Gros plan sur les Groux #2 [LA VACANCE]

Au delà de déménagements ponctuels, une stratégie mise en œuvre par le bailleur pour vider tout un quartier de ses habitants

Aujourd’hui, focus sur la vacance (déménagement des familles et logements restés vides) dans le quartier des Groux à Fresnes et les outils développés par Appuii pour la mesurer.

Depuis l’annonce en 2015 lors d’une réunion publique de la volonté de démolition totale des Groux, le bailleur vide peu à peu les 200 logements qui composent la cité. Parmi les actions engagées, Appuii et Renaissance des Groux relèvent tous les mois la vacance sur place pour mesurer et comprendre ce qui se passe réellement.

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Représentation visuelle de l’évolution de la vacance aux Groux par cage d’escalier dans le temps (les couleurs claires correspondent à des logements occupées, les couleurs foncées à des logements vides)

À chaque reprise, l’intégralité des cages d’escaliers sont parcourus et le comptage s’effectue en fonction des portes qui ont été blindées (portes anti-squat) qui sont installées directement après un déménagement. Tout est ensuite reporté sur un tableur Excel qui nous permet d’avoir des chiffres précis sur l’occupation des logements et de constater les évolutions dans le temps.

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Extrait du tableau retraçant l’évolution de la vacance aux Groux

De cette étude actuellement menée, 2 constats majeurs s’imposent :

  • La vacance semble organisée par le bailleur : tout un côté de la cité a été vidé (bâtiments L à U) plus rapidement que l’autre (bâtiments A à K). Cet élément laisse entrevoir un possible phasage du projet urbain : en toute logique, les démolitions (et nouvelles constructions) concerneraient d’abord la partie « Albert Thomas » (bâtiments L à U, les moins occupés). Cependant aucune information à ce sujet n’a été communiquée par le bailleur, le projet urbain étant totalement inconnu des locataires.
  • Aujourd’hui de moins en moins de monde déménage, on observe une stagnation des départs depuis 6 mois. Une des hypothèses formulées par Renaissance des Groux est que toutes les personnes qui souhaitaient partir (ou sous la pression) sont partis. Aujourd’hui les départs correspondent davantage au flux normal de mobilité résidentielle. De nombreuses personnes habitent le quartier depuis plusieurs dizaines d’années, ne souhaitent pas déménager et sont conscientes de leurs droits.
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Hall du bâtiment R muré en janvier 2018 par le bailleur, suite au déménagement du dernier locataire de ce bâtiment et sans aucune information préalable

Cet outil nous permet de comprendre dans le détail la stratégie du bailleur : vider le quartier pour « faire place nette » et avoir les mains libres pour construire un nouveau quartier débarrassé de ses actuels habitants. Le traitement individualisé (cas par cas, uniquement sur des questions de relogement, parfois avec mise sous pression) invisibilise ainsi la dynamique collective réellement en œuvre.

Jusqu’ici, le bailleur refusait tout dialogue avec les habitants sur l’avenir du quartier et toute prise en compte de parole collective. Il temps que cela cesse : plutôt que la construction de murs, la reprise du dialogue ! L’association des locataires Renaissance des Groux n’a cessé de le demander et l’attend toujours. A suivre…