Douarnenez (29) : Une recherche-action sur la « touristification » du centre-ville

Le collectif Droit à la ville Douarnenez fait appel à APPUII pour l’accompagner dans sa démarche de recherche-action portant sur les processus de gentrification à l’œuvre dans le centre-ville de cette petite ville portuaire du Finistère, sous les effets du développement touristique. Soutenue financièrement par la fondation « un monde par tous », le collectif et APPUII rendront régulièrement compte de leurs travaux pendant l’année à venir.

Des touristes contre les sardines ?

Située proche du « bout du monde », à proximité des paysages paradisiaques de la presqu’ile de Crozon, la ville de Douarnenez connait depuis une trentaine d’années des transformations urbaines majeures.

Pendant le XIXe, la ville s’impose progressivement comme le premier port de pêche mondial de la sardine. Pionnière dans la conserverie de poissons, elle était donc une ville historiquement ouvrière. Elle compte au début du XXe siècle 30 conserveries. Mais progressivement, face au déclin des ressources halieutiques, relatif à la surpêche, et à la concurrence mondiale, la ville se désindustrialise progressivement. Elle ne compte plus que trois conserveries aujourd’hui et les bateaux de pêcheurs se font moins nombreux. Parallèlement, la population quitte la ville. Alors qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la ville dénombre plus de 20 500 habitants, elle n’en compte aujourd’hui plus que 14 000.

Pour faire face à ce déclin, depuis une dizaine d’années, la municipalité mise sur le développement du tourisme. Les grandes plages, les paysages variés et le temps clément sont autant d’arguments qui poussent les touristes de toute l’Europe à affluer dans ce recoin de la France. Cependant, cette « touristification » de la ville n’est pas sans effet pour ses habitants. En effet, sans aucun contrôle, elle peut aboutir à de la gentrification, c’est-à-dire à des formes d’embourgeoisement de la ville aboutissant au remplacement des populations les plus pauvres par des plus riches.

Le collectif Douarnenez 2050 et le collectif Droit à la ville Dz

L’été 2018 marque la naissance du collectif Douarnenez2050, rassemblant associations, collectifs et individus. Elle part d’un constat : Douarnenez, ville balnéaire et populaire du Finistère, puisant son histoire dans l’industrie de la pêche et dans les luttes sociales, attire de plus en plus d’investisseurs à forte capacité financière…

Lors du Festival du cinéma 2018 (août), l’association Bric-à-Brac organise une discussion sur la mise en tourisme des territoires : 150 personnes feront le déplacement pour venir exprimer leurs doutes quant au futur des villes côtières du Finistère, qui semblent se tourner, via les politiques locales, uniquement vers le tourisme, délaissant de plus en plus les habitant.es. 

L’arrivée spectaculaire d’une riche investisseuse, achetant coup sur coup deux bâtiments symboliques de la ville (une ancienne conserverie de poissons et l’abri du Marin) pour y construire un centre d’art contemporain et un hôtel de luxe marquera la mise en mouvement réel du collectif. La touristification est l’objet des premières réunions, mais rapidement le spectre s’élargit : le port du Rosmeur est en pleine transformation, le « mur de la honte » est menacé de fermeture par les gestionnaires du port, l’interdiction de baignade semble entrer en vigueur, la cabane de l’association des plaisanciers est abattues avec une proposition de relogement mais non adaptée aux besoins des plaisanciers et sans concertation avec ces derniers… L’ensemble de ces points fera l’objet d’une réunion publique organisée par le collectif en octobre 2018 à la salle des fêtes. Par la suite, des réunions, des manifestations, des interpellations des élus seront menées par ce collectif… Certes le projet d’hôtellerie de luxe et d’art contemporain n’a pas abouti, mais le port du Rosmeur, lieu d’habitat populaire depuis sa construction, se transforme au fil de l’avancée des travaux, en une promenade touristique et marchande, mettant au ban les usages classiques de cet espace (interventions policières lors de baignades dans le port, pêche de loisirs interdite sur les quais, cales et la majorité du port, etc.).

À la veille de l’été 2019, le collectif droit à la ville Dz, émanation de Douarnenez 2050, est alerté par l’augmentation du nombre de logements qui se trouvent sur Airbnb et sortent ainsi du parc locatif annuel ; de plus en plus de personnes ont du mal à se loger à l’année, alors que l’on constate rénovations et travaux de bâti privé partout dans la ville. Une réunion publique sur ce danger est organisée en septembre 2019 et sera suivie d’une manifestation lors de la journée mondiale du tourisme, pour demander aux élu.es de se positionner et de rappeler le droit au logement et à la ville des habitants.

La recherche-action participative : enquêter, agir et se mettre en réseau

Fort de cette mobilisation, un groupe de jeunes gens, vivant à Douarnenez depuis plusieurs années, souhaite approfondir les questionnements soulevés. La recherche-action participative apparait comme une bonne manière pour objectiver la situation et agir concrètement sur le futur de la ville tout en associant les diverses parties prenantes.

À partir d’études statistiques, d’entretiens, d’ateliers avec des acteurs locaux, mais également d’organisation de séminaire avec d’autres acteurs confrontés aux mêmes problématiques, le collectif droit à la ville Dz souhaite mettre en lumière des processus de gentrification touristique, spécifique aux villes moyennes portuaires et populaires jusque-là relativement préservées, comme nous avons pu l’observer dans les projets de rénovation urbaine et de marina de Luxe engagé à Sète.

Si vous êtes intéressés par la démarche et souhaitez plus d’information à ce sujet, vous pouvez contacter le collectif droit à la ville Douarnenez : droitalavilledz@gmail.com