nombreux habitants des Groux et de Fresnes ont participé à la réalisation du film, que ce soit devant ou derrière la caméra, sous la houlette de Jeff Taver.

Ce samedi 11 Janvier, l’association 83ème Avenue organise une projection-débat autour de ce court métrage à la salle de la Grange Dinière, 41 rue Maurice Ténine à Fresnes, à 19h. Attention les places sont limitées ! Réservations au 06 58 34 06 33

Teaser : https://www.youtube.com/watch?v=A_nrqbTOVl0

Interview du réalisateur par Aboubakar Sakanoko : https://www.youtube.com/watch?v=FiVAsdxevLw

Harcèlement au travail et harcèlement sur le logement : le procès France Telecom et la rénovation urbaine

La question peut choquer, alors qu’il s’agit de 19 suicides en lien avec une politique d’entreprise. Mais au-delà de la condamnation de trois membres de la direction de France Telecom (devenue Orange en 2013) prononcée le 20 décembre 2019 par le Tribunal correctionnel de Paris, ce jugement invite à réfléchir aux effets de politiques ou de formes de management qui s’exercent ailleurs qu’au travail.

La chronologie montre d’abord la ténacité du syndicat Sud-PTT et l’implication du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (remplacés depuis le 1er janvier 2020 par un Comité social et économique), des délégués du personnel, et même de l’inspection du travail. Il aura fallu plusieurs mois pour que l’accusation de harcèlement moral (mais pas d’« homicide involontaire » ou de « mise en danger d’autrui ») soit retenue par les juges, ce qui allait déclencher neuf ans d’enquête judiciaire et aboutir à 3 735 documents d’instruction. Au terme de quarante-six audiences, la Présidente du tribunal, Cécile Louis-Loyant, reprendra avec fermeté et retenue l’essentiel des 345 pages du jugement. Le « harcèlement moral institutionnel » (et non individuel) mis en place entre 2006-2008 à France Telecom est ainsi reconnu comme le levier des 22 000 départs et des 10 000 mobilités qui ont touché les 120 000 salariés de l’entreprise en trois ans (2007-2010). La justice institue donc le délit de « harcèlement moral institutionnel », et France Telecom devenue Orange le reconnaît de fait en décidant de ne pas faire appel. La justice pose, aussi, tout simplement, « un interdit majeur » en déclarant certaines formes de management hors la loi.

Le nombre de journalistes étrangers présents le 20 décembre indique que la réponse de la justice française était attendue. Au-delà de France Telecom, après une année de Gilets-jaunes alors que des retraites décentes sont menacées, ce verdict résonne avec un monde du travail, peu régulé loin d’ici et en régression chez nous. La justice d’aujourd’hui pourrait-elle contribuer à recadrer le droit du travail demain ? Les progressistes de ce pays souhaitent une révision des « ordonnances Macron » qui, depuis 2017, ont supprimé toute courroie d’alerte et même de simple information (CHSCT) alors que le nombre d’inspecteurs du travail chute. Au point que le représentant de Sud-PTT doute de la possibilité d’un tel procès aujourd’hui, tant ces instances ont été mises à mal. Une vaste interpellation se prépare, essentiellement à partir des onze « agissements » retenus par l’ordonnance de renvoi du Ministère public, qui font figure de programme de travail politique. On relèvera que « la mobilité forcée », l’intéressement au départ des agents ou le droit d’être protégé au travail figurent parmi les agissements retenus comme constitutifs du harcèlement moral institutionnel.

Comment ne pas établir de liens entre ce monde du travail si minutieusement mis à mal, et les habitants des quartiers populaires impactés par des politiques qui leur sont imposées ? Ne peut-on aussi, APPUII s’en fait régulièrement l’écho, parler de mobilités forcées, d’absence de considération ou de manque de protection lorsqu’on évoque les politiques de l’ANRU, de certains bailleurs ou de certains maires ? Voir son logement démoli, en être évincé, n’est-ce pas comparable avec un bureau vidé ou l’absence de tâche à faire ? La justice spatiale et le droit de vivre en étant protégé ne peuvent-ils pas s’inspirer des victoires en matière de droit du travail ? Le défi est considérable, comme il l’était 11 ans auparavant, lorsque certains se sont dit que le management toxique, cela suffisait ! Et seule une détermination sans faille a permis sa reconnaissance juridique. Ne pourrait-on se battre juridiquement, pour faire reconnaître des faits de harcèlement contre des habitants par bailleur, par élus, localement ou nationalement, et pour faire en sorte que cela soit, à l’avenir, interdit par la loi ?

Rainier Hoddé pour APPUII

8 janvier 2020

Douarnenez (29) : Une recherche-action sur la « touristification » du centre-ville

Le collectif Droit à la ville Douarnenez fait appel à APPUII pour l’accompagner dans sa démarche de recherche-action portant sur les processus de gentrification à l’œuvre dans le centre-ville de cette petite ville portuaire du Finistère, sous les effets du développement touristique. Soutenue financièrement par la fondation « un monde par tous », le collectif et APPUII rendront régulièrement compte de leurs travaux pendant l’année à venir.

Des touristes contre les sardines ?

Située proche du « bout du monde », à proximité des paysages paradisiaques de la presqu’ile de Crozon, la ville de Douarnenez connait depuis une trentaine d’années des transformations urbaines majeures.

Pendant le XIXe, la ville s’impose progressivement comme le premier port de pêche mondial de la sardine. Pionnière dans la conserverie de poissons, elle était donc une ville historiquement ouvrière. Elle compte au début du XXe siècle 30 conserveries. Mais progressivement, face au déclin des ressources halieutiques, relatif à la surpêche, et à la concurrence mondiale, la ville se désindustrialise progressivement. Elle ne compte plus que trois conserveries aujourd’hui et les bateaux de pêcheurs se font moins nombreux. Parallèlement, la population quitte la ville. Alors qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la ville dénombre plus de 20 500 habitants, elle n’en compte aujourd’hui plus que 14 000.

Pour faire face à ce déclin, depuis une dizaine d’années, la municipalité mise sur le développement du tourisme. Les grandes plages, les paysages variés et le temps clément sont autant d’arguments qui poussent les touristes de toute l’Europe à affluer dans ce recoin de la France. Cependant, cette « touristification » de la ville n’est pas sans effet pour ses habitants. En effet, sans aucun contrôle, elle peut aboutir à de la gentrification, c’est-à-dire à des formes d’embourgeoisement de la ville aboutissant au remplacement des populations les plus pauvres par des plus riches.

Le collectif Douarnenez 2050 et le collectif Droit à la ville Dz

L’été 2018 marque la naissance du collectif Douarnenez2050, rassemblant associations, collectifs et individus. Elle part d’un constat : Douarnenez, ville balnéaire et populaire du Finistère, puisant son histoire dans l’industrie de la pêche et dans les luttes sociales, attire de plus en plus d’investisseurs à forte capacité financière…

Lors du Festival du cinéma 2018 (août), l’association Bric-à-Brac organise une discussion sur la mise en tourisme des territoires : 150 personnes feront le déplacement pour venir exprimer leurs doutes quant au futur des villes côtières du Finistère, qui semblent se tourner, via les politiques locales, uniquement vers le tourisme, délaissant de plus en plus les habitant.es. 

L’arrivée spectaculaire d’une riche investisseuse, achetant coup sur coup deux bâtiments symboliques de la ville (une ancienne conserverie de poissons et l’abri du Marin) pour y construire un centre d’art contemporain et un hôtel de luxe marquera la mise en mouvement réel du collectif. La touristification est l’objet des premières réunions, mais rapidement le spectre s’élargit : le port du Rosmeur est en pleine transformation, le « mur de la honte » est menacé de fermeture par les gestionnaires du port, l’interdiction de baignade semble entrer en vigueur, la cabane de l’association des plaisanciers est abattues avec une proposition de relogement mais non adaptée aux besoins des plaisanciers et sans concertation avec ces derniers… L’ensemble de ces points fera l’objet d’une réunion publique organisée par le collectif en octobre 2018 à la salle des fêtes. Par la suite, des réunions, des manifestations, des interpellations des élus seront menées par ce collectif… Certes le projet d’hôtellerie de luxe et d’art contemporain n’a pas abouti, mais le port du Rosmeur, lieu d’habitat populaire depuis sa construction, se transforme au fil de l’avancée des travaux, en une promenade touristique et marchande, mettant au ban les usages classiques de cet espace (interventions policières lors de baignades dans le port, pêche de loisirs interdite sur les quais, cales et la majorité du port, etc.).

À la veille de l’été 2019, le collectif droit à la ville Dz, émanation de Douarnenez 2050, est alerté par l’augmentation du nombre de logements qui se trouvent sur Airbnb et sortent ainsi du parc locatif annuel ; de plus en plus de personnes ont du mal à se loger à l’année, alors que l’on constate rénovations et travaux de bâti privé partout dans la ville. Une réunion publique sur ce danger est organisée en septembre 2019 et sera suivie d’une manifestation lors de la journée mondiale du tourisme, pour demander aux élu.es de se positionner et de rappeler le droit au logement et à la ville des habitants.

La recherche-action participative : enquêter, agir et se mettre en réseau

Fort de cette mobilisation, un groupe de jeunes gens, vivant à Douarnenez depuis plusieurs années, souhaite approfondir les questionnements soulevés. La recherche-action participative apparait comme une bonne manière pour objectiver la situation et agir concrètement sur le futur de la ville tout en associant les diverses parties prenantes.

À partir d’études statistiques, d’entretiens, d’ateliers avec des acteurs locaux, mais également d’organisation de séminaire avec d’autres acteurs confrontés aux mêmes problématiques, le collectif droit à la ville Dz souhaite mettre en lumière des processus de gentrification touristique, spécifique aux villes moyennes portuaires et populaires jusque-là relativement préservées, comme nous avons pu l’observer dans les projets de rénovation urbaine et de marina de Luxe engagé à Sète.

Si vous êtes intéressés par la démarche et souhaitez plus d’information à ce sujet, vous pouvez contacter le collectif droit à la ville Douarnenez : droitalavilledz@gmail.com

La lionderie est morte ce soir

La cité familiale de la Lionderie à Hem fait l’objet d’un projet de renouvellement urbain. La municipalité et les bailleurs, contre l’avis des habitants ont validé la démolition du quartier. En soutien à leur mobilisation, APPUII se fait le relais de leur lutte. L’article a été publié dans La Brique : journal local de critique sociale.

Il y a un an, nous vous parlions d’habitant.e.s mobilisé.e.s contre un projet de démolition de leurs maisons dans la cité familiale de la Lionderie à Hem1. Accompagné.es par une association de locataires (l’Atelier populaire d’urbanisme : APU) de Fives, iels ont tenté de faire entendre leur voix face à la MEL, la mairie et les bailleurs qui pilotent le projet. Leurs revendications, soutenues par l’APU, ont été littéralement balayées par les entrepreneur.ses qui n’ont pas caché leur cynisme et leur mépris des habitant.es.

La cité familiale de la Lionderie est un petit ensemble de maisons bâties en 1973 par le Toit familial (ex-Vilogia). C’était à l’époque une « cité de transit », soit des logements construits pour celleux qu’on appelait les « inadapté.es sociaux », en réalité des familles au revenu modeste qui ne pouvaient accéder au logement HLM. Les habitant.e.s étaient censé.e.s être relogé.es après une période de 10 ans, mais une mobilisation au milieu des années 1980 leur avait permis de se maintenir dans ce quartier devenu le leur. La mairie d’Hem n’a jamais lâché son ambition de raser ce quartier conçu pour être prêt-à-détruire. D’autant plus que le bailleur gestionnaire SOLIHA2 a largement négligé ce parc de logements dont une bonne partie est insalubre. Il semble que cette fois la mairie soit en passe de réussir son coup.

Passer en force sans écouter les habitant.es

En septembre 2017, les habitant.es de la cité apprennent médusé.es en réunion publique que leur logement va être démoli. Les élu.es tempèrent en indiquant que rien n’est acté et que la décision ne leur revient pas. Les esprits s’échauffent et la tension est palpable. Quelques semaines plus tard, un collectif de locataires se forme et fait appel à l’APU de Fives. Un premier diagnostic est tiré : 41 ménages sur la cinquantaine présents dans la cité ne souhaitent pas déménager.

Julia, une vingtaine d’année, travaillant dans l’associatif et Samira, retraitée très engagée dans le quartier, prennent la tête de la mobilisation et se retrouvent chaque semaine pour en discuter avec les voisin.e.s. Après plusieurs mois d’échanges, elles proposent un contre-projet qui prend en compte les envies des habitant.es avec un nombre réduit de démolitions, des réhabilitations lourdes et la possibilité d’accéder à de nouveaux logements pour les locataires souhaitant quitter la cité. « On n’est pas obligé d’ouvrir le quartier au bulldozer » indique même Julia à la presse locale3.

Elles organisent une réunion publique en avril 2018 et y invitent les grosses têtes : La MEL, les bailleurs et les architectes du cabinet MAA ne daignent même pas répondre4. En revanche le maire et quelques adjoint.es ainsi que certain.es technicien.nes de la municipalité et le conseil citoyen répondent présent. A l’espoir que suscite cette rencontre va rapidement se substituer une vraie douche froide. Après avoir pinaillé sur des détails techniques, le discours pro-démolition persiste tout en se défendant que rien n’est encore décidé. Le conseil citoyen se veut rassurant, il promet de faire « remonter » les demandes des habitant.es. Celui-ci, composé en majorité de membres nommé.e.s par le maire,finit par renvoyer une lettre délivrant « un avis défavorable sur le (contre) projet présenté »5.

Si l’on se doute que cette instance n’est qu’un mirage de plus dans la mascarade participative, de mémoire on n’avait jamais vu un conseil citoyen s’opposer aussi frontalement aux habitant.es dont il est censé porter la voix. Le coup de massue est brutal pour les habitant.es : on veut littéralement se débarrasser d’elles, d’eux, de leur volonté. Samira, qui s’était fortement investie dans le contre-projet, s’avère dépitée : « c’est fini on ne peut pas se battre contre l’ANRU, ils sont trop forts ». Elle décide avec plusieurs ami.es d’abandonner la lutte. D’autres poursuivent le combat, notamment pour le relogement, mais l’humeur est morose.

Une gestion illégale…? En bon père de famille !

Les dispositifs institutionnels de rénovation urbaine s’inscrivent dans des choix politiques qui évincent totalement les concerné.es et frôlent l’illégalité. Le sociologue Renaud Esptein a montré comment l’ANRU distribuait les subventions à condition que les municipalité ou les communautés d’agglomération se conforment exactement à ses attentes : démolition plutôt que réhabilitation, déconcentration des habitant.es plutôt que préservation des liens de voisinage (Voire Encadré page 25). Les pouvoirs locaux se retrouvent ainsi pieds et poings liés. Certaines municipalités refusent même de travailler avec l’ANRU en dépit de la manne financière qu’elle représente. D’autres s’accommodent parfaitement des contraintes imposées par l’agence, car elle sert leur dessein : embourgeoiser la ville et se débarrasser des populations dites « à problèmes », c’est le cas à Hem. Posons d’abord le décor politique. Francis Vercamer (UDI) est maire de la commune depuis 1998 et député depuis 2002. La loi sur le non-cumul des mandats l’empêche de conserver les deux postes aux élections législatives de 2017. Il pense à placer sa fille au parlement qui est déjà son assistante parlementaire. En pleine affaire Fillon, tout cela s’avère relativement délicat. Il choisit alors un homme de paille, Pascal Nys (LR), afin de garder les manettes de la mairie. Le nouveau maire est le modèle type de l’entrepreneur. Il possède les franchises Quick, aujourd’hui Burger King, sur la métropole et s’occupe de l’implantation locale de Starbucks. Cette fine équipe a pour but de transformer cette ville encore populaire en petit havre pour classes moyennes et supérieures.

Dessin Hem v3

La cité de la Lionderie, qui est du logement très social, doit ainsi être remplacée par un programme d’accession à la propriété publique ou privée. C’est ce qu’on appelle une montée en gamme. Pour ce faire, la municipalité a mis de l’argent de côté dès 2013 afin de réaliser un plan de rénovation urbaine qui concernerait, en plus de la Lionderie, le quartier voisin des Trois Baudets, même en cas de défection de l’ANRU. Or, si l’on en croit le journal Nord Eclair, pourtant peu connu pour son opiniatreté à dévoiler les magouilles locales, cette réserve budgétaire en vue d’une opération ANRU, a été dénoncée par la Chambre Régional de la Cour des comptes : elle ne serait pas « autorisée par la loi ». La municipalité s’en contrefout et se targue même d’une gestion « en bon père de famille » du budget de la rénovation (NE 24/11/2018). Le patriarcat municipal a encore de beaux jours devant lui.

Reloger et laisser pourrir

La phase de « relogement » a débuté en mars dernier. Elle est prise en charge par Soliha, gestionnaire de la cité, tandis que Vilogia, propriétaire des murs, s’occupe de la démolition. Si la MEL a signé une « charte de relogement » en 2016, rien ne garantit aux habitant.es que leurs demandes seront satisfaites, notamment pour celleux qui souhaitent rester sur Hem. Les locataires ont ainsi le droit à trois propositions, au-delà iels peuvent être légalement expulsé.e.s. Certain.e.s dénoncent déjà des pressions subies de la part du personnel relogeur sur les locataires. Iels ne devraient ainsi pas se montrer trop « exigeant.es » quant au type (maison ou appartement) et à la localisation du nouveau logement. D’autres ont eu le droit à des commentaires sur le fait que les enfants souhaitaient une décohabitation6 alors qu’ils ne « travaillent pas ». Enfin, un jeune qui occupe la maison de ses parents sans que le bail soit à son nom rapporte qu’il a été carrément menacé d’expulsion. Ainsi le bailleur semble peu en mesure de fournir une situation équivalente – soit une maison avec jardin pour un loyer de 500 euros par mois – aux locataires de la Lionderie et leur situation risque fort de se dégrader.

On pourrait penser qu’il est vain d’entretenir des maisons qui vont être détruites. Oui, sauf que le relogement est prévu sur une période pouvant aller de trois à cinq ans, autant de temps où des familles résident dans ces maisons. Soliha est ainsi devenue expert des travaux bâclés au grand dam des locataires. « Ces abrutis sont venus remettre du Placo neuf par dessus un Placo usagé » nous explique Jérémy qui a grandi dans la cité familiale. Il ajoute qu’ils « réutilisent des matériaux des maisons murées afin de les mettre chez les gens ». Soliha champion de la récup’! Par ailleurs, deux maisons menacent de s’effondrer sans qu’une solution de relogement d’urgence n’ait été proposée. Excédé.es, les habitant.es oscillent entre découragement et volonté de se battre contre ces injustices. Pétitions et lettres ont été envoyées aux bailleurs, à la MEL et à la mairie, mais il semble que pour l’instant personne n’en ait cure.

Jaja et Dessin de Thérèse

1. Lire « Désarmons le béton », dans La Brique n°54  » L’erreur est urbaine »

2. Soliha (ex-PACT ARIM) est une association bailleur et gestionnaire de logements très sociaux sur la métropole. C’est historiquement un organisme charitable créé par les patrons chrétiens du Nord pour loger les familles les plus pauvres.

3. Voix du Nord, 12 mars 2018.

4. Toutes les demandes de rencontres avec la MEL seront par la suite rejetées.

5. Lettre du conseil citoyen au collectif de la Lionderie suite de la réunion du 5 mai 2018.

6. La décohabitation est prévue par la loi, elle permet aux jeunes adultes qui le souhaitent de ne plus habiter avec leurs parents.

La ville est à tou.t.es : la cartographie des mobilisations et ressources pour une ville juste et solidaire fait peau neuve

Depuis deux ans, APPUII avec d’autres acteurs et le soutien de la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord s’est engagée dans la création d’une cartographie collaborative. Elle vise à mettre en réseau les initiatives et mobilisations locales et nationales pour accroitre leur capacité d’action. Elle donne à avoir les initiatives et leurs domaines de compétences sur les questions participatives et urbaines.  Cette nouvelle interface facilite son usage.

https://lavilleatoutes.gogocarto.fr/

Cette carte rend visibles :

  1. Les mobilisations et initiatives portées par des collectifs d’habitant.e.s et/ou de professionnel.le.s engagé.e.s pour une ville plus juste et solidaire, à travers des actions précises et des enjeux identifiés,
  2. Les acteurs-ressources que l’on peut trouver sur un territoire ou au niveau national, qui ont l’expérience de questions similaires et qui peuvent se mobiliser et apporter leur aide.
  3. Les écoles d’architecture et les établissements universitaires qui proposent des enseignements socialement utiles à celles et ceux qui voudraient que la ville se fasse avec eux.

Cette carte doit permettre de partager et de mettre en réseau :

  1. Des expériences de mobilisations ou d’actions collectives,
  2. Des collectifs ou habitants mobilisés entre eux, directement,
  3. Des acteurs-ressources, universitaires entre autres, pouvant apporter leur appui, leur expertise, afin de favoriser des coopérations sur un territoire ou un thème d’action et pour que les habitant.e.s puissent développer de réelles alternatives face aux décisions qui les concernent.

Cette carte enfin a été initiée et créée par l’association Appuii puis enrichie et étayée par divers collectifs. Elle a été réalisée et est gérée par une petite équipe, qui souhaite s’étoffer et que vous pouvez rejoindre (connaissances d’acteurs d’un territoire, d’une thématique, compétences en développement informatique, etc.). Son amélioration dépend de l’implication de celles et ceux qui l’utiliseront et la partageront, puisque désormais la base de données et le site existent.

Pour contribuer à cette carte, la rendre active et constituer le réseau de partage des expériences et des ressources :

  • ajoutez ou modifiez les informations directement sur la carte en vous connectant sur le site !
  • Partagez là avec d’autres acteurs susceptibles d’être intéressés.

Mardi 19 Novembre : Mbolo Moy Dole ! (L’union fait la force !)

L’association APPUII et Centre SUD profitent de la présence de Papa Keita (UrbaSen), Bea Varnai (UrbaMonde) et Luansang Chawanad (ACHR) pour vous inviter à la projection du film « Mbolo Moy Dole ! » et au débat qui s’en suivra avec nos amis et partenaires sénégalais et thaïlandais. Rendez-vous à 18h15 à l’ENSA Paris Val de Seine le mardi 19 Novembre.

Comment construire la ville, par et pour les habitants ? Cette projection-débat organisé dans le cadre du séminaire FAIRVILLE sera l’occasion d’explorer cette production sociale de l’habitat en apportant des perspectives du Sénégal et de l’Asie.

Dans la banlieue de Dakar, au Sénégal, les habitant-e-s prennent en main leur quartier avec un projet d’urbanisme et de financement solidaire. Mbolo moy dole! – l’union fait la force en wolof – raconte l’histoire d’un mouvement citoyen né il y a plus de 10 ans au cœur des quartiers précaires de Dakar au Sénégal. Touchés par de violentes inondations, les habitant-e-s ont dû faire face à de nombreuses problématiques urbaines.

L’association urbaMonde et l’ONG locale urbaSEN ont uni leurs forces pour accompagner la population à améliorer son cadre de vie par le biais d’un mécanisme de financement solidaire innovant. Lancé il y a plusieurs années, ce programme présente aujourd’hui des résultats impressionnants et continue de se développer grâce à l’implication des habitants organisés en fédération.

Au-delà de l’urbanisme, ce documentaire est une aventure humaine favorisant la résilience et le lien entre habitant-es de quartiers précaires.

Réalisation : Alex Amiguet
Partenaires : urbaSEN, FSH

Sète : les étudiants et habitants repensent les transformations de la ville

Du 25 au 30 novembre la ville de Sète accueillera une dizaine d’étudiants en architecture de l’ENSA Lyon. Accompagnés par des associations et collectifs locaux, ils et elles essayeront de porter un regard critique et ouvrir des pistes de réflexion collective sur les futures transformations urbaines de la ville.

En décembre 2018, l’association APPUII a été contactée par des collectifs d’habitants sétois souhaitant étayer leur expertise locale et habitante au sujet du projet d’aménagement d’une marina de luxe, porté par l’Établissement public régional Port Occitanie, et les groupes IGY Marinas (américain) et P&O Marinas (émirati).

Ce projet s’inscrit dans une logique plus large de transformation de la ville de Sète, qui se manifeste par d’autres projets sur lesquels les habitant.e.s  ont peu de prise en général : programmes de rénovation urbaine (PNRU et PNR-QAD), touristification, AirBnB-sation, multiplication des zones sujettes à des procédures opérationnelles, gentrification, remplacement des commerces locaux, etc.

Afin de faire le lien entre les différentes mobilisations et accompagner l’analyse des stratégies urbaines déployées, une semaine d’ateliers est organisée en partenariat avec l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon du 25 au 30 novembre 2019

Une thématique transversale s’est progressivement définie avec ces différents partenaires autour des eaux de Sète : « L’eaudans sa relation à des dispositifs spatiaux et construits ».  Elle sera déclinée en d’autres sous-thèmes qui traiteront les questions de gentrification, de risque touristique et des inégalités territoriales.  

Le rôle d’Appuii au sein du workshop sera celui d’un médiateur (de tiers facilitateur) entre les étudiants, les acteurs mobilisés de la société civile et les acteurs institutionnels. L’objectif sera de remettre les citoyens au centre du processus de production de la ville. La restitution du workshop sera envisagée comme un espace de débat public qui permettra d’aboutir à une interpellation commune.  

Les étudiants seront accompagnés pour mener un travail de terrain intensif : rencontres, arpentage, entretiens, micro-trottoir, parcours commentés, dans le but de mobiliser la parole habitante.

Les habitant.e.s de Sète ouvriront gracieusement leurs portes pour héberger les participant.e.s au workshop. Un centre associatif et coopératif local (le 51) va se transformer en atelier de travail, lieu de rencontre et d’organisation d’événements publics entre les étudiants et les acteurs locaux. Une association locale prêtera des vélos pour faciliter les déplacements des étudiants tout au long de la semaine.

L’ensemble des résultats du workshop seront visibles sur le site d’APPUII. Si vous souhaitez plus d’information sur la démarche, vous pouvez contacter le collectif « Non à la marina » : nonmarinasete@gmail.com